Frantz Fanon
2020
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Frédéric Ciriez
Manon Risterucci Boudet a noté 10/10
En août 1961, Frantz Fanon rencontre Jean Paul Sartre à Rome, afin de lui demander d’écrire la préface des Damnés de la Terre. Avant de lire cette BD, je n’avais qu’une connaissance très vague de la vie et des luttes de Frantz Fanon, ainsi que de tout le contexte qui l’entoure. Cet BD est une invitation à lire son œuvre, elle nous permet de comprendre à quel point Frantz Fanon était un penseur combatif, résolu dans sa conception révolutionnaire et intransigeante de la décolonisation, de l’émancipation culturelle et politique des colonisés. Résumer sa pensée dans un roman graphique, dans le contexte d’une discussion née d’une rencontre, peut paraître assez spécial pour les personnes attachées à la cohérence et la vraisemblance des dialogues. Ici ce n’est pas l’objectif de ce roman graphique, je l’ai apprécié car en quelques pages et de façon simple, on balaye des éléments saillants et contextualisés de sa vie : -née en 1925, famille bourgeoisie aisée - Les premières années, Marine française, amiral Robert en Martinique (Vichy aux Antilles), l’engagement aux FFL, la croix de guerre donnée par Salan (le général du Putsch d’Alger plus tard) -La fin de la Seconde Guerre mondiale, le retour à Port-au-Prince, la poursuite des études et l’obtention du bac au lycée Schoelcher (un prof Aime Césaire) la psychiatrie études de médecine à Lyon, ses influences et le sujet de sa thèse (François Tosquelles!), fréquentation milieux parisiens -Son évolution en psychiatrie « La psychiatre est politique ou n’est pas », hôpital en Alsace, hôpital d’Alger, principe de la socialtherapie, la projection de l’anticolonialisme dans le milieu psychiatrique, les discriminations subies en tant que docteur Fanon - L’engagement pour la cause algérienne, sa base à Tunis, représentant permanent du GPRA, ambassadeur Afrique à Accra, conférences notamment conférence sur la jeunesse en Afrique -Porte parole du FLN 1957-1958, pour lutte armée, nombreux articles - Ses liens avec les penseurs de la negritude, Senghor (bcp moins radical, non à la lutte armée), À.Cesaire (qui a accepté la départementalisation en 1946) -La leucémie, l’exemple déterminant de l’Algerie dans la lutte révolutionnaire, l’écriture de les Damnés de la Terre en fin de vie, en même temps qu’un livre de Rene Dumont -meurt à 36 ans le 6 décembre 1961 Lettre à son ami Roger Taieb : « ce que je veux dire c’est que la mort elle est toujours avec nous et l’important n’est pas de savoir si l’on peut l’éviter mais si l’on fait pour les idées qui sont les siennes le maximum. Ce qui me choque ici dans ce lit, au moment où je sens mes forces s’en aller, ce n’est pas de mourir, mais de mourir à Washington de leucémie aiguë, alors que j’aurais pu mourir, il y a 3 mois, face à l’ennemi, puisque je savais que j’avais cette malıdıe. Nous ne sommes rien sur cette terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté ». « La folie est l'un des moyens qu'a l'homme de perdre sa liberte. Et je peux dire que, face à cette interaction, j'ai mesuré avec effroi l’ampleur de l'alienation des habitants de ce pays.Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étrangé à son environnement, je me dois d’affirmer que l'Arabe, aliené permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue. Le statut de l'Algérie?Une déshumanisation systematique. » « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir »
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Summary
La 4ème de couverture indique : "Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de la guerre d'indépendance algérienne et des luttes anticoloniales du XXe siècle. Mais qui était vraiment cet homme au destin fulgurant ? Nous le découvrons ici à Rome, en août 1961, lors de sa légendaire et mystérieuse rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui a accepté de préfacer Les Damnés de la terre, son explosif essai à valeur de manifeste anticolonialiste. Ces trois jours sont d'une intensité dramatique toute particulière : alors que les pays africains accèdent souvent douloureusement à l'indépendance et que se joue le sort de l'Algérie, Fanon, gravement malade, raconte sa vie et ses combats, déplie ses idées, porte la contradiction au célèbre philosophe, accompagné de Simone de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Fanon et Sartre, c'est la rencontre de deux géants, de deux mondes, de deux couleurs de peau, de deux formes d'engagement. Mais la vérité de l'un est-elle exactement celle de l'autre, sur fond d'amitié et de trahison possible ? Ce roman graphique se donne à lire non seulement comme la biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon mais aussi comme une introduction originale à son œuvre, plus actuelle et décisive que jamais.
