Une famille - Cover

Une famille

De Christine Angot

2024

Documentaire

1h22

memorizer logo

7,3/10

allociné logo

4,0/5

Presse

3,7/5

Spect.

Synopsis

À l’occasion d’un voyage dans l’Est pour la sortie de son dernier roman, Christine Angot retourne avec une caméra à Strasbourg, ville où à treize ans elle a fait la connaissance de son père, puis lui a rendu visite au cours de vacances scolaires. Son père est mort depuis plusieurs années, mais sa femme et ses enfants y vivent toujours. Elle sonne à la porte. Un récit cinématographique s’engage alors sur l’indicible, au présent et au passé, avec d’autres membres de la famille, la mère, la fille, le mari… jusqu’à s’élargir à des cercles de la société plus éloignés…

Regarder en ligne

Apple TV

À partir de 3.99€

arrow right

Prime Video

À partir de 13.99€

arrow right

Canal+

À partir de 2.99€

arrow right

Pathé Home

À partir de 2.99€

arrow right

Avis de la communauté

Les critiques sont majoritairement émues et impressionnées par 'Une famille', louant la démarche courageuse de Christine Angot pour aborder le sujet délicat de l'inceste avec une intensité remarquable. Le film est perçu comme un puissant outil de sensibilisation, bien que certains le trouvent parfois trop personnel et confrontant. Les scènes avec sa fille apportent une lumière rassurante au milieu de la sombre réalité exposée.

👍 Expression puissante de la souffrance.

👎 Peut être trop personnel et confrontant.

Bande d'annonce

Avis et Commentaires

48 avis
PR
Patriciaa noté ★ 7/10
24 août 2024

Plein de question sans réponse !!!

Tl
Thomasa noté ★ 6/10
23 avril 2024

Film Documentaire • France • De Christine Angot • 2024 • 1h22. Romancière et dramaturge, Christine Angot est appelée à se rendre à Strasbourg pour des raisons professionnelles, la ville où Pierre Angot, son père, a vécu jusqu'à son décès en 1999. C'est ici même qu'elle le rencontre pour la première fois en 1972, alors qu'elle est âgée de 13 ans, et qu'elle subit peu après le premier d'une longue et traumatisante série de viols qui marqueront son adolescence, et qu'elle évoque dans trois de ses romans. Sur place, l'écrivaine décide de faire connaissance avec l'épouse et les enfants de ce dernier, qui y vivent toujours. Caméra au poing, elle part frapper à leur porte... ▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️ Romancière médiatique, elle nous surprend à peine en devenant réalisatrice pour se filmer et reprendre le fil de son histoire personnelle, marquée par son père incestueux et développée dans plusieurs de ses livres. Devant une caméra, Christine Angot semble toujours à sa place. Une famille se révèle pourtant un documentaire saisissant, essentiel. Choisir le langage de l’image provoque un choc inédit. La preuve en est faite d’emblée, avec une séquence tournée à Strasbourg, chez celle qui fut l’épouse du père, mort en 1999. Christine Angot entre de force, en vient presque aux mains avec cette dame bourgeoise qui fait tout pour ne pas perdre ses bonnes manières mais ne veut vraiment pas de la caméra ni de la petite équipe technique. Ses objections sont balayées. « J’ai besoin de me sentir soutenue par des gens qui sont de mon côté ! » crie Angot. Le cinéma est la première réponse à la demande qu’elle va exprimer tout au long de ce film : sortir de sa solitude. Ne plus être isolée avec ce qu’elle a vécu. L’exigence de vérité Un lien frappant s’établit spontanément entre cette femme qui veut qu’on en revienne à la réalité des faits, les viols que son père lui a fait subir à partir de l’âge de 13 ans, et la pratique du documentaire, qu’on appelle aussi cinéma vérité ou cinéma brut. L’exigence de vérité est inscrite en Christine Angot tout autant que la brutalité, dont elle n’a pas peur de faire usage verbalement, ce qui lui a été reproché. Une famille est donc un film qui ressemble intensément à ce que l’on sait d’elle et, justement, de son intensité. Ce n’est pas un film où elle se montre, mais où elle se donne entièrement, avec sa force et sa fragilité. Dans l’appartement bourgeois et strasbourgeois, il lui faut rapidement s’asseoir, elle ne tient plus sur ses jambes. Accusée par la femme de son père de faire preuve de violence, elle répond : « Si tu sentais mon cœur, le rythme auquel il bat, tu comprendrais la violence que tu exerces sur moi. » L’implication que l’on voit à l’écran nous précipite en plein dans le sujet qui ne cesse d’être discuté : l’implication des proches, qui se sont défilés, qui n’ont pas pu faire face à la réalité de l’inceste ou qui ont voulu l’ignorer. Il est encore temps d’être là, leur dit en quelque sorte Angot, en plaçant devant sa caméra sa belle-mère, sa mère, son ex-mari. À leur tour de faire l’expérience de l’épreuve de vérité que permet le cinéma. Le film devient alors un révélateur puissant. Non pas de ce qui a été tu jusque-là, mais du silence qui perdure et a enfermé la romancière dans sa solitude. Car, malgré des concessions, des mots de compréhension, et même malgré les larmes qui viennent à la mère, pleines j’y d’amour, ce que le père a fait à sa fille semble rester dans une autre réalité, indicible. Une réflexion sur le tabou du viol parcourt ce documentaire qui n’est pourtant jamais un essai. Il relève plutôt du journal intime, notamment parce qu’il est tissé d’extraits de vidéos familiales montrant la petite Léonore filmée, en 1993, par sa maman Christine, souvent avec son papa. Un trouble volontaire surgit de cette vision du passé qui semble parfois évoquer, non pas l’enfance de la fille mais celle de la mère. Comme si la hantise de l’inceste n’avait jamais disparu, ce que suggère ce moment terrible où, accompagnant des images de Léonore sur un manège, la voix de Christine Angot évoque un rêve où elle castre le père violeur. Mais c’est bien de Léonore, aujourd’hui adulte, que viendra, sans ambiguïté, un réconfort. Avec sa caméra et son équipe, la réalisatrice écrivaine passe des douloureux retours en arrière à une réparation possible. Avec le cinéma, elle ouvre un admirable chemin de vie. TÉLÉRAMA • Par Frédéric Strauss • Publié le 19 mars 2024.

