
Bad Lieutenant
De Abel Ferrara
1992
Policier / Drame
1h36
Synopsis
Un flic pourri et drogué accumule les dettes. Lorsqu'une nonne est violée par deux hommes dans une église, celle-ci place une récompense sur la tête des deux criminels. Le Lieutenant voulant payer les dettes qui mettent en danger sa propre vie, décide de rechercher les criminels, tel un chasseur de primes. Sa descente au enfer ne verra plus de fin...
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
12 avisExpérience intense. Il n’y a, dans le film, rien à admirer, si ce n’est la radicalité totale de la proposition d’Abel Ferrara et la performance dégénérée d’Harvey Keitel. C’est un film à la fois repoussant et fascinant, qui pousse tous les curseurs au maximum pour provoquer le rejet : aucun glamour, aucune échappatoire, aucune lumière. Le décor d’abord : un New York sale, poisseux, sombre, rongé par la criminalité, la drogue et la dépravation. Un environnement qui semble déjà condamné, et dans lequel évolue un personnage encore plus abîmé que la ville elle-même. Les séquences choquantes s’enchaînent sans filtre. Drogue, violence, perversion, le film semble ne reculer devant rien. Et au cœur de ce chaos, Harvey Keitel livre une performance extrême, presque autodestructrice. Son personnage est difficile à définir tant il accumule les vices, une véritable épave morale, un être en totale décomposition. Sa descente aux enfers est continue, étouffante, au point que le film paraît presque plus long qu’il ne l’est réellement. La place de la drogue est centrale, et la manière dont elle est filmée — plans étirés, sans coupe, presque de manière clinique — renforce encore le malaise. On sent que le film dépasse la simple fiction, il y a quelque chose de trop précis, de trop vécu. Entre le parcours personnel de Ferrara, l’écriture avec Zoë Lund, et l’implication totale de Keitel, Bad Lieutenant ressemble parfois à un trip fiévreux, une œuvre à la frontière entre confession intime et cauchemar halluciné. Le récit s’articule autour des paris du lieutenant sur les World Series, opposant les New York Mets aux Los Angeles Dodgers. Ce fil rouge est très bien intégré : il structure la spirale autodestructrice du personnage et ajoute une tension constante liée à sa dépendance et à ses dettes. L’autre grand axe du film, encore plus troublant, reste la religion catholique. Le viol de la nonne en est le point de départ narratif, mais la dimension spirituelle dépasse largement cet événement. Le personnage de Keitel, malgré sa déchéance totale, ne cesse de se revendiquer catholique, comme s’il cherchait désespérément une forme de salut. Ses visions du Christ, son rapport obsessionnel à la faute et au pardon, et la figure presque irréelle de la nonne, seule présence véritablement pure du film, donnent au récit une dimension mystique dérangeante. Le film va à l’encontre de toute attente narrative classique. Il refuse toute forme de confort moral ou de résolution claire. On peut éventuellement voir une forme de rédemption dans le final, lorsque le personnage choisit de laisser partir les coupables, dans un geste qui s’inscrit dans une logique de pardon chrétien. Mais même cette rédemption est ambiguë, presque dérangeante, tant ceux qu’il épargne restent eux-mêmes profondément condamnables. Œuvre extrême et difficile, mais c’est aussi ce qui la rend fascinante. On est face à un film qui va au bout de sa logique, sans compromis, et qui laisse une impression durable. On comprend maintenant mieux d’où vient l’inspiration du brillant Uncle Gems des Safdie ainsi que la présence d’Abel Ferrara dans Marty Supreme, les deux frères ont été marqués par Bad Lieutenant.
🎬 Abel Ferrara filme ce personnage comme un homme ordinaire et déchu, bien décidé à appliquer la justice que le malheur lui a inculqué. Harvey Keitel respire l'humilité, sa prestation est magistrale. Le sang n'apparaît pas, le sexe est suggéré plutôt que montré, ce qui contribue à distiller une violence psychologique immense. Certaines séquences donnent un peu de poésie au film, mais d'autres sont là pour le faire retomber dans le malsain à la limite du supportable. Une oeuvre déglinguée, violente et crasseuse, qui prend aux tripes avec des personnages d'une noirceur absolue qui partent à la dérive entre alcool et drogue. Un véritable choc. 🎬 🎬 🎬
Un scénario intéressant. On suit un homme dont on connaît à peine sa vie. Il commence à toucher le fond en enchaînant les paris perdus, la drogue et tous ses démons, tout en jettant la responsabilité sur le Christ. Bien qu'il y ait une enquête pour viol, c'est plus un drame qu'un film policier. L'histoire se porte avant toute chose sur la dégringolade du "Bad lieutenant" vers l'enfer. Le parallèle avec la soeur et ses agresseurs est bien amené. Harvey Keitel donne une de ses meilleures performances d'acting. Canal+









