
François Truffaut, le scénario de ma vie
De David Teboul
2024
Documentaire
1h38
François Truffaut, le scénario de ma vie
De David Teboul
2024
Documentaire
1h38
8,0/10
7,1/10
Synopsis
A la fin de sa vie, François Truffaut se confia à son ami Claude de Givray, avec le projet d'écrire son autobiohraphie. Ce film documentaire dévoile, pour la première fois, une partie de ce dernier récit. Au travers d'ultimes entretiens jamais utilisés et d'autres correspondances retrouvées, ce film propose un portrait intime, à la première personne, du cinéaste François Truffaut, qui révèle un homme bien plus complexe qu'il n'y paraît, profondément marqué par la dureté de son enfance et qui en a gardé toute sa vie une part de violence, un homme qui s'est choisi le cinéma comme famille et qui n'a eu de cesse de vouloir être aimé, reconnu et accepté, semblable au désir de son personnage miroir Antoine Doinel d'entrer dans les familles.
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2 avisDocumentaire • de David Teboul • France • 98 mn • 2024. Le hasard du calendrier nous fait rencontrer David Teboul dans un café du 10ᵉ arrondissement de Paris le jour même de la commémoration des 40 ans de la mort de François Truffaut, survenue le 21 octobre 1984. Dans son documentaire passionnant raconté à la première personne, François Truffaut, le scénario de ma vie (diffusé ce soir sur France 5), David Teboul met en scène l’intimité du réalisateur des Quatre Cents Coups et ses souvenirs d’enfance. Le film, exceptionnel, nous fait encore découvrir des choses sur François Truffaut. Car, non, on n’a pas encore tout lu ni entendu ! Entretien. Ce documentaire dure près d’une heure quarante, pourquoi ce format assez rare à la télévision ? J’ai eu le privilège d’obtenir une durée de presque une heure quarante, qui m’a permis d’approfondir une dimension intime de François Truffaut, de son œuvre, et d’inventer une plastique propre au film. Je voulais inviter le cinéma de Truffaut à des moments précis de son autobiographie et mettre en lumière ce lien serré entre sa vie et son œuvre. Même les films qui semblent loin de sa biographie comme Fahrenheit 451 évoquent sa passion pour les livres et la manière dont la littérature construit l’identité d’une société et des hommes. Je voulais que le spectateur rencontre Truffaut dans sa subjectivité ; c’est son regard sur ses films, sur sa vie et son enfance que j’ai privilégié. Je ne voulais pas le trahir par des commentateurs et des propos savants. On commente toujours trop. Simplement mettre en scène ses mots à lui. Refuser l’académisme documentaire qui fait alterner interviews, archives, extraits. Mon but, dès le départ, était de faire entendre Truffaut, seulement lui, et ça, ça demande un long travail d’écriture et de montage approfondi. Comment avez-vous travaillé, à partir de quels documents ? J’ai eu accès à un document qui a été très important pour moi : une autobiographie que Truffaut avait l’ambition d’écrire après la mort de ses parents. Quand il est tombé malade [en 1983, ndlr], son ex-femme, Madeleine Morgenstern, a fait venir un de ses amis de jeunesse, Claude de Givray, pour enregistrer une série d’entretiens. C’est à partir de ce matériau décisif et inédit que j’ai pu construire le film. Là je savais que Truffaut lui-même prendrait en charge son propre récit dans mon film. Je voulais que le spectateur rencontre Truffaut, comme moi je l’ai rencontré en jeune cinéphile plein de reconnaissance pour son cinéma populaire qui savait être exigeant. J’ai lu beaucoup de choses sur Truffaut, et c’est dans le livre de Serge Toubiana et Antoine de Baecque que j’ai appris l’existence de ce projet autobiographique inachevé. Je l’ai beaucoup cherché : aux archives de la Cinémathèque, il n’y avait rien. C’est grâce à Eva et Laura, les filles de François Truffaut, que j’ai eu accès à ce document. Et je les dois les remercier d’avoir pu travailler dans une liberté totale. Ce bout d’autobiographie se trouvait dans une boîte, c’étaient des fragments de retranscriptions de ces entretiens, plutôt décousus. Impubliables en l’état. À ce moment-là j’ai tenté de retrouver les bandes originales de l’enregistrement. J’ai appris que Truffaut