Le Solitaire
2015
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Eugène Ionesco
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Summary
Le seul roman écrit par Ionesco. A trente-cinq ans, un homme fait un héritage et se retire de la vie. Il ne cesse de s’étonner de ses congénères qui continuent à s’agiter, à se battre même, à aimer, à croire. La recherche de l’oubli, la nostalgie du savoir que nous n’aurons jamais, le sentiment de notre infirmité et du miracle de toute chose, font de cet individu banal un être qui a la grâce, un mystique pas tellement loin de Pascal.
Avis et Commentaires
1 avisLire le Solitaire de Ionesco, c’est lire l’histoire d’un homme qui vit dans ses pensées, qui ne peut s’empêcher d’être obsédé par des questions métaphysiques, qui ne peut s’empêcher de questionner le réel. Si il quitte son travail et peut désormais organiser sa vie comme il le souhaite, sans attache monétaire, il mène une vie quotidienne monotone. La question « à quoi bon? » est celle qui obnubile le personnage, il réalise que les autres le voient comme un névrosé obsessionnel, il ne tisse pas de liens avec les autres. Il cherche l’extériorité, il ne veut pas appartenir à cette société, tout en voulant appartenir à rien d’autre, si ce n’est que ses propres tourments intérieurs. Ces tourments intérieurs ne semblent pas le déranger personnellement, c’est plutôt le fait qu’il soit seul à être agité par ses tourments qui le dérange. Comment ne pas se poser la question du pourquoi ? Comment vivre sans réaliser l’inutilité du réel, le vide de ce mot et le poids de notre ignorance ? Le fait de ne pas pouvoir mesurer les frontières du fini ou de l’infini, le fait d’être coincé dans un « décor », de ne pas pouvoir en sortir. Chez le solitaire « cosmique », ces questions philosophiques ne sont pas un divertissement de l’esprit, il ne s’agit pas de la « culture », c’est notre condition, c’est notre condition humaine. C’est justement ce mot, humain, qui fait rire le protagoniste. Il n’est pas misanthrope, ce qui peut le distinguer de certains autres personnages tout aussi solitaires. Lorsqu’il embrasse Sylvie (« ou Marie »), il le dit clairement : c’était si réel, c’était si vrai. J’ai bien aimé la façon dont il a défini la joie, la joie c’est exister dans le monde, être dans le monde et parmi les personnes qui y habitent ( ou quelque chose du style). Un passage décrit le fait qu’il aurait pu être un fou amoureux, que cela aurait pu le rattacher à la vie. Tout au long du livre, il y a une guerre civile dans la ville dans laquelle il réside. Les dernières pages du livre traduisent un basculement dans le centre d’attention du récit ; on passe de l’intériorité du personnage à une description froide des événements, une description énumérée, ponctuée, comme si les images défilaient devant le protagoniste sans l’atteindre, comme si ce n’était que des images, que le réel n’était pas vrai, qu’il était au delà de tout cela. À plusieurs reprises, il dit qu’il aurait aimé être meilleur en philosophie. Il tente de devenir le Créateur : en fixant de façon obsessionnelle une tâche de vin sur une nappe en oublisnt que c’est une tâche de vin sur une nappe, en créant sa propre réalité. Il veut renommer, créer sa propre réalité subjective, s’affranchir des contraintes matérielles, conceptuelles, historiques qui sont pourtant indissociables de la réalité humaine. Il prend le pessimisme comme une loi immuable de la condition humaine : il n’y a pas de liberté possible, on ne peut être heureux dans les conditions de notre existence, on ne peut nier être dans des cercueils transparents, on ne peut nier être ignorant. Mais il n’explore pas lui même la vie humaine, il juge sans expérimenter, et quand il expérimente, quand il embrasse cette serveuse dans ce restaurant, c’est là où il est le plus humain, c’est là où il ressent ce que les autres peuvent ressentir, la solitude du manque de l’autre suite à la rupture, l’envie de partage. Il est mille fois plus confortable pour lui d’être malheureux que d’être courageux ( merci le dolmen pour cette dernière phrase). Il est plus facile de faire de son malheur une philosophie que de le combattre ( merci encore). Être celui qui sort dans la tempête ou être celui qui se cache dans sa niche intellectuelle 🤔





