Hong Sang Soo écrit chaque jour la partie du scénario qui sera tournée ensuite. Cette technique qui rappelle les premiers films de la Nouvelle Vague, induit une grande part d'improvisation de la part des acteurs, et le cinéaste se repose sur les surprises que fera naître cette manière.
Pialat ne faisait pas autre chose. Il est donc étonnant que la critique française reproche à Hong un style brouillon et répétitif, qu'elle pourrait admirer chez Rohmer par exemple. D'ailleurs, c'est le style de Hong Sang Soo, et celui-ci fait dire à Iris (Hupert) que "l'important c'est de trouver son style".
Donc Iris, professeure autoproclamée de français en Corée,propose une méthode pédagogique qui commence par l'expression des sentiments. La langue sert d'abord à exprimer des sentiments. On la suit chez deux élèves, qui soit se laissent conduire, soit résistent à cette manière originale d'enseigner.
Puis ayant empoché un premier salaire, Iris rejoint son colocataire, qui tient beaucoup à la garder avec lui. Là-dessus la mère de ce dernier arrive et provoque une scène de jalousie. Elle aurait été trop absente et ne souffre pas qu'une étrangère semble jouer un rôle de mère de substitution.
Pas de film de Hong Sang Soo sans psychodrame et catharsis... La voyageuse, par sa seule présence et ses originalités aura révélé trois personnalités et leur obsession : le regret et l'amour du père chez la première élève, l'utilitarisme vain chez la seconde, l'amour pour une mère choisie chez son locataire.
Il en va ainsi avec Hong Sang Soo, l'histoire évolue lors du tournage et la mise en situation des acteurs révèle des problématiques humaines d'autant plus attachantes que cet errement scénaristique les rend plus authentiques.