
Le silence des esprits (Lettres africaines)
By Wilfried N'Sondé
2011
Bernard Schembri rated ★ 3/10
Le silence des esprits. C'est l'histoire d'un migrant sans papier qui rencontre une femme dans le RER en fuyant la police. C'est le récit de la rencontre, mêlé aux souvenirs de cet homme et ce qu'il a vécu avant de fuir en France. J'ai vraiment pas aimer, l'écriture se veut poétique mais ça reste très nébuleux et rien n'est précis. On a pas le contexte, pas le noms des endroits, je sais même pas dire de quel pays il vient, tout reste vague je trouve. Au fond je trouve que l'attirance subite entre cet homme et cette femme est assez sexuelle vu qu'ils ne se connaissent pas et tourne un peu autour de ça mais sous couvert de "poésie". Cercle prévôt du 24 janvier, fête des 15 ans et discussions du Silence des esprits de Wilfried Nsonde, proposé par Yann Autant le dire immédiatement, la discussion a bien illustré toute la vitalité du club: sévère, mais juste! 1. La violence : un angle fort, une promesse non tenue Le choix initial du roman est puissant et original : faire d’un migrant sans papiers non pas seulement une victime du système, mais aussi un ancien bourreau d’une guerre civile africaine, en l’occurrence au Congo-Brazzaville. Peu de récits osent croiser aussi frontalement ces deux figures antagonistes — l’exilé précaire et l’homme porteur d’une violence extrême — et c’est là que le livre suscite d’emblée une attente forte. Lorsque la révélation du passé de Clovis survient, l’écriture fonctionne pleinement : le style trouve une justesse, une sobriété presque glaçante. La question morale affleure alors avec force : un bourreau a-t-il droit à une seconde vie ? Peut-il espérer une forme de pardon, sinon juridique, du moins humain ? Le rapport bourreau/victime, rarement exploré dans ce contexte migratoire, constitue l’un des apports majeurs du roman. De même, la description du quotidien du sans-papiers, de la peur de l’arrestation à la fatigue des vies invisibles, est l’un des rares moments où une véritable émotion traverse la lecture. La fin, notamment l’arrestation, est jugée déchirante par plusieurs lecteurs. Pourtant, malgré cette situation romanesque forte — qui pourrait arriver —, beaucoup regrettent que la violence ne soit jamais pleinement incarnée. On comprend les enjeux, mais on ne les ressent pas réellement. Le livre reste souvent trop lisse, comme s’il craignait d’aller au bout de sa propre radicalité. 2. Le rapport affectif : deux solitudes abîmées… mais une histoire plaquée La rencontre entre Clovis et Christelle ouvre une piste romanesque prometteuse : celle de deux êtres cabossés, l’un par la guerre et l’exil, l’autre par la solitude sociale et un passé conjugal violent. Qui a le plus besoin de l’autre ? Ces deux solitudes peuvent-elles se compléter ? La rencontre dans le train de banlieue est souvent saluée : elle est bien amenée, crédible, presque banale — et c’est précisément ce qui la rend intéressante. De même, la description de la vie de Christelle, femme fatiguée par le travail, les réveils matinaux, la lassitude d’une existence ordinaire, suscite une réelle empathie. Mais très vite, l’histoire d’amour s’effondre aux yeux de nombreux lecteurs. Sa rapidité interroge : est-elle possible ? crédible ? nécessaire même au récit ? De la rencontre au café à l’accueil chez elle, tout semble trop fluide, trop immédiat. On n’y croit pas. Les dialogues amoureux sonnent faux, les scènes d’amour — ou de sexualité — cassent le rythme et brisent l’adhésion. Surtout, Christelle apparaît moins comme une amante que comme une figure maternelle. Elle aime Clovis d’un amour inconditionnel, presque sacrificiel, même lorsqu’il avoue avoir été bourreau. On est alors moins dans une relation amoureuse que dans un fantasme masculin de la femme qui sauve, qui recueille, qui absout. L’amour semble impossible ; seule subsiste une bienveillance qui frôle la dissociation. Cette relation, pourtant centrale, ne laisse paradoxalement aucun espace au lecteur pour s’y projeter. On a envie d’aimer le livre, mais l’émotion ne vient pas. L’histoire d’amour, loin de porter le récit, en devient l’un des points de rupture. 3. Le style : entre fulgurances et lourdeurs, une plume en déséquilibre Le style de Wilfried Nsonde divise profondément. Certains passages sont unanimement reconnus : • la rencontre dans le train de banlieue, • la révélation progressive des actes de Clovis, • l’arrestation finale. Dans ces moments-là, l’écriture est juste, tendue, efficace. De même, tout ce qui se déroule en Afrique — l’enfance, la mère, la sœur — possède une cohérence stylistique réelle. Mais c’est aussi là que surgit une autre critique majeure : ces scènes africaines basculent trop dans un pathos appuyé, voire une caricature (la sœur magnifique, l’enfance misérable, la mère mourante). On s’interroge alors sur la position de l’écrivain : d’où écrit-il ? Son long vécu européen l’amène-t-il à imaginer l’Afrique plus qu’à la restituer ? À l’inverse, pourquoi ne pas avoir assumé pleinement un récit centré sur cette guerre civile oubliée du Congo-Brazzaville, que beaucoup de lecteurs découvraient ? Le roman semble naviguer entre plusieurs styles sans les maîtriser complètement : poétique mais pataud, ambitieux mais trop long, traversé de belles idées mais rarement étirées jusqu’à leur pleine justesse. L’écriture cherche l’émotion, mais force parfois l’effet, au détriment de la sincérité ressentie. Résultat : la lecture se fait avec appétit, mais laisse un goût d’inachevé. Le livre aurait sans doute gagné à être soit plus court et plus resserré, soit plus ample et plus creusé, notamment dans la relation centrale.
Summary
Dans un train de banlieue, une femme un peu trop seule rencontre un jeune Africain. Avec douceur et compassion elle perçoit en lui l’angoisse et la peur, comprend qu’il n’a pas de papiers, lui offre sa confiance, son hospitalité, écoute le récit de sa vie et oublie, entre ses bras, sa propre souffrance. La fragile rédemption d’un homme aux prises avec sa mémoire d’enfant soldat ; le bonheur éphémère d’un clandestin dans un pays où il devient de plus en plus difficile d’échapper à la police.