Dieu bénisse Martin Freeman et Jenna Ortega. Ils ont essayé. Vraiment. Dieu sait qu’ils ont essayé. On les voit se débattre avec le scénario, tenter d’y insuffler de la crédibilité, d’y injecter un peu d’âme. Chapeau bas pour l’effort. Malheureusement, impossible de sauver un film qui ne sait jamais vraiment ce qu’il veut raconter.
Miller’s Girl nous fait constamment nous demander ce que Martin Freeman et Jenna Ortega – deux comédiens pourtant brillants – ont pu trouver d’intéressant dans cette histoire. Car ce n’est rien de plus que l’énième variation autour d’une relation interdite entre un professeur et son élève.
La nouveauté réside dans le fait que le film opte pour l’ambiguïté en laissant planer le doute sur l’existence d’une liaison, une approche que j’apprécie. Cependant, bien qu’il brouille les pistes, il ne parvient pas à en tirer une profondeur dramatique.
Et c’est bien là le problème. À force de flotter entre insinuations et sous-entendus, le récit se prive de toute véritable profondeur. On passe ainsi d’une longue première partie axée sur la séduction (deux bons tiers du film) à un brusque virage vers la vengeance, sans transition ni cohérence. Pire encore : ce revirement narratif tend à rendre Cairo plus antipathique qu’autre chose, puisque le spectateur n’a jamais la certitude que son professeur a franchi la ligne. Elle passe de la petite fille modèle à la veuve noire qui a tout orchestré depuis le début en un claquement de doigt. Son retournement de personnalité est brusque sans aucun signe avant coureur.
Le film en rajoute une couche avec Cairo (Jenna Ortega), qui déclare d’entrée de jeu à son amie : « Tu sais que je n’ai pas envie d’être sexy, je veux juste être intelligente. » Noble intention, sauf que Miller’s Girl passe son temps à faire exactement l’inverse. Par contre, Jenna Ortega nous fait un défilé de tenues séduisantes en veux-tu en voilà, dans un look d'étudiante sexy complètement cliché et quelque peu ridicule. Jamais on ne s'intéressera à la psychologie de ce personnage, ni à son talent. On nous montre uniquement ce qu'elle représente dans le regard de Miller : une tentation teintée d'admiration - qu'on peine à comprendre puisque Cairo n'a fait qu'une seule chose pour le séduire : lire son livre.
Jouer sur la parole de l’un contre celle de l’autre pouvait être une piste intéressante, mais elle est traitée avec une telle superficialité que l’ensemble devient frustrant. On ressort avec la sensation d’avoir assisté à un exercice inachevé, une sorte de provocation timide qui n’assume ni son audace, ni son malaise, ni même son sujet.
Au final, Miller’s Girl voulait être du cinéma, mais ce n’est qu’un fantasme cheap, habillé en tenue d’étudiante sexy