les avait confiées à Richard Roud, un critique américain qui l’avait beaucoup défendu aux États-Unis. Mais je n’ai rien retrouvé ; on en a juste cette retranscription. Qu’avez-vous découvert en travaillant sur cette matière ? Ce que Truffaut y raconte n’a rien d’extraordinaire, mais c’est lui qui se raconte. Quand je réalise un film ou un portrait, j’aime travailler sur des choses qui paraissent très accessoires, mais ce sont elles qui sont au centre de la vie. Il raconte son enfance et son adolescence, Paris sous l’Occupation, la vie des spectacles pendant la guerre, la relation entre le cinéma et sa vie, l’enfance de l’art en somme. Toute l’œuvre de Truffaut est marquée par son enfance. La période-clé de l’Occupation à Paris apparaît dans Le Dernier Métro. Au départ, elle devait figurer dans Les Quatre Cents Coups. Mais Truffaut voulait faire un film sur son enfance, ne pas dévier de ce sujet, c’était son premier film il lui fallait être direct, la vie à Paris pendant l’Occupation aurait trop pris de place. On accorde beaucoup d’importance à la relation de Truffaut aux femmes et à l’amour. Et on a raison. Avec ce projet autobiographique, j’ai redécouvert comment son enfance peut éclairer sa relation à l’amour et aux femmes. Et je crois que, plus que l’amour, c’est cette part d’enfant blessé qui a construit son œuvre. Tout comme les livres. La littérature a construit Truffaut, et les écrivains ne s’y sont pas trompés, je pense aux soutiens qu’il a reçus très jeune des deux Jean : Cocteau et Genet. Que j’invite d’ailleurs dans le film. Vous avez choisi Louis Garrel pour incarner François Truffaut. Pourquoi ce choix ? Louis Garrel est un acteur léger, tout comme Truffaut, qui était drôle et farceur. Il y avait chez lui une grâce, une malice que j’entends dans la voix de Louis. Ce choix n’a rien d’une histoire de filiation ; Louis Garrel me semble plus godardien que truffaldien. Il n’empêche, c’était pour moi une évidence. Pour la narration, j’ai choisi Isabelle Huppert, qui revient dans mes films. Pour moi, c’est la narratrice, celle qui n’appartient pas à l’univers de Truffaut, elle n’a jamais tourné avec lui. J’aime chez Isabelle que jamais elle n’ajoute de l’émotion à l’émotion. Je tenais à Pascal Greggory dans le rôle du père, parce que quand je fais un film, je me fais mon cinéma ; je reviens à tout ce qui m’a construit : Greggory c’est mon souvenir d’une représentation de Dans la solitude des champs de coton, avec Patrice Chéreau. Pour Barbara Sukowa, c’est pareil. Je voulais pour la voix de Helen Hessel, qui est la véritable héroïne de Jules et Jim, jouée par Jeanne Moreau, entendre Lola, une femme allemande, de Fassbinder. Le film s’appelle Le scénario de ma vie, je n’ai pas fait l’économie de la mienne. À quel point François Truffaut a-t-il compté dans votre vie ? Je l’ai découvert à plusieurs moments très différents. Étrangement, d’abord avec Le Dernier Métro, que j’ai vu adolescent. Ça m’avait beaucoup troublé. Mais c’est La Femme d’à côté qui m’a marqué, littéralement passionné. J’étais fasciné par cet adage truffaldien « ni avec toi, ni sans toi », j’y ai compris la maladie de la passion. Si je ne devais garder qu’un seul film, je choisirais Les Deux Anglaises et le Continent. Pour sa dimension romanesque d’abord, il y a un livre avant le film. Ensuite pour ce que Truffaut raconte de la jeunesse dans l’amour avec ses personnages immatures, crus : ils s’aiment et se font du mal. Et puis j’adore La Femme d’à côté, la révélation d’une grande actrice, Fanny Ardant. Vous êtes-vous demandé comment aborder dans votre film sa relation aux femmes ? On le sait, Truffaut tombait souvent amoureux de ses actrices, et aujourd’hui, ce serait probablement problématique. C’est difficile pour moi de porter un jugement, quarante ans après, sur ces passions inscrites dans le cadre de son cinéma et de sa vie privée. La question de l’amour et du romanesque est capitale dans son œuvre : Jules et Jim ou Les Deux Anglaises et le Continent mettent en scène des histoires à trois ; dans Adèle H., Isabelle Adjani est seule… Le cinéma de Truffaut déploie toute la grammaire amoureuse. TÉLÉRAMA • Par Caroline Besse • Publié le 25 octobre 2024.
