
Le Privé
De Robert Altman
1973
Suspense / Drame
1h52
Synopsis
En pleine nuit, Terry Lennox demande à son ami Philip Marlowe, un détective privé, de le conduire de toute urgence au Mexique. Ce dernier accepte, mais à son retour il est fraîchement accueilli par la police. Sylvia, l'épouse de Lennox, a en effet été retrouvée assassinée et Marlowe est inculpé pour meurtre.
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
8 avisJ’ai rien compris mais j’ai passé un super moment. Non plus sérieusement, j’ai regardé par la suite une interview de Robert Altman sur le film et ça confirme mon impression. Il explique lui-même que l’intrigue importe finalement assez peu : ce qui l’intéresse avant tout ce sont les personnages, leurs interactions et l’atmosphère qui se dégage de cet univers un peu flottant. Le film me rappelle Night Moves d’Arthur Penn, sorti deux ans plus tard et probablement influencé par celui-ci. Dans les deux cas, on suit un détective privé qui se fait manipuler du début à la fin. Le personnage tourne en rond, cherchant désespérément à comprendre une situation qui lui échappe, jusqu’à ce que la vérité éclate seulement dans les dernières minutes. Le spectateur est donc lui aussi constamment baladé : on sent qu’il y a quelque chose de louche, qu’un complot ou une machination se cache en arrière-plan, mais on reste volontairement perdu dans une intrigue qui semble parfois ne pas vraiment faire sens. Elliott Gould est fantastique et porte magnifiquement le film. Il incarne un détective très atypique : flegmatique, nonchalant, négligé, parfois provocateur, mais toujours étrangement détaché de ce qui lui arrive. Son personnage fascine dès les premières minutes, notamment grâce à cette longue séquence d’ouverture avec son chat, une scène qui ne sert pratiquement à rien sur le plan narratif mais qui installe immédiatement le ton du film et l’étrangeté de son univers. Malgré sa volonté apparente de comprendre ce qui est arrivé à son ami, le personnage reste étonnamment passif. Il avance à son rythme, toujours tranquille, presque désinvolte. Il n’est jamais vraiment violent ni menaçant, ne force pas les situations et accepte même parfois de se faire malmener sans vraiment réagir. Et c’est ce qui rend les toutes dernières secondes du film aussi saisissantes. Lorsqu’il comprend qu’il a été manipulé par son meilleur ami, sa réaction est brutale, froide et expéditive. Ce moment de purge tranche radicalement avec tout ce qu’on a vu auparavant du personnage, et produit un choc assez marquant. Au-delà de son intrigue volontairement flottante, le film séduit surtout par son ton et son atmosphère. Il y a quelque chose de très original et libre dans la manière dont Altman filme ce Los Angeles des années 70. Le détective qui parle constamment à voix haute, commentant ses propres actions comme une sorte de narrateur improvisé, les voisines hippies qui passent leur temps à moitié nues à faire du yoga en étant défoncées, l’étrange Dr. Verringer ou encore le clan criminel assez atypique de Marty Augustine. On découvre ainsi un Los Angeles paradoxal : à la fois libertaire et détendu en surface, mais aussi profondément gangrené par la corruption, les manipulations et les vices en arrière-plan. Le film devient alors une expérience assez unique : à la fois captivante, fascinante et assez drôle, mais aussi constamment déroutante parce qu’on ne sait jamais vraiment où le récit va nous emmener. Et pour compléter l’ensemble, la musique est absolument géniale. C’est même l’un des grands points forts du film, avec cette variation quasi obsessionnelle autour du thème principal qui accompagne le récit sous différentes formes et participe largement à l’identité si particulière de l’œuvre. C’est peut-être moins un polar qu’une errance dans un univers étrange et désabusé, et c’est justement ce qui le rend aussi fascinant.
Adaptation très libre d'un roman de Raymond Chandler (The Long Good Bye), transposé dans les années 70, le film fut pas mal décrié à sa sortie, mais aussi défendu par une part de la critique. Depuis, il n’a cessé d’être réévalué. On peut le considérer comme l’un des meilleurs crus de Robert Altman. Son titre original a fourni une complainte de jazz, suave à souhait, The Long Good Bye, composée par John Williams, qu’on entend dans le tour en voiture, inaugural, du film.









