Blue Ruin est le genre de film discret mais marquant, porté par une atmosphère lourde et une vraie lenteur maîtrisée. Le rythme est volontairement posé, presque contemplatif, ponctué de brusques accélérations qui viennent tendre l’ensemble sans jamais tomber dans le spectaculaire gratuit. On est dans un cinéma de tension sourde, de silences, de regards, de fatigue.
Macon Blair est vraiment convaincant. Il incarne un homme brisé, vidé de tout, qui semble avoir survécu uniquement pour accomplir une dernière chose : sa vendetta. Son personnage donne l’impression que sa vie s’est arrêtée depuis longtemps, et que tout ce qui reste n’est qu’un mouvement automatique vers la violence. Il y a quelque chose de très triste et très humain dans sa façon d’exister à l’écran.
L’immersion dans l’Amérique profonde est l’un des points forts du film. Ces paysages ternes, ces maisons délabrées, cette population de rednecks poisseux, tout semble crédible, presque documentaire. On sent une vraie volonté de montrer un monde oublié, sale, fatigué, où la violence paraît banale et héritée.
Le film parle peu, mais ne s’ennuie jamais. Les dialogues sont rares, mais chaque scène repose sur la tension, le malaise, l’attente. Le scénario est bien construit et suit une trajectoire claire sans artifices inutiles.
Au final, Blue Ruin est un film sombre, triste, tendu, quasiment mutique, qui raconte la trajectoire d’un homme déjà détruit avant même que le film ne commence. Un thriller sec, sans fioritures, qui préfère l’inconfort à l’esbroufe, et qui fonctionne précisément grâce à cette simplicité.