Thriller • de Maya Dreifuss • 2024 • 1h48 • Tali Sharon, Idan Amedi, Sara von Schwarze, Dikla.
Quelques mois après sa mutation forcée dans la petite ville d'Afula, située dans la vallée de Jezreel, dans le nord d'Israël, Daphna, une brillante policière, découvre le téléphone abandonné d'Orly Elimelech dans un champ de maïs. Connue pour ses liens avec la puissante famille Golan, cette ancienne reine de beauté est introuvable depuis une semaine. Alors que personne ne semble s'inquiéter de cette mystérieuse disparition, et malgré la défiance de la population de la bourgade, qui lui reproche avant tout d'être une femme célibataire et sans enfants, Daphna décide de se lancer seule à la recherche d'Orly…
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Elle fait la tête, se traîne, sue à grosses gouttes, semble harassée. Avec son panama sur la tête, elle n’a guère le profil de l’emploi. Cette quadragénaire atypique, sans homme ni enfant, inspectrice de police, s’appelle Daphna. Elle est brillante, mais gênante — elle travaillait à Tel-Aviv et on l’a mutée dans une petite ville au nord, parce qu’elle était trop consciencieuse et curieuse. Le personnage est d’emblée l’atout majeur de ce très bon polar proche du thriller, enquête captivante autour de la disparition d’une ex-reine de beauté, dont on a retrouvé le smartphone, en pleine nature, tout près d’un champ de maïs.
Le sens des décors est manifeste, d’un gourbi à une villa cossue, de la campagne aux rues d’Afula. La direction d’acteurs est solide, et le scénario plein de finesse, déconcertant, signé par la réalisatrice elle-même. L’Israélienne Maya Dreifuss avait déjà signé un premier long métrage, She’s Coming Home (2013), non distribué en France. Ce second opus permet découvrir son talent singulier. Highway 65 n’est pas seulement efficace. On aime sa manière de se glisser dans un genre de cinéma pour mettre à mal les valeurs guerrières de son pays. En enquêtant, notamment au sein d’une famille puissante dont les membres entretiennent entre eux des liens troubles, Daphna se heurte à la loi du silence. D’autant plus difficile à briser qu’elle subit elle-même une forte pression sociale. Elle est mal vue, seule. Mais libre de désirer qui elle veut.
Pas une sainte, donc. C’est aussi l’attrait du film, où l’attente et la violence se donnent la main, sous une chaleur accablante. Non sans quelques notes de loufoquerie (on pense au réalisateur palestinien ), voire de pastiche de cinéma américain — ce que le titre suggère. Un sentiment de mélancolie, un désenchantement tenace dominent, portés par cette héroïne à l’œil ombrageux… Mais qui se montre, curieusement, de plus en plus lumineuse, au fil de l’action, dont le dénouement est inattendu. Le demi-sourire qui finit par s’afficher sur le beau visage de Tali Sharon (formidable) est signe de réussite.
TÉLÉRAMA • Par Jacques MORICE • Publié le 30 juillet 2024.