
Inside Llewyn Davis
De Joel Coen
2013
Drame / Music
1h44
Synopsis
New York, Llewyn Davis lutte pour gagner sa vie comme musicien folk, ne survivant que grâce à l'aide que lui apportent des amis ou des inconnus. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman...
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
30 avisPas trop mon kiff
Inside Llewyn Davis me confirme à quel point j’aime le cinéma des frères Coen. Il confirme aussi leur regard unique sur les personnages de perdants magnifiques. Le film m’a fait traverser toute une palette d’émotions : la mélancolie portée par de superbes morceaux folk en guitare-voix, la tristesse face au quotidien brutal de Llewyn, constamment malmené par la vie, et le rire, grâce à des situations absurdes et des dialogues d’une finesse toujours redoutable. Le rythme est lent, très contemplatif. Les Coen nous laissent observer la routine cyclique et monotone de Llewyn : dormir sur des canapés qui ne sont pas les siens, errer dans New York, jouer dans des bars miteux, chercher un endroit où passer la nuit suivante. Cette circularité est au cœur du film, renforcée par la structure même du récit, qui se referme presque exactement là où il a commencé. Rien n’a vraiment changé, et c’est précisément le propos. Llewyn accumule les galères, comme une version presque caricaturale de l’artiste maudit, persistant mais conscient, au fond, qu’il pédale dans le vide. Oscar Isaac est absolument parfait dans le rôle. Il incarne ce chanteur folk usé, orgueilleux, parfois frustrant, mais profondément humain. Le film se situe au début des années 60, à un moment charnière où la folk traditionnelle est déjà en train de se faire dépasser. L’art devient indissociable de la rentabilité, et Llewyn arrive trop tard. Cette idée est magnifiquement cristallisée dans les dernières minutes : après une prestation remarquable, il laisse la scène à un autre musicien, promis à un tout autre destin, Bob Dylan. Un moment cruel qui sonne comme un hommage à tous les artistes talentueux restés dans l’ombre. Le chat Ulysse est un autre élément central du film. Il agit à la fois comme un miroir de Llewyn, passant de mains en mains, et comme une référence ironique à l’Odyssée : Ulysse cherche à rentrer chez lui, là où Llewyn, lui, n’a pas de foyer et cherche surtout à trouver sa place dans un monde en mutation. Le casting secondaire est un régal, avec des apparitions courtes mais mémorables de Justin Timberlake, Adam Driver ou John Goodman, tandis que Carey Mulligan et Max Casella accompagnent le récit avec justesse. Visuellement, le film est assez beau, porté par une colorimétrie désaturée qui rend le New York artistique des années 60 très crédible. Le travail musical est remarquable, chaque morceau renforçant l’émotion et ce sentiment d’une époque en train de s’éteindre. J’ai beaucoup aimé. C’est profondément mélancolique, parfois même triste, mais souvent traversé par l’humour cynique et fataliste propre aux Coen. Une réflexion intelligente et touchante sur les artistes qui n’ont jamais eu leur chance.
"If it's never new, and it never gets old, then it's folk" Drôle que le film se termine par Boby Dylan qui chante dans le bar (en mode c'est Timothée ouuuu). Bref j'ai pas trop trop aimé. J'étais pas dedans. Smash Oscar Isaac.
Film de Joel Coen et Ethan Coen 1 h 45 min · 6 novembre 2013 (France) Genres : Comédie dramatique, Road movie, Musique Groupe : Inside Llewyn Davis Pays d'origine : États-Unis, France Bande originale : Inside Llewyn Davis Fiche technique Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village en 1961.
