Memory Image

Le Bel Obscur

2025

Caroline Lamarche

Bernard Schembri

Bernard Schembri a noté 6/10

Avis du club de lecture plus bas. Histoire de l'autrice une femme mariée à un homme qui s'avère être homosexuel mais qui décident de rester ensemble dans leurs maison avec deux filles et que lui vivent d'un homosexualité de plus en plus franchement (soirée gay, amant qui s'enchaînent à la maison..etc) et elle "suit". En parallèle, elle mène une enquête sur un arrière ancêtre de sa famille dont personne ne parle et quelle soupçonne d'avoir été homosexuel. J'ai aimé le lire pour le style et la qualité d'écriture. J'ai aimé "l'enquête" sur l'ancêtre de la narratrice mais je trouve que ça s'essouffle au bout d'un moment et qu'il n'y a pas vraiment de conclusion. La relation entre l'autrice et son mari m'a interpellé, d'un côté j'étais intéressé de voir comment cette relation pourrait fonctionner mais de l'autre je n'ai jamais été "convaincu" et au final je ne comprends pas son amour pour Vincent, elle répète qu'elle l'aime, qu'il est charismatique et qu'il est gentil mais au final on ne voit pas de preuve de son amour à lui, de sa "gentillesse" ou même de complicité durant toute la période couverte par le roman. Je trouve donc que sur ce point ça s'essouffle aussi, vu que je ne croyais plus vraiment à la relation assez rapidement et que j'avais l'impression qu'elle s'illusionnait. Ce livre a fini deuxième au Goncourt mais je trouve que ça méritait pas. Avis du club: Bonjour à tous, voici le résumé du club du jeudi 18 décembre. Delphine nous accueille chaleureusement autour d’une raclette, il fait bon se retrouver ensemble pour la dernière de l’année. Comme vous l’avez dit plus haut cette dernière séance fut riche de plaisirs, idées spontanées et de rires, une belle conclusion à tous ces jeudis de 2025 côte à côte! Vivement vous voir pour la fête du club fin janvier et reprendre ensemble, belles fêtes à tous. Maria nous présente Le Bel Obscur, de Caroline Lamarche. 1. Une relation amoureuse qui s’étiole mais à laquelle on tient faute d’ailleurs : une servitude volontaire ? Le Bel Obscur raconte d’abord l’histoire d’un couple qui ne se sépare pas, alors même que l’amour, tel qu’on l’entend habituellement, s’est profondément déplacé. Vincent annonce à sa femme que sa vie avec elle est « trop petite » : il aime les hommes, aura des amants, tout en restant mari, père, compagnon. La narratrice accepte — ou croit accepter — cet arrangement. Par choix ? Par peur ? Par manque d’alternative ? Le livre explore précisément cette zone grise où la liberté affichée masque une forme de servitude volontaire, consentie moins par conviction que par attachement à ce qui existe déjà. La question est centrale : aurait-elle accepté la même situation si Vincent avait eu des maîtresses ? Ce qui se joue n’est pas seulement la découverte de l’homosexualité du conjoint, mais le déséquilibre profond entre sécurité et liberté. Vincent devient pour elle une ouverture sur le monde, une aventure intellectuelle, sociale, affective. Elle dépend de lui pour exister dans le regard des autres, pour « briller en société », pour rester du côté du mouvement. Plus elle est reléguée, plus il s’épanouit — paradoxe cruel que l’autrice décrit avec une grande justesse. Le couple reste pourtant compréhensible, jamais caricatural. Vincent est à la fois égoïste et attaché, patriarcal mais affectueux, présent et absent tout à la fois. Ils voyagent ensemble, partagent encore des moments, une intimité domestique — le livre dans la baignoire, la maison rassurante. La narratrice explique très bien pourquoi elle demeure là : elle aime, elle a besoin d’aventure, elle ne travaille pas, elle a été élevée dans l’idée qu’on se marie et qu’on tient. Ce n’est pas une histoire d’emprise, mais une impasse existentielle : rester femme délaissée ou devenir femme qui prend des amants, ce qui ne lui correspond pas davantage. Lorsque le divorce devient réel, Vincent se durcit brutalement. C’est là que le patriarcat, longtemps diffus, devient manifeste : il voulait l’arrangement tant qu’il lui profitait. Il voulait le beurre et l’argent du beurre. 2. La quête familiale et mémorielle : Edmond est-il Vincent, ou son épouse ? Le récit s’enrichit d’une autre trajectoire : celle d’Edmond, figure familiale homosexuelle, ostracisée, condamnée à la solitude et au silence. Au fil du livre, le parallèle entre Edmond et Vincent s’impose de plus en plus clairement. Sans cette histoire, Le Bel Obscur pourrait n’être lu que comme le récit d’une femme blessée, voire aigrie. Avec Edmond, le texte se déplace vers une réflexion mémorielle sur la manière dont une famille — et une société — traitent la différence. Edmond est un personnage composite : il est à la fois Vincent et la narratrice. Vincent par son homosexualité assumée tardivement, la narratrice par la solitude affective, l’exclusion symbolique, le désert émotionnel. Tous deux vivent une forme d’assignation : Edmond à la honte familiale, elle à la place de l’épouse qui tient pendant que l’autre vit. Le livre rend très sensible ce désert — celui d’Edmond rejeté, celui d’une femme délaissée mais présente. Cette quête mémorielle n’a cependant pas convaincu tous les lecteurs. Pour certains, elle patine, rappelle d’autres récits récents (Odette Froyard, L’Âge fragile) et semble parfois plaquée sur l’histoire conjugale. Mais pour d’autres, elle est ce qui donne de l’épaisseur morale et historique au texte : elle déplace le récit d’un simple drame intime vers une réflexion sur les héritages, les silences et les répétitions. En filigrane, le livre pose une question dérangeante : qui souffre le plus de cette configuration ? L’homme qui vit enfin sa vérité, ou la femme qui s’efface pour que cette vérité puisse exister sans bouleverser l’ordre domestique ? 3. Un style en clair-obscur : fulgurances simples et puissantes, ou livre sans grand effet ? Le titre dit tout : Le Bel Obscur avance par zones éclairées et zones d’ombre. Le style de Caroline Lamarche est fait de phrases sobres, parfois fulgurantes, capables de faire ressentir avec une grande précision le vide affectif, la fatigue morale, la lente maturation d’un refus. Certaines scènes — la nage dans le lac, l’envie de disparaître, la maison « volante » du couple — frappent par leur simplicité et leur force symbolique. L’autrice écrit sans pathos, avec un pragmatisme parfois déconcertant. Elle décrit une situation objectivement douloureuse tout en refusant de se poser en victime. Elle affirme ne pas avoir écrit pour survivre, tout en avouant des pensées suicidaires : contradiction assumée, qui fait partie du trouble du texte. Ce courage tranquille, cette honnêteté dans l’inconfort, donnent au livre une tonalité singulière. Mais ce choix stylistique divise. Pour certains lecteurs, le livre est « surprenant », courageux, profondément humain. Pour d’autres, il ne passionne pas, laisse peu de traces, raconte une vie trop ordinaire pour susciter l’adhésion. Le refus de l’effet, de la dramatisation, devient alors un risque : le clair-obscur peut apparaître comme une absence de relief. Reste que cette écriture épouse le fond : une existence sans éclats, faite de compromis, de silences, de lente prise de conscience. Le style n’impose rien, il laisse affleurer — au lecteur de décider si ces lumières discrètes suffisent à éclairer durablement la mémoire.

