Comme après
Fabien Marteau rated ★ 9/10
Matthieu Mégevand Les mots, partois, lorsqu'on les a scrupuleusement mais librement agencés, peuvent produire une réaction chimique capable de saisir et ramener toutes celles et ceux qui les rencontrent à leur propre sort. A en épaissir les contours, à en éclater les fondements. Et, tandis que mon ami lit, la voix pleine de fantômes et de tremblements, je vois les visages s'aggraver, les regards se perdre, les gorges se nouer. Ce qui est dit comme un psaume ou un chant très ancien pénètre la petite assemblée eni-vrée, empoigne les femmes et les hommes atta-blés, et la terrasse se rappelle soudain à l'unisson ses amours passées, les visages enfuis, les timbres de voix, la couleur des yeux, l'odeur singulière de la peau, les corps tant désirés et désormais disparus : tout ce qui a fait l'amour. Et en même temps que le souvenir, la perte de toute chose vécue, les jours heureux et les jours sombres, évaporés mais qui reviennent soudain, ce que l'on croyait perdu se revêt, s'incarne et disparaît presque aussitôt.