La bonne mère - Cover

La bonne mère

By Mathilda Di Matteo

2025

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7.8/10

M

Melody rated ★ 8/10

Cela faisait plusieurs mois que La Bonne Mère me trottait dans la tête. Une attente diffuse, presque insistante, avant de finalement l’acheter et le terminer. Le roman raconte avant tout une relation mère-fille, marquée par un contraste social, culturel et géographique très fort. La mère est une cagole marseillaise, flamboyante, ancrée dans sa ville et dans ses codes, fière de ce qu’elle est. La fille, à l’inverse, tente de s’extraire de ce monde pour se réinventer en bobo catho parisienne. Ce déplacement n’est pas seulement géographique : il traduit une honte sociale intériorisée. La fille ne cherche pas tant à quitter Marseille qu’à se débarrasser de ce que sa mère renvoie au regard des autres — l’accent, le corps, les codes populaires. Paris devient alors moins un lieu qu’un alibi social, un espace de légitimation. Mais La Bonne Mère ne se limite pas à cette opposition Paris/Marseille. Le roman aborde frontalement les violences faites aux femmes : celles subies par la fille dans son couple catholique parisien, et celles infligées à la mère par un compagnon napolitain violent. L’autrice met en parallèle ces deux récits pour montrer que la violence traverse tous les milieux, y compris ceux qui se prétendent protecteurs ou moralement supérieurs. Elle n’est jamais présentée comme un accident individuel, mais comme un système profondément ancré dans la famille, la religion et les rapports de domination. À travers ces trajectoires, le corps féminin devient un véritable champ de bataille. Celui de la mère est jugé trop bruyant, trop voyant, trop sexuel ; celui de la fille, au contraire, doit être discipliné, contrôlé, rendu acceptable. Leur différence tient moins à leurs valeurs qu’à la manière dont leurs corps sont autorisés — ou non — à exister dans l’espace social. La relation mère-fille évolue alors : d’abord distante, presque hostile, nourrie par des mondes opposés, elle devient progressivement fusionnelle. Le roman est structuré en trois parties très lisibles : – une première consacrée à la fracture mère / fille – une deuxième à la violence masculine, qui révèle une similitude inattendue entre leurs trajectoires, – et une troisième au renforcement des liens mère / fille (jusqu’à la protection de chacune par l’autre) J’ai personnellement adoré les deux premières parties, beaucoup plus que la troisième. J’aurais aimé que le roman reste concentré sur cette relation mère-fille, sur cette fracture Paris/Marseille et sur la violence symbolique qu’elle implique. La réconciliation finale m’a semblé plus consensuelle, presque rassurante, là où le début du roman était plus radical. On peut d’ailleurs se demander si cette relation fusionnelle est réellement émancipatrice, ou si elle ne déplace pas simplement la dépendance. Enfin, le portrait des hommes laisse peu de place à l’espoir : la violence masculine semble systémique, et le seul personnage masculin véritablement bienveillant est bisexuel. Un choix qui interroge et renforce l’impression d’un monde où les femmes doivent avant tout compter sur elles-mêmes — et les unes sur les autres — pour survivre et se reconstruire. L’autrice, Mélissa Da Costa, écrit depuis un entre-deux social qu’elle connaît intimement. Son travail s’inscrit dans une littérature du réel, attentive aux fractures de classe, aux déterminismes familiaux et aux violences ordinaires. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, elle met en lumière ce qui se transmet de génération en génération : les silences, les hontes, mais aussi les forces. La Bonne Mère est ainsi un roman à la fois intime et politique, dérangeant dans ce qu’il révèle, et marquant dans sa manière de montrer que l’émancipation passe parfois par un retour aux origines plutôt que par leur effacement.

Summary

" Certains disent qu'elle est vulgaire. Moi, je dirais qu'elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire. " Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère, Véro, depuis qu'elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l'agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n'aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris. Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s'aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné? Comment s'affranchir sans trahir? La Bonne Mère est l'histoire d'un amour féroce. Un roman ultra-contemporain sur la violence dont on hérite et sur ce qu'on reproduit malgré soi. Avec une ironie mordante, Mathilda di Matteo nous entraîne dans un tourbillon d'émotions, entre Marseille et Paris.

Community Reviews

Readers find 'La Bonne Mère' a compelling exploration of mother-daughter dynamics, class conflict, and systemic violence against women, wrapped in a vivid Marseille setting. The narrative's humor and emotional depth resonate, although some find the pacing slow and the characters less engaging. The portrayal of societal issues through personal stories is appreciated, but shifts from light-hearted to serious tones have received mixed reactions.

👍 Vivid portrayal of Marseille and deep societal insights.

👎 Pacing may feel slow; shifts in tone can be jarring.

Reviews and Comments

3 reviews
FC
Fabricerated ★ 7/10
January 29, 2026

Marie
Marierated ★ 7/10
December 8, 2025

LR
Laurarated ★ 10/10
November 30, 2025

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