Comédie Policière • De Dominique Baumard • 2025 • 1h34 • Melvil Poupaud, Sofiane Zermani, Julia Piaton, Steve Tientcheu.
Trois malfaiteurs trop audacieux se retrouvent entrainés dans une spirale incontrôlable après avoir dérobé cinq chefs-d'oeuvre dans un musée parisien.
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Un casse à 100 millions d’euros au musée d’Art moderne de Paris : c’était dans la nuit du 20 mai 2010, qui vit se volatiliser un Léger, un Braque, un Picasso, un Matisse et un Modigliani. L’incroyable histoire fit rêver Hollywood, mais c’est un jeune cinéaste français qui s’en empare sans effet de manche, sur le ton de la comédie.
Avec ses personnages de pieds nickelés, Les Règles de l’art brocarde l’amateurisme inattendu des véritables auteurs du grand tour de passe-passe, tout en ajoutant de la fantaisie à la reconstitution des faits. Le pari de la légèreté est tenu grâce à Steve Tientcheu, qui compose un savoureux monte-en-l’air aux antipodes de tous les Arsène Lupin stylés, et à Sofiane Zermani, formidable en brocanteur-receleur enfiévré. Le troisième de la bande, un petit monsieur expert à Drouot croqué par un grand Melvil Poupaud, corse l’intrigue. Il révèle la part étrangement irrationnelle de cette affaire taillée bien trop large pour ceux qui y ont été mêlés.
L’envie de suggérer une complexité qui interroge ne se mêle pas toujours harmonieusement à la facétie. Le réalisateur sait pourtant garder le cap en faisant exister un vrai rapport à la peinture. Voir des chefs-d’œuvre baladés dans des sacs-poubelle produit évidemment une cocasserie un peu délirante. Mais la fascination qu’exerce leur beauté est montrée aussi, comme une découverte grisante, dans l’étonnante et superbe scène du cambriolage au musée d’Art moderne. Puis c’est leur pouvoir un peu sorcier qui se manifeste, ou comment l’art peut posséder celui qui le possède, même quand c’est de manière illicite. Il faudra réduire l’extraordinaire butin en morceaux pour se libérer de la folie à laquelle il a conduit… Restée une hypothèse, cette destruction des cinq tableaux volés donne des frissons lorsqu’on la voit sur l’écran. Sous la drôlerie, le trouble est bien là.
TÉLÉRAMA • Par Frédéric Strauss • Publié le 30 avril 2025.