Avis de la communauté

Opinion du public

user icon

46 avis

memorizer logo

7,3/10

logo memorizer

Découvrez si vos amis l'ont ajouté

Plus d'infos

Summary

Alors qu’elle tente d’élucider le destin d’un ancêtre banni par sa famille, une femme reprend l’histoire de sa propre vie. Des années auparavant, son mari, son premier et grand amour, lui a révélé être homosexuel. Du bouleversement que ce fut dans leur existence comme des péripéties de leur émancipation respective, rien n’est tu. Ce roman lumineux nous offre une leçon de courage, de tolérance, de curiosité aussi. Car jamais cette femme libre n’aura cessé de se réinventer, d’affirmer la puissance de ses rêves contre les conventions sociales, avec une fantaisie et une délicatesse infinies. Caroline Lamarche vit à Liège. Son œuvre témoigne d’un éclectisme et d’une hardiesse renouvelés de livre en livre. Elle a notamment obtenu le prix Rossel avec Le Jour du Chien (Les Éditions de Minuit) et le Goncourt de la nouvelle pour Nous sommes à la lisière (Gallimard). Elle signe avec Le Bel Obscur son retour au roman.

Avis et Commentaires

15 avis
Bernard Schembri
Bernard Schembri a noté ★ 6/10
23 décembre 2025

Avis du club de lecture plus bas. Histoire de l'autrice une femme mariée à un homme qui s'avère être homosexuel mais qui décident de rester ensemble dans leurs maison avec deux filles et que lui vivent d'un homosexualité de plus en plus franchement (soirée gay, amant qui s'enchaînent à la maison..etc) et elle "suit". En parallèle, elle mène une enquête sur un arrière ancêtre de sa famille dont personne ne parle et quelle soupçonne d'avoir été homosexuel. J'ai aimé le lire pour le style et la qualité d'écriture. J'ai aimé "l'enquête" sur l'ancêtre de la narratrice mais je trouve que ça s'essouffle au bout d'un moment et qu'il n'y a pas vraiment de conclusion. La relation entre l'autrice et son mari m'a interpellé, d'un côté j'étais intéressé de voir comment cette relation pourrait fonctionner mais de l'autre je n'ai jamais été "convaincu" et au final je ne comprends pas son amour pour Vincent, elle répète qu'elle l'aime, qu'il est charismatique et qu'il est gentil mais au final on ne voit pas de preuve de son amour à lui, de sa "gentillesse" ou même de complicité durant toute la période couverte par le roman. Je trouve donc que sur ce point ça s'essouffle aussi, vu que je ne croyais plus vraiment à la relation assez rapidement et que j'avais l'impression qu'elle s'illusionnait. Ce livre a fini deuxième au Goncourt mais je trouve que ça méritait pas. Avis du club: Bonjour à tous, voici le résumé du club du jeudi 18 décembre. Delphine nous accueille chaleureusement autour d’une raclette, il fait bon se retrouver ensemble pour la dernière de l’année. Comme vous l’avez dit plus haut cette dernière séance fut riche de plaisirs, idées spontanées et de rires, une belle conclusion à tous ces jeudis de 2025 côte à côte! Vivement vous voir pour la fête du club fin janvier et reprendre ensemble, belles fêtes à tous. Maria nous présente Le Bel Obscur, de Caroline Lamarche. 1. Une relation amoureuse qui s’étiole mais à laquelle on tient faute d’ailleurs : une servitude volontaire ? Le Bel Obscur raconte d’abord l’histoire d’un couple qui ne se sépare pas, alors même que l’amour, tel qu’on l’entend habituellement, s’est profondément déplacé. Vincent annonce à sa femme que sa vie avec elle est « trop petite » : il aime les hommes, aura des amants, tout en restant mari, père, compagnon. La narratrice accepte — ou croit accepter — cet arrangement. Par choix ? Par peur ? Par manque d’alternative ? Le livre explore précisément cette zone grise où la liberté affichée masque une forme de servitude volontaire, consentie moins par conviction que par attachement à ce qui existe déjà. La question est centrale : aurait-elle accepté la même situation si Vincent avait eu des maîtresses ? Ce qui se joue n’est pas seulement la découverte de l’homosexualité du conjoint, mais le déséquilibre profond entre sécurité et liberté. Vincent devient pour elle une ouverture sur le monde, une aventure intellectuelle, sociale, affective. Elle dépend de lui pour exister dans le regard des autres, pour « briller en société », pour rester du côté du