On ne la connaît que sous le pseudonyme de « Sonia ». Elle est celle qui a aidé la police à localiser et neutraliser le groupe de terroristes en fuite après les attentats du 13 Novembre. Depuis dix ans, elle est protégée par un statut spécial - et son identité est tenue secrète - afin d’assurer sa sécurité.
France 2 lui consacre une série en 4 épisodes réalisée par l’ancien grand reporter David André et coécrite avec la journaliste Violette Lazard. Cette fiction documentaire entremêle des scènes jouées par des comédiens, des images d’archives mais aussi des témoignages qui éclairent l’édifiante histoire de cette héroïne républicaine qui a sacrifié sa vie. On y découvre ainsi son avocate ou encore des enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste (SDAT).
Sonia y apparaît aussi. Ou du moins sa silhouette, car elle intervient masquée dans ce documentaire, avec une voix transformée. Derrière un voilage, elle confie à Carima Amarouche, la comédienne qui l’incarne à l’écran, le récit de ces jours où son destin a basculé. Des précautions nécessaires qui révèlent toute la difficulté du tournage de cette série : mettre en lumière cette femme dont on ne connaît ni le nom ni le visage, sans jamais cesser de la protéger.
Réalisé sur une journée, le tournage s’est déroulé dans « des conditions de sécurité importantes » dans un lieu tenu secret, avec la présence du Raid. De même, aucun membre de l’équipe de tournage n’a pu voir le visage de Sonia.
Comme toutes les personnes qui interviennent dans cette série, Sonia l’a découvert en amont de sa diffusion. « La première fois qu’elle l’a vue, on s’est tournés vers elle après le premier épisode pour voir quel était son sentiment, se souvient le réalisateur David André. On l’avait prévenu que c’était sa vie mais que ce ne serait pas son appartement ni ses enfants. Sa réaction a été de dire : "On n’arrête pas, je veux voir la suite". Comme si elle voulait connaître la suite de sa propre vie. Ça voulait dire qu’on avait réussi à être proche d’elle, tout en ayant complètement recréé quelque chose avec Carima. Mais c’est son histoire. »
Une histoire qui ravive toutefois de la douleur chez Sonia qui, dix ans après les attentats, vit toujours sous une autre identité et sous menace permanente. « C’est une femme qui vit dans une cage », déplore son avocate Samia Maktouf, qui alerte sur ses conditions de vie.
Lors de la conférence de presse sur la série, elle a transmis le message de Sonia : « Ce film, elle lui souhaite bon vent et d’être vu par le plus grand nombre de personnes. Ce n’est pas pour sa vie, ce n’est pas pour elle, mais pour que la lutte contre le terrorisme soit la priorité de tous. »
Sonia, comme elle se fait appeler, a rendu possible l’assaut à Saint-Denis où se trouvait Abdelhamid Abaaoud, le cerveau des attentats du 13 novembre qui s’apprêtait à repasser à l’acte.
Dix ans plus tard, elle est toujours menacée de mort et vit sous protection policière, sous le régime de témoin protégé. Sonia ne regrette rien et ne se considère pas comme une héroïne. Son avocate, Samia Maktouf, se bat pour que « sa situation soit à la hauteur de ce qu’elle a fait »
Ce que l’on sait de la situation de Sonia aujourd’hui
1. Protection & identité
• Depuis les attentats, elle bénéficie du statut de témoin protégé.
• Elle a changé d’identité : nouveau nom, nouveaux papiers, nouvelle vie.
• Elle ne peut plus vivre dans son ancien environnement : l’État organise des déménagements réguliers.
• Elle vit sous haute surveillance et sous protection policière permanente.
2. Vie familiale
• Elle a un compagnon et des enfants, mais ils ont dû changer d’identité aussi pour des raisons de sécurité.
• Sa vie familiale est très contraignante : déménagements, ruptures sociales, elle a dû couper des liens avec des amis, sa famille d’avant.
• Concernant ses enfants : selon son avocate, elle ressent de la culpabilité car leur vie est fortement bouleversée par ce statut.
• Il est dit qu’elle “ne peut justifier d’aucune filiation” dans sa nouvelle vie — ce qui complique les démarches administratives, les relations familiales, etc.
3. Situation financière / travail
• Elle perçoit une aide mensuelle d’environ 1000 €, selon RMC.
• Son avocate affirme qu’aucun emploi ne lui a jamais été proposé, ni à elle, ni à son compagnon.
• Elle a perdu son emploi d’avant : dans les médias, on évoque qu’elle “n’a plus d’emploi” sous sa nouvelle identité.
• Le système d’indemnités/protection pour témoins serait “problématique” : selon son avocate, ce n’est pas suffisant pour lui offrir une “vie normale”.
4. Reconnaissance
• Elle n’a pas reçu de Légion d’honneur.
• Son geste de bravoure est salué par certains (procès, magistrats), mais elle dit ne pas rechercher “la gloire”, juste une vie plus “normale”.
5. Vie psychologique et morale
• Elle évoque un “sacrifice très lourd” : sa sécurité, sa liberté de mouvement, sa vie sociale sont lourdement impactées.
• Malgré tout, elle dit ne pas regretter : “si c’était à refaire, je le referais”, selon une interview.
• Elle souffre de culpabilité, notamment vis-à-vis de ses enfants et de son compagnon, car elle estime leur imposer cette “vie entre parenthèses”.
6. Vie quotidienne
• Selon France 2 (série docu), sa vie est “comme en cavale” : hôtels, pavillons, déménagements fréquents.
• Elle dit vivre “dans une cage” : protégée, mais “surveillée”, son anonymat la prive de liberté réelle.
• Elle ne peut plus “justifier de son passé” : sans nom “officiel”, sans histoire.