Blue Velvet est assez dérangeant et parfois crade, notamment dans sa représentation de la violence sexuelle. Mais là où, dans Lost Highway ou Mulholland Drive, ces excès s’inscrivent dans une forme totalement déstructurée, fantasmée, presque hallucinatoire, ici ils surgissent dans un cadre beaucoup plus linéaire et classique. Le récit avance de manière assez plate, avec un rythme sage et une tension qui peine à s’installer durablement. Résultat : certaines séquences choquantes arrivent sans véritable accompagnement formel ou sensoriel, et me laissent plus mal à l’aise que fasciné.
Le personnage principal ne m’a pas vraiment convaincu non plus. Je le trouve assez froid, peu charismatique, presque antipathique, ce qui rend difficile toute forme d’implication émotionnelle dans son parcours (sorry Orson).
Le personnage de Sandy, lui, souffre clairement de son époque, son écriture et son traitement paraissent aujourd’hui très datés. En revanche, Dennis Hopper incarne magnifiquement bien son personnage de sociopathe, il est terrifiant.
On retrouve malgré tout des éléments lynchiens déjà bien identifiables : de très belles images par moments, des envolées musicales raffinées portées par des voix féminines, une fascination pour les séquences électriques en voitures et les virées nocturnes, ainsi que des thématiques fortes. Le film joue sur le contraste entre une Amérique proprette, sa représentation idéalisée, et une horreur souterraine faite de voyeurisme, de désirs malsains, de violence et de traumatismes.
Mais malgré cette atmosphère pesante et mystérieuse qui plane sur l’ensemble, je ne me suis jamais senti réellement happé par le récit. Je n’ai pas ressenti cette obsession, cette envie irrépressible de comprendre, qui fait pour moi la force des grands films de Lynch. Le final est plus prenant et mieux orchestré, mais il arrive un peu tard. J’ai sans doute abordé le film avec de mauvaises attentes, après avoir découvert Lynch par ses œuvres plus détraquées et labyrinthiques, Blue Velvet m’a paru trop classique dans sa forme. Peut-être aurait-il fallu commencer par celui-ci. Peut-être aussi que le film a un peu vieilli.