
Crime 101
De Bart Layton
2026
Policier / Thriller
2h20
Synopsis
Dans Crime 101, les cambriolages méticuleux à LA le long de l'autoroute 101 d'un voleur de bijoux chevronné (Chris Hemsworth) déconcertent la police. Un flic solitaire (Mark Ruffalo) est à ses trousses. Lorsque leurs chemins croisent celui d'une courtière en assurance désabusée (Halle Berry), tous trois sont confrontés à des choix déterminants face aux millions de dollars en jeu.
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
8 avisPolar solide, que j’attendais et que j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder, mais qui vit en permanence dans l’ombre écrasante du cinéma de Michael Mann, au point de donner l’impression de ne jamais s’en émanciper (peut-être volontaire ?). C’est d’ailleurs assez fascinant à quel point les cinéastes ne parviennent quasiment jamais à se sortir des carcans manniens pour traiter le genre. L’influence est partout. Dans ce Los Angeles nocturne, froid et désenchanté, dans cette traque entre un flic obsessionnel et un braqueur méthodique, dans le respect silencieux qui naît entre eux, ou encore dans les figures que le film portrait : le criminel instable en contrepoint, le professionnel qui déroge à ses règles par amour, le policier à la vie personnelle fracturée. Même le casting renvoie directement à cet héritage, avec Chris Hemsworth (déjà vu chez Mann dans Blackhat) et Mark Ruffalo (Miami Vice). Difficile de ne pas penser en permanence à Heat ou à Thief. Et pourtant, malgré cette filiation presque écrasante, le film fonctionne. D’abord grâce à son casting. Le trio principal est particulièrement convaincant : Hemsworth, mutique et charismatique, impose une présence froide mais nuancée, laissant parfois entrevoir une pointe de sensibilité ; Ruffalo lui répond parfaitement en flic intègre, obstiné, usé par le système ; et Halle Berry apporte une autre dimension avec ce personnage pris dans une logique professionnelle frustrante et déshumanisante. Tous trois partent avec une ligne de conduite claire, qu’ils vont progressivement trahir, épuisés par un monde où les principes ne suffisent plus. Autour d’eux gravite une galerie de personnages tout aussi intéressante : Barry Keoghan en criminel instable et violent, Monica Barbaro au charme enivrant, et Nick Nolte en vétéran qui orchestre les casses à distance. Cette richesse est à la fois une force et une limite : Bart Layton cherche à injecter dans chaque personnage une dimension sociale ou politique, une lecture du monde contemporain, mais l’ensemble manque parfois de synthèse. Trop d’idées, trop de pistes, au risque de flouter un peu le propos. Car à travers le genre du polar, le film tente de dresser un portrait du capitalisme contemporain : hiérarchie écrasante, quête de performance, désillusion, place des femmes dans un système dominé par les hommes, opposition entre anciens codes et nouvelles logiques. Une ambition clairement mannienne dans l’esprit, qui fonctionne par moments mais reste un peu dispersée ici. Sur le plan atmosphérique, en revanche, c’est une vraie réussite. La ville de Los Angeles est superbement filmée : autoroutes nocturnes, buildings froids, vues aériennes stylisées, le tout porté par une bande-son électronique immersive. Là encore, difficile de ne pas penser à Mann, tant l’ADN visuel et sonore est proche. Le film montre toutefois ses limites dans son dernier acte. Sans être désagréable, le final paraît un peu hors-sol : la majorité des personnages s’en sortent relativement bien, dans une forme de résolution étonnamment conciliante, à l’exception du personnage le moins appréciable (Barry Keoghan). Un choix qui manque à mon sens de nuance et contraste avec le pessimisme installé auparavant. À la manière de The Town de Ben Affleck, je le placerai parmi ces polars très efficaces, bien ficelés et bien interprétés, mais qui n’arrivent à aucun moment à sortir de l’ombre de leur inspiration. Michael Mann a tellement sublimé le genre qu’il en a, d’une certaine manière, fixé un standard impossible à dépasser.