Laurence CREUSOT
Laurencea noté ★ 7/10
16 avril 2024

Admiration pour cette femme qui écrit, parle, et filme sans cesse l’inceste que lui a fait subir son père ! Bravo à elle et soutien total!

Catherine Damoiseau
Catherinea noté ★ 9/10
8 avril 2024

8 4 2 Documentaire choc . Christine Angot essaie de comprendre auprès de ses proches pourquoi personne n a réagi aux viols qu elle a subis à 13 ans de la part de son père. On comprend mieux la quête incessante qui rend C. Angot si particulière et si cassante dans la vie. Ce traumatisme est une souffrance de chaque jour, d autant plus qu elle est seule à se battre. Très émouvant et nécessaire.

AS
Annea noté ★ 8/10
7 avril 2024

Un documentaire bouleversant. Christine Angot exprime sa colère, cherche des explications auprès de la femme de son père, de son ex-mari (qui a lui-même été violé à 11 ans), de sa mère, de sa fille Léonore.

Jacqueline d’Ormesson
Jacquelinea noté ★ 7/10
5 avril 2024

Fort, dérangeant. Elle met le pied dans la porte de chez sa belle mère et l’agresse pour obtenir d’elle, quoi ??? Puis ex mari, extraits de films, sa mère,beaucoup sa fille et, à la fin, sa fille qui lui dit : c’était un monstre et je suis désolée de ce qui t’ai arrivé. Apparemment ce qu’elle attendait. Femme peu sympathique. Drame affreux.

