
La Cérémonie
1995
•
Drame / Thriller
•
1h51
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Synopsis
Fraîchement embauchée pour une riche famille à la campagne, une femme de chambre se lie d'amitié avec un employé de la Poste qui l'encourage à se rebeller contre ses employeurs

1995
•
Drame / Thriller
•
1h51
Synopsis
Fraîchement embauchée pour une riche famille à la campagne, une femme de chambre se lie d'amitié avec un employé de la Poste qui l'encourage à se rebeller contre ses employeurs
Revisite du crime des soeurs papins Une violence qui s’installe dans le silence La Cérémonie s’ouvre sur l’arrivée de Sophie (Sandrine Bonnaire) comme bonne à tout faire chez les Lelièvre, une famille bourgeoise installée dans une grande maison isolée. Tout est calme, propre, presque figé. Chabrol filme cette maison comme un espace clos, hiérarchisé, où chacun a une fonction très claire. Dès le départ, Sophie est en retrait. Elle parle peu, répond brièvement, se déplace avec raideur. La caméra insiste sur son corps fermé, sur ses gestes mécaniques. Rien n’est spectaculaire, mais un malaise diffus s’installe. Sophie : le secret qui structure tout le film Le cœur du film repose sur Sophie. Son secret — elle est analphabète — n’est jamais annoncé frontalement. Il se devine par une série de scènes très concrètes : elle fait semblant de lire le courrier elle reconnaît les produits par leur emballage elle évite d’écrire ou de lire devant les autres Ce secret la condamne à une position d’infériorité permanente. Ce n’est pas seulement un handicap, c’est une honte sociale, une exclusion invisible. Sandrine Bonnaire joue Sophie comme une présence verrouillée, accumulant en silence une colère que rien ne vient apaiser. Jeanne : la parole, la provocation, la contamination Face à Sophie, Jeanne (Isabelle Huppert), la postière. Elle est tout l’inverse : elle parle trop, elle provoque, elle rit bruyamment. Elle méprise ouvertement les bourgeois et se nourrit du conflit. Là où Sophie subit, Jeanne théorise la haine. C’est Jeanne qui découvre l’analphabétisme de Sophie. Mais au lieu de la trahir, elle s’en sert pour créer un lien exclusif. Elle parle pour Sophie, décide pour elle, lui donne un discours qu’elle n’a pas. Leur relation n’est pas une amitié équilibrée : Jeanne est un détonateur, Sophie une bombe à retardement. La bourgeoisie selon Chabrol : bienveillante mais aveugle Les Lelièvre ne sont jamais caricaturés. Ils sont cultivés, polis, persuadés d’agir pour le bien. Mais leur bienveillance est profondément condescendante. La scène emblématique est celle de l’opéra diffusé à la télévision : la maîtresse de maison est convaincue de « partager la culture ». Sophie, debout dans la pièce, est exposée à un rituel qui n’est pas le sien, incapable de s’y inscrire, humiliée sans que personne ne le voie. Chabrol filme une bourgeoisie incapable de percevoir la violence qu’elle exerce, précisément parce qu’elle ne se pense jamais comme violente. Une mécanique froide et inéluctable Le film progresse sans accélération, sans musique dramatique, sans explication psychologique. Tout semble avancer mécaniquement vers une issue inévitable. La scène finale est d’une brutalité sèche : pendant que la télévision diffuse un opéra, la violence éclate sans discours, sans justification, sans héroïsme. Le contraste entre la culture « noble » et le massacre est glaçant. Ce n’est pas une vengeance spectaculaire, mais une implosion sociale, absurde et définitive. Un film sur l’impossibilité de communiquer La Cérémonie est avant tout un film sur le langage : Sophie ne peut pas lire Jeanne parle trop les bourgeois parlent au-dessus des autres Personne ne se comprend réellement. Tout circule de travers. La violence naît de cette incommunicabilité totale. Pourquoi le film reste si puissant Parce que Chabrol ne juge pas, n’explique pas, n’excuse pas. Il observe une société figée, où les rapports de classe sont immuables, et montre comment, dans ce cadre, la violence devient presque logique. La Cérémonie n’est pas un film de colère explosive, mais de ressentiment accumulé, silencieux, irréversible.
Diabolique ! « La façon dont la mesquinerie se pare de fausses bonnes manières est assez réjouissante » Claude Chabrol
Le film comme sa protagoniste sont une intrigue à eux même, Cependant les personnages sont uniques et bien caractérisés