mouvement. Plus elle est reléguée, plus il s’épanouit — paradoxe cruel que l’autrice décrit avec une grande justesse. Le couple reste pourtant compréhensible, jamais caricatural. Vincent est à la fois égoïste et attaché, patriarcal mais affectueux, présent et absent tout à la fois. Ils voyagent ensemble, partagent encore des moments, une intimité domestique — le livre dans la baignoire, la maison rassurante. La narratrice explique très bien pourquoi elle demeure là : elle aime, elle a besoin d’aventure, elle ne travaille pas, elle a été élevée dans l’idée qu’on se marie et qu’on tient. Ce n’est pas une histoire d’emprise, mais une impasse existentielle : rester femme délaissée ou devenir femme qui prend des amants, ce qui ne lui correspond pas davantage. Lorsque le divorce devient réel, Vincent se durcit brutalement. C’est là que le patriarcat, longtemps diffus, devient manifeste : il voulait l’arrangement tant qu’il lui profitait. Il voulait le beurre et l’argent du beurre. 2. La quête familiale et mémorielle : Edmond est-il Vincent, ou son épouse ? Le récit s’enrichit d’une autre trajectoire : celle d’Edmond, figure familiale homosexuelle, ostracisée, condamnée à la solitude et au silence. Au fil du livre, le parallèle entre Edmond et Vincent s’impose de plus en plus clairement. Sans cette histoire, Le Bel Obscur pourrait n’être lu que comme le récit d’une femme blessée, voire aigrie. Avec Edmond, le texte se déplace vers une réflexion mémorielle sur la manière dont une famille — et une société — traitent la différence. Edmond est un personnage composite : il est à la fois Vincent et la narratrice. Vincent par son homosexualité assumée tardivement, la narratrice par la solitude affective, l’exclusion symbolique, le désert émotionnel. Tous deux vivent une forme d’assignation : Edmond à la honte familiale, elle à la place de l’épouse qui tient pendant que l’autre vit. Le livre rend très sensible ce désert — celui d’Edmond rejeté, celui d’une femme délaissée mais présente. Cette quête mémorielle n’a cependant pas convaincu tous les lecteurs. Pour certains, elle patine, rappelle d’autres récits récents (Odette Froyard, L’Âge fragile) et semble parfois plaquée sur l’histoire conjugale. Mais pour d’autres, elle est ce qui donne de l’épaisseur morale et historique au texte : elle déplace le récit d’un simple drame intime vers une réflexion sur les héritages, les silences et les répétitions. En filigrane, le livre pose une question dérangeante : qui souffre le plus de cette configuration ? L’homme qui vit enfin sa vérité, ou la femme qui s’efface pour que cette vérité puisse exister sans bouleverser l’ordre domestique ? 3. Un style en clair-obscur : fulgurances simples et puissantes, ou livre sans grand effet ? Le titre dit tout : Le Bel Obscur avance par zones éclairées et zones d’ombre. Le style de Caroline Lamarche est fait de phrases sobres, parfois fulgurantes, capables de faire ressentir avec une grande précision le vide affectif, la fatigue morale, la lente maturation d’un refus. Certaines scènes — la nage dans le lac, l’envie de disparaître, la maison « volante » du couple — frappent par leur simplicité et leur force symbolique. L’autrice écrit sans pathos, avec un pragmatisme parfois déconcertant. Elle décrit une situation objectivement douloureuse tout en refusant de se poser en victime. Elle affirme ne pas avoir écrit pour survivre, tout en avouant des pensées suicidaires : contradiction assumée, qui fait partie du trouble du texte. Ce courage tranquille, cette honnêteté dans l’inconfort, donnent au livre une tonalité singulière. Mais ce choix stylistique divise. Pour certains lecteurs, le livre est « surprenant », courageux, profondément humain. Pour d’autres, il ne passionne pas, laisse peu de traces, raconte une vie trop ordinaire pour susciter l’adhésion. Le refus de l’effet, de la dramatisation, devient alors un risque : le clair-obscur peut apparaître comme une absence de relief. Reste que cette écriture épouse le fond : une existence sans éclats, faite de compromis, de silences, de lente prise de conscience. Le style n’impose rien, il laisse affleurer — au lecteur de décider si ces lumières discrètes suffisent à éclairer durablement la mémoire.

