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Les guérillères

Chloé

Chloé a noté 8/10

J'aime l'importance donnée au clitoris et au plaisir féminin J'aime aussi que les noms des guerrières en plus d'arriver en plein milieu des chapitres évoquent des femmes de la littérature Ça fait du bien d'avoir un récit de vie de femmes sans hommes dedans J'adore que les récits contes et mythes classiques de notre société soient détournés pour les faire tourner autour de l'appareil génital de la femme Texte très expérimental J'adore que les noms d'auteurs soient remplacés par des prénoms féminins Jouissif que le récit de ces femmes que rien n'a pu arrêter Très intéressant d'avoir placé l'action dans un futur inconnu d'avoir fait de ces femmes des Amazones d'une utopie futuriste J'adore le moment où les femmes souhaitent manger l'homme Bien que cette œuvre reste intersectionnel en aliant lutte pour les droits des femmes avec lutte contre le racisme J'aime que le roman devienne de plus en plus vindicatif qu'il appelle à se battre à lutter à renverser la domination J'aime que le roman se terminer sur un nous victorieux ''Elles le comparent au mercure aussi appelé vif-argent pour sa promptitude à se disséminer, à se propager, à changer de forme.'' ''Elles disent qu'elles n'ont pas besoin ded symboles ou des mythes. Elles disent que le temps où elles sont parties de zéro est en train de s'effacer dans leurs mémoires.'' ''Elles avancent, il n'y a pas d'avant, il n'y a pas d'arrière. Elles progressent, il n'y a pas de futur, il n'y a pas de passé.'' ''Elles sont prisonnières du miroir.'' ''Elles disent que ce qu'elles doivent avant tout mentionner c'est leur force et leur courage.'' ''Elles disent qu'elles appréhendent leurs corps dans leur totalité. Elles disent qu'elles ne privilégient pas telle de ses parties sous prétexte qu'elle a été jadis l'objet d'un interdit. Elles disent qu'elles ne veulent pas êtres prisonnières de leur propre idéologie.'' ''Vous vous comparez entre vous aux fruits du châtaignier aux clous se girofle aux mandarines aux oranges vertes, mais vous n'êtes que les fruits de l'apparence. Comme les feuilles au moindre souffle vous vous envolez, si belles que vous soyez, si fortes, si légères, d'un entendement si subtil si prompt. Redoutez la dispersion. Restez jointes comme les caractères d'un livre. Ne quittez pas le recueil.'' ''A la façon des miroirs elles en renvoient quelques éclats.'' ''Elles disent qu'il faut alors cesser d'exalter les vulves. Elles disent qu'elles doivent rompre le dernier lien qui les rattache à une culture morte. Elles disent que tout symbole qui exalté le corps fragmenté est temporaire, doit disparaître. Jadis il en a été ainsi. Elles, corps intègres premiers principaux, s'avancent en marchant ensemble dans un autre monde.'' ''Tu dis qu'il n'y a pas de mots pour d'écrire ce temps, tu dis qu'il n'existe pas. Mais souviens-toi. Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.'' ''Elles parlent ensemble du danger qu'elles ont été pour le pouvoir, elles racontent comment on les a brûlées sur des bûchers pour les empêcher à l'avenir de s'assembler. Elles ont pu commander aux tempêtes, faire sombrer des flottes, défaire des armées. Elles ont été maîtresses des poisons des vents des volontés. Elles ont pu à leur gré exercer leur pouvoir et transférer toutes sortes de personnalités dans de simples animaux, des oies des cochons des oiseaux des tortues. Elles ont commandé à la vie et à la mort. Leur puissance conjuguée a menacé des hiérarchies les systèmes de gouvernement les autorités. Leur savoir a rivalisé avec succès avec le savoir officiel auquel elles n'ont pas eu accès, il l'a mis au défi, il l'a pris en défaut, il l'a menacé, il l'a fait paraître inefficace. Aucune police n'a été trop puissante pour les traquer, aucune délation trop opportuniste, aucun supplice trop brutal, aucune armée n'a paru trop disproportionnée en force pour s'attaquer à elles une par une et les détruire.'' ''Elles disent qu'elles cultivent le désordre sous toutes ses formes. La confusion les troubles les discussions violentes les désarrois les bouleversements les dérangements les incohérences les irrégularités les divergences les complications les désaccords les discordes les collisions les polémiques les débats les démêlés les rixes les disputes les conflits les débandades les débâcles les cataclysmes les perturbations les querelles les agitations les turbulences les déflagrations le chaos l'anarchie.'' ''Elles disent qu'elles ne pourraient pas manger du lièvre du veau ou de l'oiseau, elles disent que des animaux elles ne pourraient pas en manger, mais que de l'homme oui, elles peuvent. Il leur dit en redressant la tête avec orgueil, pauvres malheureuses, si vous le mangez, qui ira travailler dans les champs, qui produira la nourriture les biens de consommation, qui fera des avions, qui les pilotera, qui fournira des spermatozoïdes, qui écrira les livres, qui gouvernera enfin ? Elles alors rient en découvrant leurs dents le plus qu'elles peuvent.'' ''Elles disent, tu ne seras jamais trop nombreuse pour cracher sur le phallus, tu ne seras jamais trop déterminée pour cesser de parler leur langage, pour brûler leur monnaie d'échanger leurs effigies leurs œuvres d'art leurs symboles.'' ''Elles disent, si je m'approprie le monde, que ce soit pour m'en déposséder aussitôt, que ce soit pour créer des rapports nouveaux entre moi et le monde.'' ''La jeune fille est dans la maison de sa mère comme la semence dans la terre féconde. La femme est sous le toit de son mari comme le chien dans les chaînes. Rarement l'esclave goûte la douceur de l'amour, la femme jamais.'' ''Il t'a faite esclave par la ruse, toi qui as été grande forte vaillante. Il t'a dérobé ton savoir, il a fermé ta mémoire à ce que tu as été, il a fait de toi celle qui n'est pas celle qui ne parle pas celle qui ne possède pas celle qui n'écrit pas, il a fait de toi une créature vile et déchue, il t'a bâillonnée abusée trompée. Usant de stratagèmes, il a fermé ton entendement, il a tissé autour de toi un long texte de défaites qu'il a baptisées nécessaires à ton bien-être, à ta nature. Il a inventé ton histoire. Mais le temps vient où tu écrases le serpent sous ton pied, le temps vient où tu peux crier, dressée, pleine d'ardeur et de courage, le paradis est à l'ombre des épées.'' ''Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lèvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu'ils se sont appropriés.'' ''Qu'est-ce qui t'appartient sur cette terre ? Seule la mort. Nulle force au monde ne peut te la dérober. Et - raisonne explique-toi raconte-toi - si le bonheur c'est la possession de quelque chose, alors tends à ce bonheur souverain - mourir.'' ''Elles disent qu'elles sortent de leurs toiles. Elles disent qu'elles descendent de leurs lits. Elles disent qu'elles quittent les musées les vitrines d'exposition les socles où on les a fixées. Elles disent qu'elles sont tout étonnées de se mouvoir.'' ''Elles disent qu'il n'y a pas de réalité avant que les morts les règles les règlements lui aient donné forme.''

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