Il n'y a pas de place pour la mort
Jean-Pierre Peillot-Frandel envisage de faire
Il n'y a pas de place pour la mort. Ni dans le presbytère de Haworth, où Emily Bronte, vaincue par la tuberculose, compose son dernier vers. Ni à Nagasaki, où un concertiste donne un récital sur un grand piano Bechstein « qui datait d'avant la bombe». Ni même dans les ruines du Havre, dévastée par la guerre, où un petit garçon saute de pierre en pierre pour se rendre à son cours de violon. Un garçon dont le beau visage grave orne le bandeau de ce livre, le premier à paraître aux toutes récentes Editions Hardies, créées « par défiet plaisir» par Sophie Nauleau et André Velter. Ce visage est celui de l'écrivain enfant, et ce texte, parmi ses plus autobiographiques, même s'il se lit comme un roman. Un roman à deux voix, l'une féminine, l'autre masculine, qui, à tour de rôle, se quittent, prennent latangente, s'enfuient pour rester vivantes. Des bords de la Garonne au glacier de la Meije, des porcelaineries de Sèvres au port de Saint-Pétersbourg, le lecteur épouse leur mouvement, leurs voyages, leurs métamor-phoses, et devient tantôt musicien, tantôt pilleuse d'épaves, tantôt soldat de 2o ans dans le poing refermé duquel on découvre, après son « sublime suicide stendhalien», ce mot: « Bourdeaux jadis élève des pédants, puis aide-chicane, puis moine, puis dragon, puis rien.» « Nous aussi, sans que nous soyons si lumineux, mais capables d'autant de visages et de métamorphoses, nous nous déplaçons durant toute la nuit dans le noir», affirme le narrateur en écho. S'il est hanté de nombreux fantômes, Il n'y a pas de place pour la mort est tout sauf lugubre; au contraire célèbre-t-il l'élan de vivre, la permanence d'un souvenir, d'une odeur, d'une sensation de chaleur, même quand «l'oubli attaque la mémoire». Pour l'écrivain, qui achève à l'heure actuelle la rédaction du dernier livre de Dernier Royaume, cycle lancé avec Les Ombres errantes (Grasset, prix Goncourt 2002), ce texte est celui d'un retouraux origines, aux ruines du Havre, à l'absence de l'amour mater- nel. Il faut le lire comme on flâne, en gardant à l'esprit que le fait de ne pas connaitre le nom de chaque plante rencontrée en chemin ne prive pas d'en savourer la beauté ni le parfum.