Avis et Commentaires
1 avisEn août 1961, Frantz Fanon rencontre Jean Paul Sartre à Rome, afin de lui demander d’écrire la préface des Damnés de la Terre. Avant de lire cette BD, je n’avais qu’une connaissance très vague de la vie et des luttes de Frantz Fanon, ainsi que de tout le contexte qui l’entoure. Cet BD est une invitation à lire son œuvre, elle nous permet de comprendre à quel point Frantz Fanon était un penseur combatif, résolu dans sa conception révolutionnaire et intransigeante de la décolonisation, de l’émancipation culturelle et politique des colonisés. Résumer sa pensée dans un roman graphique, dans le contexte d’une discussion née d’une rencontre, peut paraître assez spécial pour les personnes attachées à la cohérence et la vraisemblance des dialogues. Ici ce n’est pas l’objectif de ce roman graphique, je l’ai apprécié car en quelques pages et de façon simple, on balaye des éléments saillants et contextualisés de sa vie : -née en 1925, famille bourgeoisie aisée - Les premières années, Marine française, amiral Robert en Martinique (Vichy aux Antilles), l’engagement aux FFL, la croix de guerre donnée par Salan (le général du Putsch d’Alger plus tard) -La fin de la Seconde Guerre mondiale, le retour à Port-au-Prince, la poursuite des études et l’obtention du bac au lycée Schoelcher (un prof Aime Césaire) la psychiatrie études de médecine à Lyon, ses influences et le sujet de sa thèse (François Tosquelles!), fréquentation milieux parisiens -Son évolution en psychiatrie « La psychiatre est politique ou n’est pas », hôpital en Alsace, hôpital d’Alger, principe de la socialtherapie, la projection de l’anticolonialisme dans le milieu psychiatrique, les discriminations subies en tant que docteur Fanon - L’engagement pour la cause algérienne, sa base à Tunis, représentant permanent du GPRA, ambassadeur Afrique à Accra, conférences notamment conférence sur la jeunesse en Afrique -Porte parole du FLN 1957-1958, pour lutte armée, nombreux articles - Ses liens avec les penseurs de la negritude, Senghor (bcp moins radical, non à la lutte armée), À.Cesaire (qui a accepté la départementalisation en 1946) -La leucémie, l’exemple déterminant de l’Algerie dans la lutte révolutionnaire, l’écriture de les Damnés de la Terre en fin de vie, en même temps qu’un livre de Rene Dumont -meurt à 36 ans le 6 décembre 1961 Lettre à son ami Roger Taieb : « ce que je veux dire c’est que la mort elle est toujours avec nous et l’important n’est pas de savoir si l’on peut l’éviter mais si l’on fait pour les idées qui sont les siennes le maximum. Ce qui me choque ici dans ce lit, au moment où je sens mes forces s’en aller, ce n’est pas de mourir, mais de mourir à Washington de leucémie aiguë, alors que j’aurais pu mourir, il y a 3 mois, face à l’ennemi, puisque je savais que j’avais cette malıdıe. Nous ne sommes rien sur cette terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté ». « La folie est l'un des moyens qu'a l'homme de perdre sa liberte. Et je peux dire que, face à cette interaction, j'ai mesuré avec effroi l’ampleur de l'alienation des habitants de ce pays.Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étrangé à son environnement, je me dois d’affirmer que l'Arabe, aliené permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue. Le statut de l'Algérie?Une déshumanisation systematique. » « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir »
