
Hacker
De Michael Mann
2015
Policier / Thriller
2h13
Synopsis
Hacker suit un détenu en permission et ses associés américains et chinois dans leurs efforts pour traquer et démanteler un puissant réseau de cybercriminalité internationale, les entraînant de Chicago et Los Angeles à Hong Kong et Jakarta.
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
11 avisBlackhat est une véritable gifle cinématographique. Un film sensationnel, radical, qui pousse le cinéma de Michael Mann dans une nouvelle dimension. On y retrouve évidemment ses obsessions et ses codes, mais les mécaniques ont évolué, le film est à part, presque en avance sur son temps. Dix ans après Miami Vice, Mann filme un monde entièrement dominé par la technologie et l’hyper-connexion. Le capitalisme est devenu abstrait, dématérialisé, noyé dans des flux d’informations qui circulent à une vitesse hallucinante. La criminalité n’a plus de visage clair : elle est planquée derrière des pare-feu, des lignes de code, des systèmes tentaculaires impossibles à saisir dans leur globalité. Le film pose immédiatement son cadre avec une ouverture sidérante, on est embarqués nerveusement à l’intérieur des circuits électroniques et des processeurs, comme une immersion profonde dans cet univers complexe. Le récit est absolument fascinant. Je ne m’y connais pas suffisamment pour dire si c’est crédible sur le plan de la technicité informatique mais l’immersion est totale. Mann nous noie volontairement sous un flot de données, de pistes, de terminologies techniques. Tout est brouillé, dilué, abstrait, et le spectateur doit constamment tenter de comprendre à qui il a affaire et quels sont les enjeux réels derrière ces manœuvres invisibles. Je n’ai sans doute attrapé qu’une partie de ce qui nous est donné, mais l’expérience est hypnotique. Visuellement, le film est d’une maîtrise saisissante. Mann traverse Hong Kong, Jakarta, Kuala Lumpur, Los Angeles avec une précision chirurgicale. Les villes sont filmées comme des organismes en activité permanente : vues aériennes, quartiers d’affaires, ports, ponts, flux lumineux incessants. En parallèle, la caméra s’attarde sur la technologie elle-même : écrans, lignes de code, logiciels, caméras de surveillance. On passe d’un écran à l’autre, d’un pays à l’autre, sans respiration. Le spectateur est immergé dans ce chaos organisé, submergé par le flux d’informations, exactement comme les personnages et le monde dans lequel ils évoluent. Chris Hemsworth est bluffant. Froid, rugueux, direct, il incarne Nicholas, hackeur surdoué, emprisonné pour des attaques bancaires, parfaitement conscient des risques de son métier. Ici, les personnages ne cachent même plus leur dévotion totale à leur fonction. Nicholas le dit explicitement : il faut se dévouer à son programme. On est face à un personnage intégralement absorbé par son programme vital, dans une version encore plus radicale du cinéma de Mann. Mais Blackhat introduit un glissement intéressant, Nicholas tente de se créer un programme existentiel à travers son programme vital. Dans ce monde ultra-capitaliste et mondialisé, l’existentiel n’existe qu’à condition de triompher du vital. Sa relation avec Lien devient alors une projection fragile d’un avenir possible, conditionnée par sa capacité à démanteler un réseau de piratage international. Tang Wei est lumineuse, elle apporte une vraie tendresse et une respiration émotionnelle au film. Leehom Wang incarne une autre figure d’ultra-professionnalisme, tout aussi crédible. Viola Davis, Holt McCallany et John Ortiz complètent parfaitement cette fresque et renforcent la densité du récit. Les choix narratifs surprennent aussi par leur brutalité. Blackhat décrit un monde plus cruel que jamais, où le capitalisme broie indistinctement, y compris ceux qui incarnent le “bien”. Beaucoup de personnages meurent. Paradoxalement, c’est peut-être la première fois chez Mann qu’un protagoniste parvient réellement à son programme existentiel : Nicholas élimine le hackeur et s’enfuit avec Lien, comme une échappée irréelle dans un monde qui ne laisse normalement aucune issue. Le climax est extraordinaire. Une parade malaisienne, une foule dense, les personnages qui se cherchent, la menace omniprésente, la tension qui monte progressivement, c’est beau, c’est stressant, c’est immersif, du pur Mann, d’une maîtrise jouissive. Sur le plan émotionnel, le film conserve cette mélancolie contemplative propre à son cinéma. La musique est toujours parfaitement dosée, jamais démonstrative, mais très juste. La relation entre Nicholas et Lien fonctionne très bien, est crédible et apporte une vraie charge affective à un récit pourtant très abstrait. Je comprends totalement que Blackhat puisse être difficile d’accès pour qui n’est pas familier du cinéma et des obsessions de Michael Mann. Mais c’est justement ce qui fait sa force. Mann cherche à être fidèle à un monde devenu illisible, désincarné, dominé par un capitalisme omnipotent et opaque. Et dans cette ambition, Blackhat est une œuvre brillante, radicale et absolument fascinante.
Manque parfois de rythme mais bon thriller dans l’ensemble. Hemsworth troque son marteau pour un rôle un peu plus original et ça fait plaisir



















