Page 278 / 279 : Mina avait depuis longtemps mis un terme à sa présence sur les réseaux sociaux. Elle reconnaissait être tombée dans le piège durant son adolescence. Elle y passait beaucoup trop de temps. Jusqu’à ce que, progressivement, allé se rende compte d’un phénomène étonnant. Elle avait compris qu’elle scrollait dans un état d’insatisfaction permanent, espérant que chaque prochaine vidéo ou image allait lui apporter un effet gratifiant. Mais cela n’arrivait jamais complètement et c’est donc par frustration qu’elle faisait défiler de vaines vidéos qui engendraient le contraire de ce qu’elle attendait : au lieu de la remplir, ce scrolling la vidait, lui aspirait son énergie, son intelligence. Elle le réalisa un jour de façon très nette : il la rendait triste. Autrement dit, les réseaux lui procuraient l’émotion exactement inverse de celle qu’ils prétendaient apporter : non pas un lien humain, mais bien au contraire une dilution de son humanité dans une errance émotionnelle sans fin…. Le piège de l’addiction au scrolling d’une part au mais aussi aux likes, aux vues, bref à toute cette perfidie ingénierie de la récompense… obtenir une validation sociale à travers des statistiques de leurs posts…cette mesure de l’attention que les autres leur portaient devenait dangereusement le baromètre de leurs posts état émotionnel et les enfermait dans un stress sans fin de quête de l’approbation.