BM
Benedicte Martinauda noté ★ 7/10
8 décembre 2025

Comment une femme peut accepter de vivre avec son mari homo qui ramène ses copains à la maison !!

PC
Pascaline CAMBOURNACa noté ★ 8/10
20 novembre 2025

L l’acceptation de l ´homosexualité de son mari. La recherche d un parent mort jeune et dont on n a jamais parlé.

Alain Le Rille
Alain Le Rille a noté ★ 5/10
15 novembre 2025

T'es bien écrit mais chiant. Et pseudo sciences partout. Fatigant

Cecile Girard
Cecile Girard a noté ★ 7/10
20 septembre 2025

Une écriture qui marque par sa qualité. Une double intrigue, la quête de la narratrice sur un de ses ascendants, suicidé sanq doute pour son homosexualité au XIXe siècle, et sa propre histoire conjugale, avec un mari vivant peu à peu au grand jour son homosexualité. La question est intéressante, qui reconnaît la souffrance de ces femmes, leur intimité, leur vie de silence et d ombre. Mais souvent la narratrice nous perd dans des détails inintéressants et les raisons pour lesquelles elle acceptera de rester auprès de son mari sont assez fades. Dommage.

SD
Stéphane Dorothéea noté ★ 8/10
Il y a 4 jours

Liste