Film d'animation • de Paul Grimault • 1980 • 1h23.
En son château labyrinthique, le roi de Takicardie, triste personnage tyrannique et fat, se pâme d'amour pour une jolie bergère, peinte sur l'une des boiseries de sa chambre. Mais la bergère aime le ramoneur, son voisin. Les tourtereaux prennent la fuite. Furieux, le roi fait rechercher la bergère. Un oiseau, déjà fort occupé à sauver ses petits des coups de fusil dont le roi s'amuse à les cribler, vient en aide aux amoureux éperdus. Afin d'échapper aux sbires du despote, tous les trois se réfugient dans la ville basse. C'est finalement un robot conduit par le monarque qui parvient à les capturer. Désespérée, la bergère promet d'épouser le roi si celui-ci accorde sa grâce au ramoneur et à l'oiseau...
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Au royaume de Takicardie, le souverain Charles-V-et-trois-font-huit-et-huit-font-seize s’ennuie. Heureusement qu’il y a cet oiseau moqueur et contestataire pour le divertir. Jusqu’au jour où une « charmante bergère et un petit ramoneur de rien du tout » peints sur les murs du château deviennent des dessins animés au sens propre : ils prennent vie, bien décidés à fuir le royaume…
Grimault et Prévert s’étaient rencontrés en 1941 à Paris, alors que l’Europe pliait sous le joug nazi. Les deux poètes étaient nés pour collaborer, eux, pour le meilleur. Après La Bergère et le Ramoneur (1953), il faudra attendre 1976 pour que Grimault retravaille le même scénario avec Prévert. L’histoire, cette fois, sera axée sur un roi dictateur et un volatile résistant. La société, elle, sera orwellienne : uniformisée, avec un peuple enfermé. Prévert l’a écrit : pour faire le portrait d’un oiseau, peindre une cage, avec une porte… ouverte. Ce chef-d’œuvre pacifiste sur la suprématie de l’art sur la tyrannie n’est achevé qu’en 1980. Prévert est déjà parti vers d’autres cieux. Lors de l’avant-première, Grimault réservera un siège vide à ses côtés…
TÉLÉRAMA • Par Guillemette Odicino • Publié le 03 février 2021.