Memory Image 1
Memory Image 2

Le Joueur d'Échecs

2020

Stefan Zweig

Margaux

Margaux a noté 8/10

Ce “jeu royal” comme il l’appelle est le socle d’une réflexion abyssalement profonde sur la vie et la condition humaine. L’isolement. La présence de l’autre. POURQUOI aurait-on besoin de cette présence, de cette interaction qui fait de nous des animaux sociaux qui, sans contact avec nos semblables, nous mourons à petit feu, mentalement d’abord, puis physiquement et complètement. On ne peut pas jouer seul, aux échecs. On en devient fou, Doktor B. Nous le démontre par l’expérience. Car, au final, celui qui gagne, c’est tout de même Czentovic, celui dont on se moquait parce qu’il ne savait pas jouer « à l’aveugle », seul dans sa tête - le titre premier de « Schachnovelle » était « abseitig », que je traduirais par « coupé de… ». La subtilité des échecs est de nous maintenir bien en équilibre entre le ciel et la terre. Entre le mental qui anticipe, isolé du monde matériel, et le corps qui joue, qui plonge tête la première dans la réalité. Je pense qu’il faut garder à l’esprit durant cette lecture qu’il n’y a que le français qui mêle la connotation d’insuccès au mot échec. Car dans la langue de Zweig, tout comme dans celle de shakespeare, le Schachspiel évoque la royauté du shah oriental, d’où est issu « l’échec » de Molière aussi, mais qui s’entend bien moins. Les échecs ce sont les règles de la vie, instinctives, presque innées - si nous prenons la peine d’aller fouiller en nous pour les retrouver - ce roi intérieur, cette autorité interne, cette morale, qui nous donne un cadre dans lequel nous pouvons nous épanouir. Ce roi qu’il faut aller tuer, aussi, pour trouver la liberté de s’épanouir dans un libre arbitre nourri d’expérience. Doktor B., le héros de ce livre, a fait de son épreuve une opportunité pour se connaître, d’abord, puis grandir, en apprenant. Sa méthode de survie est devenue une part entière de lui. Et Zweig nous rappelle que la frontière entre folie et sagesse est toujours une danse subtile que nous effectuons sur un fil tendu. La vie est une constante recherche d’équilibre, auquel on n’est jamais rendu vraiment. Mais c’est aussi ce qui en fait la beauté. Ainsi il insiste toujours sur la notion de « jeu » qu’impliquent les échecs, lui, éternel adolescent impatient qui n’a pas su attendre les jours meilleurs. Il avait tout compris, il n’a juste pas su - ou pas voulu - expérimenter dans la matière ce qu’il avait si bien saisi. Ça rappelle qu’on a -que j’ai 🙄 - encore du boulot, parfois! 😅 . Ce jeu et la manière de Zweig de le décrire, fait aussi office - pour moi.. - d’allégorie d’un combat acharné pour la vie, qui sauve ceux dont la liberté est entachée par un gouvernement arbitraire. Zweig a lutté, pourtant. Et la plus belle guerre qu’il m’ait été de voir se trouve au fil de ses livres. Un révolté, une âme à vif, un amoureux. De tout. . Rapide à lire, on devrait tous le relire chaque année! Tout change d’une lecture à l’autre… la magie du génie! Je vous en reparle l’année prochaine! 😉

Avis de la communauté

Opinion du public

user icon

9 avis

memorizer logo

8,0/10

logo memorizer

Découvrez si vos amis l'ont ajouté

Plus d'infos

Summary

Un bateau, un champion du monde d'échecs, mécanique implacable à gagner, et un homme qui n'a presque jamais joué, mais est devenu un champion «virtuel», dans sa tête, pour ne pas succomber à l'univers carcéral. Voici le sujet de cette passionnante nouvelle. Il n'est pas besoin de s'intéresser aux échecs pour apprécier ce grand texte.

Avis et Commentaires

2 avis
Margaux
Margauxa noté ★ 8/10
10 janvier 2024

Ce “jeu royal” comme il l’appelle est le socle d’une réflexion abyssalement profonde sur la vie et la condition humaine. L’isolement. La présence de l’autre. POURQUOI aurait-on besoin de cette présence, de cette interaction qui fait de nous des animaux sociaux qui, sans contact avec nos semblables, nous mourons à petit feu, mentalement d’abord, puis physiquement et complètement. On ne peut pas jouer seul, aux échecs. On en devient fou, Doktor B. Nous le démontre par l’expérience. Car, au final, celui qui gagne, c’est tout de même Czentovic, celui dont on se moquait parce qu’il ne savait pas jouer « à l’aveugle », seul dans sa tête - le titre premier de « Schachnovelle » était « abseitig », que je traduirais par « coupé de… ». La subtilité des échecs est de nous maintenir bien en équilibre entre le ciel et la terre. Entre le mental qui anticipe, isolé du monde matériel, et le corps qui joue, qui plonge tête la première dans la réalité. Je pense qu’il faut garder à l’esprit durant cette lecture qu’il n’y a que le français qui mêle la connotation d’insuccès au mot échec. Car dans la langue de Zweig, tout comme dans celle de shakespeare, le Schachspiel évoque la royauté du shah oriental, d’où est issu « l’échec » de Molière aussi, mais qui s’entend bien moins. Les échecs ce sont les règles de la vie, instinctives, presque innées - si nous prenons la peine d’aller fouiller en nous pour les retrouver - ce roi intérieur, cette autorité interne, cette morale, qui nous donne un cadre dans lequel nous pouvons nous épanouir. Ce roi qu’il faut aller tuer, aussi, pour trouver la liberté de s’épanouir dans un libre arbitre nourri d’expérience. Doktor B., le héros de ce livre, a fait de son épreuve une opportunité pour se connaître, d’abord, puis grandir, en apprenant. Sa méthode de survie est devenue une part entière de lui. Et Zweig nous rappelle que la frontière entre folie et sagesse est toujours une danse subtile que nous effectuons sur un fil tendu. La vie est une constante recherche d’équilibre, auquel on n’est jamais rendu vraiment. Mais c’est aussi ce qui en fait la beauté. Ainsi il insiste toujours sur la notion de « jeu » qu’impliquent les échecs, lui, éternel adolescent impatient qui n’a pas su attendre les jours meilleurs. Il avait tout compris, il n’a juste pas su - ou pas voulu - expérimenter dans la matière ce qu’il avait si bien saisi. Ça rappelle qu’on a -que j’ai 🙄 - encore du boulot, parfois! 😅 . Ce jeu et la manière de Zweig de le décrire, fait aussi office - pour moi.. - d’allégorie d’un combat acharné pour la vie, qui sauve ceux dont la liberté est entachée par un gouvernement arbitraire. Zweig a lutté, pourtant. Et la plus belle guerre qu’il m’ait été de voir se trouve au fil de ses livres. Un révolté, une âme à vif, un amoureux. De tout. . Rapide à lire, on devrait tous le relire chaque année! Tout change d’une lecture à l’autre… la magie du génie! Je vous en reparle l’année prochaine! 😉

send_a_french
send_a_frencha noté ★ 9/10
15 janvier 2024

Liste