Killers of the Flower Moon est un film magistral, au sens le plus plein du terme. Scorsese signe une œuvre ample, patiente, qui étire son récit sur plus de trois heures pour nous faire ressentir le poids étouffant de plusieurs décennies de violence et d’injustice infligées au peuple osage. Ce choix de durée, souvent perçu comme un risque, devient ici un véritable geste artistique : une manière de faire sentir dans le corps du spectateur la lenteur, l’accumulation et l’horreur systématique des faits.
Le trio principal est exceptionnel. Robert De Niro compose un patriarche glaçant, un maître manipulateur dont l’hypocrisie tranquille inspire un dégoût constant. DiCaprio, dans un rôle d’idiot docile et influençable, trouve un registre inhabituel, une sorte de faiblesse tragique qui rend son personnage aussi pathétique qu’effrayant. Et Lily Gladstone, cœur battant du film, est absolument remarquable : douce, drôle, forte, brisée, elle porte en elle toute la dignité d’un peuple et fait exister chaque scène avec une justesse incroyable.
La mise en scène est d’une beauté discrète mais implacable : grands espaces filmés comme des territoires pillés, intérieurs étouffants, petits gestes du quotidien qui prennent une dimension politique. Les seconds rôles sont tous précis, l’intrigue ne faiblit jamais, et malgré la longueur, pas une minute ne paraît de trop.
Mais au-delà de la performance et de la technique, ce qui marque le plus, c’est le geste éthique du film. Scorsese déconstruit ici le mythe du pionnier américain pour montrer ce qu’il a souvent masqué : une entreprise de prédation brutale, calculée, presque industrielle. Le film est à la fois un récit criminel et un acte de mémoire.
Un film immense, abouti, nécessaire : Scorsese au sommet de son art, offrant autant une histoire tragique qu’un regard lucide sur l’Amérique et ses fantômes.