Sébastien Bailly • 2023 • 1h33 • avec Julie Gayet, Benjamin Biolay, Agathe Bonitzer, Louisiane Gouverneur.
Actrice proche de la cinquantaine, Anna ne se voit plus proposer de rôles à la hauteur de son talent, malgré une solide carrière. Côté coeur, le couple qu'elle forme avec Antoine, un metteur en scène, bat de plus en plus de l'aile. Alors qu'elle flirte avec la dépression, Anna se découvre, stupéfaite, un don extraordinaire : celui de changer d'apparence et de se glisser dans la peau de n'importe qui. Elle décide alors d'utiliser ce pouvoir pour tester son compagnon, une idée qui va vite virer au cauchemar et qui va finir par se retourner contre elle...
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«Trois gouttes. Pas plus. Pas moins. » Madame Peng est formelle. Pour faire face au départ de son metteur en scène de mari, qui vient de la quitter après vingt ans de vie conjugale et théâtrale commune, Anna, actrice à l’aube de la cinquantaine, a besoin d’un remontant. Dans l’arrière-salle d’un restaurant chinois, une rebouteuse lui confie une potion et une posologie. Avant cette ultime remarque : « Il y a mille vies en vous. »
Mais comment convoquer ces vies, ces rôles, ces personnages, quand les propositions se raréfient et que les projecteurs se tournent vers plus jeune(s) que soi ? Comme une actrice ! En doublant les doses prescrites, Anna (Julie Gayet, d’une troublante et inédite intensité) va donc reprendre le contrôle de sa vie de femme et emprunter l’enveloppe charnelle de la jeune et jolie journaliste (Agathe Bonitzer) qui a tapé dans l’œil de son homme (Benjamin Biolay). Motif inépuisable, de Franju à Hitchcock, emprunté à son tour et avec élégance par le réalisateur Sébastien Bailly : tout désir ne contient-il pas une part de magie ?
Le masochisme d’Anna, prête à s’humilier pour continuer à séduire un mari qui n’en vaut pas la peine, peut heurter. Plaire et replaire, ad libitum, telle est la joie et la souffrance de l’actrice, dont les métamorphoses successives deviennent un jeu aussi vertigineux que dangereux. Quel est donc ce poison qui contamine le corps d’Anna, de plus en plus isolée dans son appartement tombeau dont les murs s’effacent et s’obscurcissent ? Rêve ou cauchemar, le voyage en Italie de l’épilogue serait-il une célébration d’un éternel retour de flamme ? Il n’a pas lieu à Pompéi comme chez Rossellini mais à Ostie. Alius et idem (« autre chose et la même chose »). Parfum antique. Amours en ruines.
– Jérémie Couston
👎
Après les excellents , de Thomas Salvador, et , de Clément Cogitore, la période est décidément faste pour le fantastique français. Comme une actrice, hélas, douche l’enthousiasme en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « abracadabra ». Plombé par une voix off appliquée, parfois réduite à proférer des énormités (« C’est elle que tu baises mais c’est moi qui jouis de toute mon âme », ah oui quand même…), le film ne recourt à la magie que pour s’enliser dans un drame conjugal à la fesse triste, blafard et doloriste. Devenue une femme-caméléon, avec tout ce que cela promet de libération et de vertige – mille possibles entrevus dans des scènes clippées –, Anna s’acharne uniquement à récupérer son petit mari, fût-il le dernier des mufles, quitte à y sacrifier tout le reste, notamment sa carrière. Resurgit alors le souvenir merveilleux d’Alice (1991), de Woody Allen, qui recourait aussi à un surnaturel venu de Chine mais pour mieux semer le bazar dans la vie de son héroïne et, in fine, l’émanciper.
– Marie Sauvion
TÉLÉRAMA • Par Publié le 07 mars 2023.