
2025
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Drame / Comédie
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1h40
Résumé
Gaspar, un adolescent de Lisbonne, tombe entre les mains de L’Ogre, un homme ayant fait un pacte avec le Diable. Il utilise le garçon pour attirer des touristes qu’il transforme en animaux pour les manger. Gaspar s’échappe avec un chien et une ânesse dont il va tomber amoureux…
Magnifique, étonnant, drôle
Un film d'Eugène Green Avec un adolescent comme personnage central, le nouveau long métrage d’Eugène Green est un conte entre merveilleux et récit d’apprentissage, que l’on peut regarder comme une simple fantaisie sans prétention. Cependant, il est clair que le film est farci de références variées, et ces renvois sont diamétralement opposés : soit tellement identifiables qu’ils en deviennent quelque peu naïfs (l’ogre, la sorcière, l’arbre de la connaissance avec le serpent…), soit nécessitant des savoirs relativement pointus au point de se sentir exclu du film si on ne les a pas (c’est particulièrement le cas pour les dialogues qui évoquent l’histoire et la culture du Portugal). Le film mêle constamment une certaine simplicité qui confine à l’amateurisme (l’interprétation souvent statique, quelques décors grossiers, des longs gros plans sur de faux titres de presse d’aspect rudimentaire…) et une apparente prétention intellectuelle qui frise la métaphysique ou l’ésotérisme. Il en résulte une difficulté à savoir s’il faut prendre le film au sérieux ou le considérer comme une fable potache. On ne sait pas non plus sur quel pied danser d’un point de vue du discours. Par exemple, il est ironique qu’un film aussi artificiel fasse la critique (trop) explicite d’un tourisme de masse qui dénature Lisbonne et la culture portugaise : le factice est-il seulement louable quand il est délibérément créé comme tel ? L’ambiguïté demeure aussi dans les allusions à des courants de pensée contemporains (féminisme, végétarisme, écologisme…) : sont-ils moqués ou encensés ? Dans tous les cas, c’est bien trop fugace pour que ce soit pertinent de les mentionner… Malgré tout, Eugène Green parvient à captiver ça et là pour son univers baroque, notamment pour sa manière de faire coexister de manière cocasse le merveilleux et le monde moderne, égratignant au passage son pays d’origine (avec une courte caricature du Trump dans un article fictif) et plus largement la modernité. "L’Arbre de la connaissance" s’avère d’ailleurs bien plus limpide (et plus régulier) quand il s’agit de faire la satire du capitalisme et de la loi du marché – on retiendra d’ailleurs le business de la sorcière parmi les meilleures scènes.