She Rides Shotgun s’inscrit dans un univers de chaos et de violence, mais ce qui fait réellement la force du film, c’est la relation père-fille qui s’y construit. Cette relation est traitée avec justesse, elle est intime, crédible et souvent touchante. Malgré son très jeune âge et toute son innocence, Polly devient rapidement complice de son père. Elle comprend le danger, accepte les règles de cette cavale et participe, à sa manière, à la protection de Nate, allant jusqu’à épouser une forme de violence qui la dépasse mais qu’elle juge nécessaire.
Visuellement, le film est soigné. Les plans larges sur les paysages fonctionnent très bien, portés par de belles lumières qui contrastent avec la dureté du récit. La musique accompagne efficacement l’ensemble, soutenant l’atmosphère sans jamais l’écraser.
Taron Egerton est convaincant dans ce rôle de père violent mais hanté par une volonté de rédemption. Il impose physiquement son personnage et parvient à transmettre une vraie palette d’émotions, entre dureté, peur et attachement sincère pour sa fille. L’actrice qui incarne Polly est elle aussi remarquable, très bien dirigée, naturelle et jamais forcée, ce qui renforce encore la crédibilité du duo.
Le film fonctionne particulièrement bien sur sa première heure. On y trouve une atmosphère de polar dramatique sombre et lourd, qui sert parfaitement la cavale et l’aspect émotionnel du récit. Malheureusement, passé ce cap, le film s’égare un peu. L’action prend trop le dessus, devient plus brute, plus fictionnelle, et finit par nuire à l’équilibre initial en nous éloignant de ce qui faisait la vraie force du film : l’intimité du lien père-fille.
Le principal point faible vient du choix scénaristique autour du « boss final ». Cette figure de leader diabolique, Houser, qui contrôlerait la région d’une main de fer, plane sur le film de manière trop appuyée. Peu subtil et très convenu, ce personnage finit par desservir le récit. Son côté intouchable, presque mythifié, donne un aspect irréaliste à l’ensemble : ce flic bad ass à la tête du trafic de méthamphétamine renvoie davantage à une logique de jeu vidéo qu’à celle d’un polar ancré dans le réel. C’est d’autant plus dommage que la cavale père-fille, elle, possède une vraie profondeur et aurait gagné à rester plus simple, dans un registre proche d’Imperial Dreams par exemple.
Le film fait toutefois un choix final cohérent en évitant le good ending. Nate ne s’en sort pas, et ce refus de la facilité fonctionne. Malgré sa volonté de protéger sa fille et d’amorcer une forme de rédemption, il reste un homme violent, responsable de nombreux actes répréhensibles, qui a exposé et mis en danger toute sa famille. Sa fin a donc du sens, on ne s’extrait pas impunément d’une vie construite sur la violence.
She Rides Shotgun reste ainsi un film imparfait mais plaisant par moment, porté par une relation père-fille touchante et des interprétations solides, malgré des choix scénaristiques discutables qui l’empêchent d’atteindre pleinement son potentiel.