
Le Canardeur
De Michael Cimino
1974
Comédie / Action
1h55
Synopsis
Le braqueur de banque John Thunderbolt et Lightfoot, un jeune aventurier, font équipe pour récupérer le magot d’un précédente casse réalisé par Thunderbolt et qu'il a pris soin de cacher. Tous les moyens pour y parvenir sont admis, y compris l’usage d’un canon antichar !
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
14 avisPremier film de Michael Cimino, Thunderbolt and Lightfoot laisse déjà entrevoir tout ce qui fera son cinéma : une attention particulière aux grands espaces héritée de John Ford, mélancolie et nostalgie de l’ancien temps, et des personnages complexes et ambigus. À la croisée du buddy movie, du road movie et du film de casse, le film suit la rencontre entre Thunderbolt (Clint Eastwood), ancien héros de la guerre de Corée devenu braqueur puis pasteur sous une fausse identité, et Lightfoot (Jeff Bridges), jeune vagabond plein d’énergie, naïf et attachant. La traduction française du titre, "Le Canardeur", est trompeuse : là où elle recentre le récit sur le personnage de Clint Eastwood, le titre original met justement l’accent sur ce qui constitue le cœur du film, un duo et la naissance progressive d’une amitié sincère. Pour Thunderbolt, Lightfoot représente la possibilité de revivre une forme de jeunesse ; pour Lightfoot, Thunderbolt devient une figure quasi paternelle et un modèle à admirer. Le récit nous embarque donc à travers les péripéties aléatoires de ces personnages, la construction d’une amitié, jusqu’à la préparation d’un casse audacieux. Le ton oscille constamment entre mélancolie et légèreté. Les magnifiques paysages du Montana renforcent cette sensation d’errance nostalgique, régulièrement contrebalancée par des moments naïfs et drôles qui rendent les dynamiques entre personnages particulièrement attachantes. En filigrane, Cimino amène une réflexion sur une Amérique en mutation et la disparition d’un certain idéal. La séquence finale, où les deux hommes retrouvent la vieille école qu’ils pensaient disparue et doivent traverser une autoroute pour y accéder, agit alors comme un passage symbolique entre ancien et nouveau monde. Cette nostalgie se ressent aussi dans des détails : Thunderbolt affirmant que Lightfoot arrive avec dix ans de retard pour former un vrai duo, ou l’ancienne école remplacée par une structure moderne et impersonnelle. Le duo est rejoint par les personnages incarnés par George Kennedy et Geoffrey Lewis, anciens complices de Thunderbolt. Présentés comme des professionnels endurcis, ils apparaissent pourtant maladroits et vieillissants, ajoutant une dimension à la fois comique et touchante. Si le film accuse parfois son âge, en particulier dans la mise en scène des combats et des fusillades ou à travers le regard porté sur la sexualité et les femmes, il reste extrêmement plaisant à suivre. Le récit est prenant, les images sont belles, les personnages bien incarnés et intenses, et l’ensemble constitue déjà une esquisse fascinante du cinéma à venir de Cimino, dont on retrouvera la filiation directe dans The Deer Hunter ou Heaven’s Gate.













