
L'appel des odeurs
By Ryoko Sekiguchi
2025
Bernadette Fenton plans to do
Ryoko Sekiguchi a souvent écrit sur les cinq sens : l’audition dans La Voix sombre, le goût dans plusieurs ouvrages, comme Nagori ou 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), comme sur l’éphémère et l’impalpable. Avec ce nouveau livre, elle fait de l’odeur une héroïne de roman. Si « l’odorat, constate Ryoko Sekiguchi, n’a que peu de place en Occident dans les productions de l’esprit, et rares sont les œuvres, littéraires ou philosophiques, qui y sont consacrées », l’odeur est pourtant l’extension de la présence, elle précède et poursuit une apparition. Elle nous offre surtout une lecture plus riche et romanesque du monde. Pour Ryoko Sekiguchi, les odeurs ont la capacité de devenir des personnages, capables de provoquer un drame, délivrer un message, révéler des sentiments et raconter notre passé ou notre avenir. L’Appel des odeurs est un roman composé de plusieurs récits, un peu à la façon des Mille et Une Nuits. La narratrice tient un « carnet d’odeurs », au travers d’histoires ou de contes oniriques. On ignore si ces récits ont été inventés par la narratrice, ou si elle les a « vécus » en voyageant dans l’espace et le temps, à la manière de l’Orlando de Virginia Woolf. Récits ancrés dans des lieux différents et des époques variées : Grenade en Espagne, Spoleto en Italie, dans un opéra à Ferrare au XVIIIe siècle, au Palais-Royal à Paris sur trois siècles consécutifs, en Corse dans l’entre-deux-guerres, au Japon, à Taipei, dans une imprimerie de Téhéran au XIXe siècle, à New York et Los Angeles… Chaque odeur a un corps et un langage, une présence susceptible de bouleverser notre rapport au temps et à l’espace. Puanteurs, miasmes, ou parfums si délicats qu’il faut « prêter le nez » pour les remarquer. La narratrice découvre aussi l’expérience douloureuse de la perte de l’odorat, un exil du monde dont souffrent les personnes atteintes d’anosmie.
Summary
«Elle humait l'odeur du soleil. L'odeur de l'ombre. Elle était emportée par cette extase particulière à ceux qui hument, les odeurs emplissaient son corps tout entier, au point qu'elle aurait voulu devenir flacon pour renfermer ce parfum qu'elle composait dans son corps.» Et si la nuit, le froid et l'écriture avaient une odeur ? Si les parfums qui nous entourent pouvaient devenir des personnages, capables de provoquer un drame, révéler des sentiments, raconter notre passé ou notre avenir ? À travers une collection d'histoires ou de contes oniriques, Ryoko Sekiguchi explore la puissance du langage olfactif. Du XVIIIe siècle à nos jours, en passant par un opéra à Ferrare, une imprimerie à Téhéran ou une librairie à Helsinki, l'odeur devient sous sa plume une héroïne de roman qui interroge notre rapport à l'espace et au temps.