Dominique MARCEL
Dominiquea noté ★ 9/10
3 avril 2024

Une Famille" par Christine Angot, les critiques du Masque bouleversés et unanimes Christine Angot signe son tout premier film comme réalisatrice. Très émus, les critiques du Masque & la Plume saluent unanimement l'écrivaine qui exprime, par la parole et une force d'image sensationnelles, les terribles ravages de l'inceste. Le film commence à Strasbourg, là où Christine Angot a rencontré son père pour la première fois à l'âge de treize ans, là où il a commencé à la violer, là où il est mort en 1999. À Strasbourg, vit la veuve de son père, Angot sonne à sa porte et force le face-à-face avec elle. Christine Angot interroge ensuite sa mère, son ex-mari, puis sa fille Léonore, adulte aujourd'hui. Le film tisse ses différents face-à-face avec des archives intimes, des photos, des vidéos tournées au caméscope il y a 30 ans. C'est un film que Xavier Leherpeur a trouvé très intelligent et émouvant Pourtant, il n'est pas particulièrement fan de l'écrivaine Christine Angot, mais il admet que c'est une autrice extrêmement intéressante dans le style d'écriture et qui s'illustre totalement dans ce film à la fin duquel le critique est ressorti profondément touché : "L'auteure a une acuité, une manière de regarder son histoire personnelle et d'en faire une matrice littéraire que je trouve extrêmement intéressante. Pourtant, ce n'est pas une de mes plumes préférées. Je fais partie des gens qui sont allés voir le film en me disant qu'elle était sans doute en train de recycler ce qu'elle avait déjà fait en littérature au cinéma. Mais on comprend combien il était indispensable pour elle de passer par l'image et surtout par la parole. C'est un film remarquablement construit et intelligent. Cette dramaturgie sous forme de tragédie, Christine Angot la porte de manière magistrale. Elle a écrit les mots, mais les plaies ne se sont pas cautérisées, elles sont encore béantes et, maintenant, elle les porte d'une force absolue." Charlotte Garson salue l'expression physique et matérielle de la souffrance de l'auteure Pour la critique et journaliste cinéma des Cahiers du cinéma, Christine Angot utilise avec brio les moyens spécifiques du cinéma pour montrer par l'image ses propres maux : "C'est le pur présent de quelque chose qui n'est pas scénarisé. Elle est avec sa grande cheffe opératrice, Caroline Champetier, et vraiment, on sent qu'elle a besoin de cette présence physique pour y aller elle-même. Dans ce côté très physique du documentaire, il est impossible de ne pas être profondément touché par cette scène où elle force la belle-mère à l'écouter, à dialoguer avec elle. La belle-mère compatit assez vite, avec cette espèce de fausse parole". Un film qui a boulerversé Christophe Bourseiller À tel point que pour le critique, ce n'est pas un film, mais avant tout un reportage sur la souffrance d'une femme. C'est un film que le critique a éprouvé de façon douloureuse en ressentant la souffrance de l'auteure : "Qui suis-je pour juger de la souffrance d'une femme ? Moi, j'ai beaucoup aimé les romans de Christine Angot depuis le premier "Vu du ciel" en 1990, "Une semaine de vacances ", car tout à coup, on était face à une réalité brute et simple. Là on est vraiment dans une souffrance brute face à laquelle on ne peut éprouver que de la compassion pour cette femme." Ariane Allard foudroyée par l'émotion La critique de Causette ne s'attendait absolument pas à être aussi bouleversée : "Ce n'est pas seulement un film sur la douleur, car si c'est un film sur une peine immense et irréparable, c'est aussi un film sur une détermination aussi immense que la peine qu'éprouve Christine Angot, surtout par rapport à ses livres. C'est un film qui ne mesure pas seulement l'impact que l'inceste a eu sur elle, mais aussi sur les autres. Il y a une construction très intelligente avec une vraie dramaturgie. Je pense que Christine Angot n'est pas arrivée au cinéma par hasard et là ce qu'on voit m'a vraiment touchée. Cette femme de lettres a une confiance absolument absolue en la vérité de l'image. C'est par l'image qu'on va savoir, puisqu'on lui a dénié cette parole et qu'on l'a moquée dans les années 1990. Elle montre par l'image ce qu'est véritablement