LE CHAT Un film poignant et radical à la mise en scène fine et terriblement juste. Granier Deferre choisit de tourner ce film dans un Paris apocalyptique, vieux, détruit, à l'image du couple Bouin, à la dérive et pour lequel aucun espoir ne sera plus permis. La désespérance de cette histoire est donc servie par une réalisation extrêmement délicate, qui, sur chaque plan, nous jettera au visage la fin de l'amour, la haine qui s'installe et l'attente si désespérée des personnages, l'attente d'une fin inéluctable déjà délivrée dés le premier plan. Gabin est glacial et Signoret est absolument bouleversante. Un film dur et d'une infinie tristesse qui nous plonge dans le morne quotidien d'un couple au crépuscule de la vie, usé et aigri par le temps. De leur amour, il ne reste plus que de lourds silences et de vains regards qui en disent plus que n'importe quel dialogue. Seuls, diminués et reclus dans leur pavillon au cœur d'un quartier qui n'est plus qu'un vaste chantier de démolition, ils sont trop habitués l'un à l'autre pour se dire qu'ils s'aiment, sont trop vieux pour se séparer et n'ont désormais plus que la confrontation pour briser un tant soit peu l'indifférence qui s'est installée entre eux. Véritable drame humain, "Le Chat" m'a autant troublée par sa cruauté et son réalisme, qu'il m'a émue par sa pudeur, sa simplicité, et bien sûr l'interprétation magistrale et déchirante du couple Signoret/ Gabin. Un film amer mais plein de justesse qui n'a pas volé son titre de classique.