Drame • de Joel et Ethan Coen • 2013 • 1h44 • avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman. Dans les années 60, Llewyn Davis tente de se faire une place sur la scène folk new-yorkaise. Pendant une semaine dans un New York enneigé, il erre dans Greenwich Village, ancien quartier bohème porté sur la contre-culture et la liberté artistique. Parmi ses rivaux figurent le couple formé par Jean et Jim Berkey, avide de stabilité. Malgré son talent, Llewyn va de déconvenues et déconvenues. Alors qu'il accumule les petits boulots et désespère de percer un jour, il croise la route du géant de la musique Bud Grossman, qui n'a que mépris pour les musiciens folk. Contre toute attente, celui-ci finit par lui proposer une audition... ▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️ Les frères Coen ont toujours eu une profonde affection pour les perdants. Avec Llewyn Davis, chanteur de folk imaginaire du début des années 1960, ils ont trouvé leur champion de l’échec. Le héros de ce film (Grand Prix au Festival de Cannes) rate tout ce qu’il entreprend avec une application qui force le respect. Depuis que son partenaire de scène a disparu, la (petite) heure de gloire de Llewyn est passée. Les invendus de son premier album solo s’accumulent, et quand il ne se fait pas rouer de coups par un colosse mystérieux il erre dans le froid de l’hiver new-yorkais, sans manteau ni maison. Il doit sans cesse mendier l’hospitalité auprès d’amis, d’universitaires bizarres ou de collègues musiciens de moins en moins attentionnés. Quitte à se montrer franchement maso lorsqu’il supplie Mary, son ex-copine très remontée contre lui (Carey Mulligan, craquante en Joan Baez aux cheveux courts), de l’aider… Ce n’est pas tout : alors qu’il obtient enfin un petit boulot pour une session d’enregistrement, il choisit de renoncer à ses droits d’auteur pour toucher un peu plus de dollars en cash. Mauvais calcul : la chanson, une version très drôle de Please Mister Kennedy, devient un tube ! Et quand au bout du rouleau il décide de renoncer à la musique pour se réengager dans la marine marchande, une histoire kafkaïenne de cotisations syndicales le maintient à quai… Llewyn Davis, c’est le frère en déveine du professeur de sciences d’A Serious Man qui se trouverait plongé dans un cauchemar à la Barton Fink. Mais un cauchemar irrésistible, tant les frères Coen ont le don de faire rire des malheurs de leurs personnages tout en les rendant incroyablement attachants. Dans un gag récurrent génial, un chat roux oblige le héros à cavaler dans tout New York. Détail qui a son importance : l’animal fugueur se nomme Ulysse… La vie de bohème de Llewyn Davis prend vite des allures de mini-odyssée des temps modernes, jalonnée de rencontres avec des créatures inquiétantes et grotesques : un chanteur de country dégingandé, un chauffeur au regard de tueur, un jazzman boiteux et camé, incarné tout en démesure par John Goodman lors d’un périple infernal jusqu’à Chicago… Inside Llewyn Davis, en fait, c’est la version urbaine et nocturne d’O’Brother, le grand cru 2000 des frères Coen, dans lequel un taulard au prénom mythologique traversait le Mississippi haut en couleur de la Grande Dépression pour retrouver son foyer. Dans les deux films, la musique est au premier plan. Après le blues rural des années 1930, Joel et Ethan Coen font revivre la scène folk des sixties avec une minutie d’archéologues. De nombreuses images s’inspirent des pochettes des disques de l’époque, et la somptueuse photographie de Bruno Delbonnel donne une patine vintage à la reconstitution des clubs enfumés de Greenwich Village. Pas la peine de connaître la discographie intégrale de Dave Van Ronk (l’obscur folk singer qui a inspiré le personnage de Llewyn Davis) pour prendre un plaisir immense à l’écoute de la bande-son. Toutes les chansons sont jouées in extenso et sans play-back, que leurs interprètes soient des professionnels (Justin Timberlake, étonnant en « folkeux » propre sur lui) ou des amateurs très doués, comme Oscar Isaac. L’acteur – et désormais chanteur –, de tous les plans ou presque, est bluffant. Il ne dissimule pas la dimension pitoyable et le caractère parfois odieux de Llewyn, mais bouleverse, dans la peau de ce créateur sincère, victime de son intégrité radicale. Il y a du Bob Dylan dans cet artiste maudit – mais un Dylan qui serait retourné dans son Minnesota natal, faute d’avoir percé. Dans une séquence délicieusement ironique, Llewyn Davis range définitivement sa guitare au moment même où un inconnu à la voix nasillarde fait ses grands débuts sur la scène du Gaslight Cafe… TÉLÉRAMA • Par Samuel Douhaire • Publié le 21 août 2019.



















