
Hystérie collective
By Lionel Shriver
2026
Jean-Pierre Peillot-Frandel plans to do
Contrairement à la série « Pluribus » (Apple TV), Lionel Shriver (photo) n’a pas eu besoin de recourir à l’artifice d’un virus qui vous transformerait en patate décérébrée, incapable de pensée critique ou personnelle. Très cons, on est tous en train de le devenir, selon l’autrice de « Il faut qu’on parle de Kevin » (2006). Aux Etats-Unis un peu plus qu’ailleurs où un mouvement pour la Parité mentale a pris le pouvoir : finis les bons points et la compétition à l’école. Abolis les bilans de compétence et les CV mirobolants où on se glorifiait d’avoir été à la fois à Harvard et à Yale. Chacun doit faire profil bas, dans cette dystopie ultraréaliste, sous peine de perdre son emploi. Certains livres ont même leur titre censuré, comme « l’Amie prodigieuse » (pourquoi cette fille serait-elle supérieure aux autres, je vous le demande) ou « l’Idiot » de Dostoïevski car il est interdit de prononcer en public les termes stigmatisants « idiot » ou « stupide ». C’est pourtant ce que fait l’héroïne du roman, sous le regard médusé de ses élèves qui ne manquent pas de la dénoncer. Prof à l’université, Pearson a toujours été rebelle, y compris dans son enfance où elle a dû s’affranchir de l’em-prise mortifère de ses parents Témoins de Jéhovah. Avec une parfaite maîtrise de la narration, Lionel Shriver raconte la rivalité croissante entre Pearson et sa meilleure amie Emory, qui a décidé au contraire d’applaudir au nouvel égalitarisme à la mode. Non seule-ment les personnages de crétins, au cinéma, sont désormais censurés (on retire même l’oscar du meilleur acteur à Dustin Hoffman pour son rôle dans « Rain Man »), mais il est aussi très mal vu de publier des biographies de personnalités au QI exceptionnel, comme Marie Curie ou Léonard de Vinci. Si la tension s’essouffle en fin de roman (on peut notamment regretter que Pearson n’ait pas l’occasion, à l’heure des bilans, de s’expliquer avec sa mère bigote), « Hystérie collective » est une remarquable satire de la cancel culture. Au fait, « remarquable », c’est autorisé ?
Summary
Plus provocatrice et caustique que jamais, Lionel Shriver s'inspire de l'actualité pour livrer la satire aussi jubilatoire que glaçante d'une Amérique gangrenée par la bien-pensance, le politiquement correct et la cancel culture. Liste des mots interdits : Stupide, idiot, bête, haut potentiel, méritocratie, etc., etc. Sont désormais proscrits : Les devoirs, les tests, les notes, les examens. Les entretiens d'embauche. Les bilans de compétences. Conséquences : Enfants, parents, voisins, collègues, amis, amants, époux sont invités à se dénoncer les uns les autres. Tout contrevenant s'expose à un avertissement, une amende, voire à une peine de prison. Professeure à l'université, Pearson se demande encore comment les États-Unis en sont arrivés là. Depuis que le mouvement pour la Parité mentale a pris le pouvoir, les enfants n'apprennent plus à lire, le niveau des étudiants a chuté, les dîners où l'on débattait à bâtons rompus sont devenus sinistres. Heureusement, il lui reste sa meilleure amie, Emory, pour ironiser sur la situation. Les deux femmes se connaissent depuis l'adolescence, la confiance entre elles est totale. Ou du moins Pearson le croit-elle...




