Images tournées un an après le début de la révolte au Chili à cause du Covid. Au cœur des manifestations et de l’action. Les femmes surtout mises à l’honneur dans les témoignages.
Impressionnant de vivre la violence policière et même militaire comme si on y était
Télérama :
Un demi-siècle après l’expérience socialiste conduite par le président Salvador Allende et documentée par Patricio Guzmán dans sa précieuse Bataille du Chili, le documentariste exilé à Paris a reconnu l’espoir de sa propre jeunesse dans le soulèvement social qui a embrasé son pays en octobre 2019. Il en rend compte dans ce documentaire particulièrement fort, qui appréhende l’engouement des Chiliens pour une société plus juste et la violente répression policière qui leur a répondu. Il y donne également la parole à une douzaine de femmes de la société civile, engagées avec courage et conviction dans ce mouvement qui a porté l’espoir d’un changement de constitution. Que le réveil de la gauche chilienne ait achoppé sur la victoire du « non » au référendum de septembre dernier n’empêche en rien la persistance de l’utopie collective mise en avant par le vieux cinéaste, fort d’une maturité qui lui fait prendre distance et hauteur.
Au Guzmán témoin de cette ébullition politique s’allie, dans Mon pays imaginaire, le Guzmán poète : celui de la grande trilogie documentaire qu’il signa dans les années 2010. Nostalgie de la lumière, Le Bouton de nacre et La Cordillère des songes recouraient abondamment à la métaphore et à l’histoire du Chili, pour en questionner l’actualité. Usant avec maestria de prises de vue aériennes, qui situent son point de vue dans l’ailleurs de l’exil, ou suggérant que les pavés arrachés au sol par les manifestants sont faits de la roche des Andes, colonne vertébrale de ce pays tout en longueur, il mêle intimement approches politique et poétique, pour rêver le Chili tout autant que le voir, et nous faire partager la constance de sa foi dans un avenir meilleur.