
La Liste noire
De Irwin Winkler
1991
Drame / Thriller
1h45
Synopsis
Hollywood 1951. Le metteur en scène David Merrill se retrouve inscrit sur la fameuse Liste Noire, qui désignait les gens soupçonnés d'être membres du Parti Communiste. Il refuse alors de baser sa défense sur d'éventuelles dénonciations.
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Avis et Commentaires
8 avisJ’ai eu l’impression de voir une sorte de contrepoint à L’Aveu. Mais là où Costa-Gavras construisait un thriller politique tendu et paranoïaque, le film de Irwin Winkler adopte une approche beaucoup plus simple, frontale et dramatique. Le récit se concentre sur la période d’après-guerre, en pleine chasse aux sorcières anticommuniste menée par le FBI et le Congrès américain. Le film met en lumière des méthodes d’une brutalité frappante : procès partiaux, pression constante pour dénoncer ses collègues, mise au ban professionnelle, ruine sociale et économique. Peu à peu, ce climat délétère pousse les individus à se retourner les uns contre les autres, brisant les liens d’amitié, les solidarités et parfois même les relations amoureuses. Ce qui frappe surtout, c’est le parallèle implicite avec les régimes que les États-Unis prétendaient combattre. Les méthodes rappellent celles des purges soviétiques : suspicion permanente, culpabilité par association, pression morale et institutionnelle pour obtenir des aveux ou des dénonciations. Le film suggère ainsi que, dans cette période, l’Amérique n’a pas forcément agi très différemment de sa bête noire idéologique. On retrouve finalement un schéma tristement familier dans l’histoire, celui d’une société qui, sous l’effet de la peur et de l’idéologie, désigne des ennemis intérieurs et sacrifie ses propres principes. On pourrait d’ailleurs établir des parallèles avec d’autres contextes historiques, comme certains mécanismes de suspicion et de dénonciation observés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film est donc intéressant dans la manière dont il remet en question l’image démocratique et libérale que les puissances occidentales aiment projeter. Au centre du récit, Robert De Niro est excellent et le rôle lui va parfaitement. Il incarne un homme intègre, pris dans un engrenage politique qui va progressivement détruire sa vie. C’est aussi un thème qui correspond bien aux préoccupations de l’acteur, souvent attiré par les récits qui explorent les zones d’ombre de l’Amérique. Quelques années plus tard, il abordera d’ailleurs un sujet similaire en réalisant The Good Shepherd, une plongée très critique dans l’histoire et les dérives de la CIA. On peut facilement imaginer que ce type de rôle lui parle personnellement, conscient que, dans les années 1950, il aurait peut-être lui-même été la cible d’un tel système. Mais malgré la richesse du sujet et la solidité de l’interprétation, le film reste assez limité sur le plan cinématographique. Le récit demeure très linéaire et relativement classique dans sa mise en scène. Là où L’Aveu parvenait à transformer un fait politique en véritable expérience psychologique et cinématographique, Guilty by Suspicion se contente souvent de relater les événements. Inspiré en grande partie de faits réels, le film se présente finalement comme la chronique de la chute d’un homme, broyé par des accusations douteuses et par un système politique prêt à sacrifier des individus pour préserver son climat idéologique. Mais l’ensemble manque un peu de tension dramatique, de rebondissements ou d’intensité émotionnelle. Au final, c’est un film intéressant par son sujet et sa critique frontale des agissements gouvernementaux, mais qui reste assez sage dans sa forme. On en ressort avec l’impression qu’il y avait matière à faire plus, à transformer ce récit historique en véritable œuvre de cinéma plutôt qu’en simple reconstitution.

















