Drame • d’Icíar Bollaín • 2024 • 1h57 • Mireia Oriol, Urko Olazabal, Ricardo Gomez, Carlos Serrano.
Fin des années 1990, à Ponferrada, dans la province de León. Nevenka Fernández, 25 ans, est élue conseillère municipale. Après avoir eu une brève liaison avec Ismael Alvarez, le maire aussi charismatique que populaire auprès de ses administrés, Nevenka décide de mettre un terme à leur relation. Cette rupture marque le début d'une véritable descente aux enfers pour la jeune femme. Manipulée et harcelée des mois durant par Alvarez, Nevenka résiste. Déterminée à s'en sortir, elle décide alors de dénoncer publiquement les agissements du maire et lui intente un procès...
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Bien avant qu’apparaisse le mouvement , une jeune femme espagnole dénonçait son harceleur, un élu représentant le Parti populaire, et elle était bien seule. Engagée à 25 ans à la mairie de Ponferrada, en 1999, Nevenka Fernández fut la protégée du maire, Ismael Alvarez, sa favorite puis sa nouvelle conquête et, dès lors qu’elle tenta d’échapper à son emprise, sa proie sans défense, bientôt brisée.
Dans une ville où le pouvoir de l’édile entretenait l’omerta, la fragile Nevenka osa faire entendre sa voix, et les violences qu’elle dénonça en mars 2001 aboutirent à un procès inédit dans le monde politique espagnol. Devenue emblématique d’une réalité désormais identifiée, cette affaire a fait l’objet d’une série documentaire sur Netflix (Nevenka Fernandez brise le silence) et maintenant d’une reconstitution menée avec beaucoup de rigueur par une talentueuse femme cinéaste et les deux admirables comédiens qu’elle a choisis, Mireia Oriol et Urko Olazabal, pour interpréter la victime et son bourreau.
De la souffrance psychologique à la terreur physique
Sous le classicisme d’un film-dossier qui instruit méthodiquement les faits, on découvre la précision d’un regard d’aujourd’hui, averti et en alerte. Icíar Bollaín met chaque scène à profit pour faire apparaître une dérive manipulatrice. D’emblée mise sur un piédestal puis, quand elle devient récalcitrante, publiquement rabaissée, Nevenka fait toujours l’objet d’un traitement à part et se retrouve isolée. Coupée d’elle-même aussi, car elle ne comprend pas comment elle a pu céder, un soir, aux avances pressantes du maire. C’est tout un processus d’altération de ce qu’elle est qui s’illustre graduellement, pour nous ouvrir les yeux. Le basculement de la souffrance psychologique à la terreur physique est radicalement impressionnant, preuve de la force du ressenti qui traverse ce film où la compassion est mise au service de la lucidité. Le courage de Nevenka y résonne aussi à travers la détermination de la réalisatrice. Qui s’implique intensément et démontre sa volonté d’aider le combat réparateur des femmes meurtries.
TÉLÉRAMA • Frédéric STRAUSS • Publié le 06 novembre 2024.