
Que sur toi se lamente le Tigre
2020
•
Emilienne Malfatto
Ploom envisage de faire
Ressentir au plus profond de soi ce que vivre dans le monde des femmes voilées en noir et des hommes en noir en guerre qui imposent à chacun chacune jusqu’au plus intime … l’impossible … l’indicible… véritable tragédie grecque qui se joue dans ce qui aurait du être le sacro saint des saints : la famille dont le temple ouvert à toutes les injonctions folles est soumis à chaque instant a la dictature patriarcale et religieuse….
Plus d'infos
Summary
Dans l'Irak rural d'aujourd'hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l'interdit absolu : hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte : son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s'ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d'ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien porteur de la mémoire du pays et des hommes. Inspirée par les réalités complexes de l'Irak qu'elle connaît bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l'autorité masculine et le code de l'honneur.
Avis et Commentaires
27 avisEn Irak aujourd’hui. Loi infernale de l’islam rigoriste. La force et la puissance d’une tragédie grecque. Mais seul les femmes sont humiliées et meurent ..
Page 55 : Je suis la mère. La femme vieillie prématuré-ment, le corps informe sous les voiles noirs, la bouche édentée de trop d'enfants, les cheveux toujours cachés, même derrière les portes closes. Je suis une forme vague et fruste, j'ai des boitillements de vieillarde et je n'ai pas cinquante ans. Ma vie s'est déroulée derrière des murs et des voiles, dans la soumission aux hommes et dans ce monde si particulier des femmes d'ici qui opère comme un miroir déformant sur les êtres et les choses. Ma vie est derrière moi et je ne sais plus ce que j'ai vécu. J'ai glissé sur les joies et les peines en acceptant mon sort, j'ai épousé l'homme qu'on me destinait, j'ai eu des enfants, j'ai traversé des guerres. À chaque enfant, à chaque guerre, à chaque humiliation quotidienne de ce monde fait pour les hommes, je me suis voûtée un peu plus, je me suis tassée sous mes voiles noirs. Il y a bien longtemps que je ne ris plus. Je suis vieille et le monde de mes enfants m'est étranger. J'ai consciencieusement appliqué à mes filles les règles qui m'avaient été imposées. J'ai bâti autour d'elles la même prison que pour moi. J'ai justifié mon monde en le reconduisant. L'amour maternel ne me fait pas défaut mais il s'est terni sous les interdictions et les obliga-tions, sous les voiles et les frustrations. Ai-je été aimée dans ma vie d'adulte? Ai-je aimé le père de mes enfants ? J'ai écarté ces questions parce qu'elles ne servent à rien, parce que ma mère à moi m'a appris à ne pas les poser. Parce qu'elle a bâti autour de moi la même prison que pour elle. Ai-je rêvé d'autre chose un jour? D'une autre vie, d'un autre possible ? Suis-je restée éveillée la nuit, au côté de mon époux plus âgé, à imaginer des frissons dans le ventre et des serments chuchotés avec un garçon sans visage ? Si j'ai un jour rêvé, je ne m' en souviens plus. Notre monde n'est pas fait pour les rêves. Je suis la mère et je suis absente, confite en dévotion et en douleur obligatoire sur la tombe de mon mari, dans la vallée des morts. On va tuer ma fille. Amir attendra-t-il que je rentre ? La route est longue par le car des pèlerins. Mon fils va tuer ma fille et je ne m'y opposerai pas. M'y opposerai-je si je rentre à temps? J'ai depuis trop longtemps accepté les règles. Page 72 : Notre corps ni notre honneur ne nous appartiennent. Ils sont la propriété familiale. La propriété de nos pères et de nos frères.
L'histoire se situe en Irak,et raconte le destin tragique d'une femme qui tombe enceinte hors mariage. Dès le début du roman, on apprend qu'elle sera la victime d'un crime d'honneur. Son destin est scellé. Emilienne Malfatto a cherché à mêler plusieurs regards dans un roman choral. Le récit principal est mené de manière rétrospective par la jeune fille dont on ignore le nom. Il est entrecoupé par certains chapitres qui donnent le point de vue des autres personnages de sa famille. A ce récit se juxtaposent des textes poétiques dont certains sont issus de l'épopée de Gilgamesh qui évoque le Tigre comme un personnage.
J'ai bien-aimé, un peu dur, triste, horrible, bien écrit (assez original mais ça marche bien)
Un très bon livre court mais très intéressant et très touchant. Il nous fait réfléchir sur la place des femmes dans le monde et surtout en Irak
Triste sort des femmes guerre Irak