l'inceste, c'est-à-dire un mécanisme de domination et de mépris. Un film intransigeant et bouleversant à la fois qui va bien au-delà de la douleur d'une personne, c'est un ouvrage collectif." Une famille”, de Christine Angot : réflexion intense et poignante sur le tabou du viol Des viols que son père lui a fait subir dès ses 13 ans, ils n’ont rien dit. La romancière, caméra au poing, part à la rencontre de ceux qui savaient dans un puissant documentaire. Romancière médiatique, elle nous surprend à peine en devenant réalisatrice pour se filmer et reprendre le fil de son histoire personnelle, marquée par son père incestueux et développée dans plusieurs de ses livres. Devant une caméra, Christine Angot semble toujours à sa place. Une famille se révèle pourtant un documentaire saisissant, essentiel. Choisir le langage de l’image provoque un choc inédit. La preuve en est faite d’emblée, avec une séquence tournée à Strasbourg, chez celle qui fut l’épouse du père, mort en 1999. Christine Angot entre de force, en vient presque aux mains avec cette dame bourgeoise qui fait tout pour ne pas perdre ses bonnes manières mais ne veut vraiment pas de la caméra ni de la petite équipe technique. Ses objections sont balayées. « J’ai besoin de me sentir soutenue par des gens qui sont de mon côté ! » crie Angot. Le cinéma est la première réponse à la demande qu’elle va exprimer tout au long de ce film : sortir de sa solitude. Ne plus être isolée avec ce qu’elle a vécu. L’exigence de vérité Un lien frappant s’établit spontanément entre cette femme qui veut qu’on en revienne à la réalité des faits, les viols que son père lui a fait subir à partir de l’âge de 13 ans, et la pratique du documentaire, qu’on appelle aussi cinéma vérité ou cinéma brut. L’exigence de vérité est inscrite en Christine Angot tout autant que la brutalité, dont elle n’a pas peur de faire usage verbalement, ce qui lui a été reproché. Une famille est donc un film qui ressemble intensément à ce que l’on sait d’elle et, justement, de son intensité. Ce n’est pas un film où elle se montre, mais où elle se donne entièrement, avec sa force et sa fragilité. Dans l’appartement bourgeois et strasbourgeois, il lui faut rapidement s’asseoir, elle ne tient plus sur ses jambes. Accusée par la femme de son père de faire preuve de violence, elle répond : « Si tu sentais mon cœur, le rythme auquel il bat, tu comprendrais la violence que tu exerces sur moi. » L’implication que l’on voit à l’écran nous précipite en plein dans le sujet qui ne cesse d’être discuté : l’implication des proches, qui se sont défilés, qui n’ont pas pu faire face à la réalité de l’inceste ou qui ont voulu l’ignorer. Il est encore temps d’être là, leur dit en quelque sorte Angot, en plaçant devant sa caméra sa belle-mère, sa mère, son ex-mari. À leur tour de faire l’expérience de l’épreuve de vérité que permet le cinéma. Le film devient alors un révélateur puissant. Non pas de ce qui a été tu jusque-là, mais du silence qui perdure et a enfermé la romancière dans sa solitude. Car, malgré des concessions, des mots de compréhension, et même malgré les larmes qui viennent à la mère, pleines d’amour, ce que le père a fait à sa fille semble rester dans une autre réalité, indicible. Une réflexion sur le tabou du viol parcourt ce documentaire qui n’est pourtant jamais un essai. Il relève plutôt du journal intime, notamment parce qu’il est tissé d’extraits de vidéos familiales montrant la petite Léonore filmée, en 1993, par sa maman Christine, souvent avec son papa. Un trouble volontaire surgit de cette vision du passé qui semble parfois évoquer, non pas l’enfance de la fille mais celle de la mère. Comme si la hantise de l’inceste n’avait jamais disparu, ce que suggère ce moment terrible où, accompagnant des images de Léonore sur un manège, la voix de Christine Angot évoque un rêve où elle castre le père violeur. Mais c’est bien de Léonore, aujourd’hui adulte, que viendra, sans ambiguïté, un réconfort. Avec sa caméra et son équipe, la réalisatrice écrivaine passe des douloureux retours en arrière à une réparation possible. Avec le cinéma, elle ouvre un admirable chemin de vie. Il fallait filmer cette peine” : Christine Angot raconte la genèse de son film sur le déni autour de l’inceste Alors qu’elle terminait l’écriture du “Voyage dans l’Est”, l’autrice a eu le désir de prolonger ce récit avec son puissant documentaire “Une famille”, en salles. Rencontre. Avec Une famille (sortie le 20 mars), Christine Angot signe une première réalisation, qui s’inscrit dans le prolongement de son récit Le Voyage dans l’Est (éd. Flammarion, 2021). Dans ce documentaire, l’écrivaine mêle des rencontres et entretiens avec l’épouse de son père incestueux, sa mère, son ancien compagnon, sa fille Léonore, à des images issues des archives familiales qui la montrent jeune femme, jeune mère. Un matériau hétérogène pour un film puissant et bouleversant, porté par la volonté de dénoncer le déni qui entoure l’inceste dont elle a été victime, et dont elle nous explique la genèse. Se surprendre « Ce film n’a jamais été un projet. C’est une notion qui ne me parle pas. J’ai besoin, comme pour un livre, de recourir à la surprise. Fin juin 2021, alors que je suis dans les toutes dernières corrections du Voyage dans l’Est, la maison d’édition m’appelle à propos des premiers déplacements prévus à la rentrée dans les librairies ou salons du livre. Et j’entends Nancy, Strasbourg… En raccrochant, je me dis “ce serait bien qu’il y ait une caméra avec moi”. J’ai plus ou moins l’espoir qu’il arrive quelque chose, mon demi-frère ou ma demi-sœur qui viendraient à ma rencontre dans une librairie, ou les croiser dans la rue, comme dans un film, par hasard… Ce genre d’espoir ne s’éteint pas facilement. Si une telle chose inespérée devait arriver, il faudrait qu’on en fixe l’image, je me dis. Je connais la directrice de la photographie Caroline Champetier depuis longtemps. Elle me dit oui, tout de suite, avant même de lire le livre. Très vite, un producteur de télévision est intéressé. Il faut faire un dossier pour convaincre les chaînes : je rédige un texte vite fait. Quelques semaines plus tard, on est sur le point de partir dans l’Est, ce producteur me dit, sur le ton du protecteur, qu’il vaudrait mieux que je sois “déchargée” de la réalisation par quelqu’un d’autre, car dit-il : “Les chaînes ne comprennent pas si vous êtes le sujet ou l’objet.” Là, c’est terminé. Ces deux mots à ce moment-là, sujet-objet, me révèlent l’évidence qu’on a sous les yeux depuis longtemps : quand quelqu’un a été victime de quelque chose de grave, la parole sur la chose est scindée, captée, réappropriée. La personne, et particulièrement si c’est une femme, un enfant, ou quelqu’un de faible socialement, témoigne sur un plateau de télé ou autre, puis on passe la parole à un spécialiste, qui explique au public et à la personne elle-même ce qu’elle a vécu. Je crois que, dès le tout début, c’était le sens de mon écriture : dire ce que je sais, et me charger moi-même du sens, de l’interprétation. Je peux dire « je » et avoir un propos large. Donc, les débuts d’Une famille ont éclairé ainsi trente ans d’écriture. Puis j’ai rencontré deux producteurs de cinéma, Bertrand Faivre et Alice Girard, qui comprenaient. » La vue de Strasbourg « L’idée, au départ, était seulement d’aller filmer la façade du Conseil de l’Europe, où travaillait mon père, et la rue, l’adresse où longtemps je lui ai écrit. Le matin de l’événement littéraire auquel je suis invitée, je suis dans ma chambre d’hôtel, je regarde par la fenêtre, je vois cet arbre, cette place… et je pense à la première fois où je suis venue à Strasbourg, avec ma mère pour faire la connaissance de mon père, et, tout à coup, je suis envahie par la tristesse. Je pleure. Les pleurs ne s’arrêtent pas. Je me dis qu’il faut que je les conserve, et j’appelle Caroline dans sa chambre pour qu’elle vienne filmer cette peine. Comme le ferait une actrice, et une metteuse en scène pour que cette douleur soit captée, et visible. C’est cet instant qui a décidé de la place que je me donne dans le film, de sa mise en scène. Une ou deux heures plus tard, je suis devant la sonnette de l’immeuble de la femme de mon père, je ne peux pas sonner. Parce que j’ai peur. D’être refoulée une fois de plus. La porte est fermée comme celle sur les incestes. Puis, je vois Caroline qui filme les sonnettes. Et, mon doigt appuie. Et la peur et la honte disparaissent. » Face à la violence « J’ai eu besoin, à un moment, de montrer le film en train de se faire à des amis, notamment au juge Édouard Durand, qui me lit depuis longtemps. Il m’a dit : “Dans tes livres, il y a des scènes où on voit la violence de l’inceste, là évidemment il n’y en a pas, donc la seule violence visible c’est quand tu mets le pied dans la porte.” Je lui ai répondu : “Dans cette scène, je ne suis pas violente, je suis folle.” Parce que, c’est maintenant ou jamais, j’affronte le déni, par la femme de mon père, de l’inceste que j’ai subi. Est-il possible de ne pas voir la disproportion entre la violence de l’inceste, que j’ai endurée et qu’endurent tellement d’enfants, et l’obstination que je manifeste pour en rendre compte et la décrire ? Je fais preuve d’un grand calme, je trouve, quand j’entends certains propos, j’écoute, je sais que c’est filmé, c’est inespéré que ce déni, systématiquement opposé dans ces affaires, soit enfin audible, et visible par d’autres. » Le montage « Il n’y a pas de synopsis. Je vois et revois les scènes tournées, je fais et je défais, j’essaie et je reprends… Le montage est guidé par une logique qui n’est pas purement narrative, plutôt liée à la perception sensible. Si on doit réfléchir, on perd l’essentiel, car le raisonnement entre en jeu. Je voulais que le film soit facile à comprendre, et même immédiat. C’est un travail de dentelle, une attention de chaque instant, avec la monteuse, Pauline Gaillard, pendant des mois. C’est ce qu’on voit et qu’on entend qui nous renseigne. Par exemple, il y a un plan sur une photo, que je ne veux pas décrire ici, à laquelle s’enchaîne une scène violente, extraite d’une émission de Thierry Ardisson où je suis allée en 2000, et où le discours de l’humiliation se voit. Et on comprend, sans qu’il soit besoin de l’expliquer, que le présentateur et d’autres intervenants sont les alliés objectifs de mon agresseur. Quant aux images intimes, qui datent de la petite enfance de ma fille, elles ont été à l’époque tournées au caméscope. J’avais oublié leur existence, jusqu’à ce que Léonore me les montre sur son ordinateur, en les voyant j’en ai été bouleversée, je retrouvais la sensation exacte de l’amour fou d’il y a trente ans pour ma petite fille, le bonheur exceptionnel qui accompagne son premier pas, sa première nourriture à la cuillère, etc. J’imaginais des phrases du Voyage dans l’Est sur ces scènes d’archives. Il faut toujours dire deux choses en même temps. Car c’est ainsi que nous sommes faits. Claude Régy m’avait dit un jour : “Si un acteur ne peut pas jouer deux choses en même temps, ce n’est pas la peine…” » Épilogue « Quand, pendant une conversation filmée, Léonore a dit cette phrase : “Je suis désolée, maman, qu’il te soit arrivé ça”, j’ai su que j’avais la fin du film. C’est une phrase très simple, et en l’entendant, j’ai compris que c’était une phrase que j’avais longtemps attendue. Tout à coup, c’était limpide et merveilleux. C’est tout le contraire de la phrase “J’ai de la peine pour toi” si souvent entendue et si pénible, et qui continue une fois de plus la négation de la chose. “Je suis désolée, maman, qu’il te soit arrivé ça” n’est pas un “je suis désolé pour toi” supérieur, mais “qu’il te soit arrivé ça”. Et donc, la reconnaissance que quelque chose a eu lieu. » Titre Une famille Genre Film documentaire Réalisateur Christine Angot Sortie 2024 Durée 1h22 Origine France Réalisateur Christine Angot SYNOPSIS De passage à Strasbourg, où elle a subi ses premiers viols, Christine Angot décide de rendre visite à la famille de son père, auteur des agressions. CASTING Christine Angot

Cecile Girard
Cecilea noté ★ 9/10
2 avril 2024

Un film remarquable, un combat contre le silence. Christine Angot poursuit son travail de mémoire sur l'inceste, cette fois, au sein de sa famille. Une scène d une force incroyable l'oppose à sa belle mère. La réalité du déni se déroule face caméra avec son cortège de violence, d inhumanité. On pourrait croire cette femme monstrueuse alors qu elle est le simple reflet de notre société. Angot laisse ses larmes couler et les scènes avec sa fille sont lumineuses et rachètent oute la noirceur du monde.

Casting

Christine Angot

Christine Angot

Réalisateur(rice)

Liste