Comédie Dramatique • de Jonás Trueba • 2024 • 1h54 • Itsaso Arana, Sanz Vito, Andrés Gertrúdix, Fernando Trueba.
En couple depuis une quinzaine d'années, Ale, réalisatrice, et Alex, comédien, décident d'un commun accord de mettre un terme à cette relation. Pour annoncer la nouvelle à leurs proches, ils choisissent de mettre en pratique un étrange adage délivré par le père d'Ale, selon lequel ce sont les ruptures qui justifient une célébration, et non les fiançailles ou les mariages. Alors qu'ils invitent leurs amis à une "fête de séparation", ces derniers, choqués et perplexes, se demandent si Ale et Alex ne font pas une grosse erreur en dépit du fait qu'ils ont l'air sûrs de leur choix...
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Cinéaste des affinités électives et de la conversation amoureuse, du temps qui fuit et des rencontres fortuites, Jonás Trueba clôt avec cette comédie romantique aux apparences trompeuses une trilogie sur les saisons du couple. Après avoir capté la délicatesse de l’étincelle première dans Eva en août (2019), puis les choix de vie des amants en ménage dans l’estival Venez voir (2023), le plus rohmérien des réalisateurs madrilènes a imaginé, toujours avec ses acteurs fétiches, Itsaso Arana et Vito Sanz, ici coscénaristes, un conte d’automne sur l’étiolement programmé de la conjugalité.
Les fusionnels Ale et Alex (elle est réalisatrice, il est acteur, ils travaillent ensemble) décident, un beau matin, après quinze ans de vie commune, d’organiser une grande fête pour célébrer leur séparation, avant que l’aigreur ne s’en mêle. Idée saugrenue, absurde, soufflée à l’héroïne par son anar de père qui claironnait dans sa jeunesse que « les couples devraient fêter les séparations plutôt que les unions », mais qui se trouve bien dépourvu quand il apprend que sa fille l’a pris au mot. Jeu de miroirs vertigineux : c’est le cinéaste Fernando Trueba, le propre père de Jonas, qui joue le paternel iconoclaste de celle qui, dans la vie, est la compagne de son fils.
Un hymne au désir conjugal inconditionnel
L’annonce enjouée de cette rupture sans mobile suscite, à chaque fois, sidération et incompréhension dans l’entourage du couple. Et contamine la mise en scène, tout en espièglerie (volets, fermeture à l’iris, split screen), elle aussi en rupture de ton avec la mélancolie des films précédents. Avec son carré auburn, son pyjama en soie et ses œillades appuyées au plombier, Itsaso Arana campe une néo Katharine Hepburn, une épouse au charme arrogant. Et pour cause ! Le modèle assumé et abondamment pillé est la comédie du remariage des années 1930-1940, chère à George Cukor, Howard Hawks ou Leo McCarey, et dans lequel les couples mariés se séparent pour mieux se retrouver à la fin. Un genre théorisé par dans son ouvrage À la recherche du bonheur (1981).
Comme le faisaient jadis Godard et Truffaut, et pour rendre la mise en abyme encore plus ludique, Jonás Trueba fait apparaître, à l’image ou dans les dialogues, les films et les livres qui l’ont aidé à échafauder son scénario. Outre Stanley Cavell, il est question de Blake Edwards (L’amour est une grande aventure), de Harold Ramis () et beaucoup de Kierkegaard (La Répétition), sans que jamais ces références, pop ou savantes, fassent toc ou doctes. C’est dans l’essai sur la beauté de l’amour routinier du philosophe danois que réside précisément la clé (et le spleen discret) de Septembre sans attendre.
Commencée sous les atours d’une comédie sur la séparation, Volveréis (« vous reviendrez », traduction du titre original) se mue en un hymne au désir conjugal inconditionnel et renouvelé, une nouvelle main tendue par Jonás Trueba à son actrice, Itsaso Arana, devenue son alter ego de fiction depuis qu’elle est passée, à son tour et avec une grâce infinie, derrière la caméra – le merveilleux (2023). La complicité absolue entre les deux cinéastes éclate au moment où l’on comprend que le personnage interprété par Itsaso est en train de monter le même film que celui que nous sommes en train de voir. La fin de leur histoire est alors entre ses mains.
TÉLÉRAMA • Par Jérémie COUSTON • Publié le 27 août 2024.