Souvenirs de ma vie d'hôtel
2021
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Jacques Fieschi
Margaux envisage de faire
Le magnifique ouvrage d’un magnifique ami, jugé sans complaisance. Vraiment. Merci Jacques! “La maladie qui m’avait tenu dans ses serres pendant quelques semaines était guérie. Avec ces mots-là, il m’avait délivré.” On parle ici de la maladie de l’obsession, ce parasite, ce virus qui vient nous obscurcir l’esprit d’illusions, de suppositions, de fausses croyances, d’anticipation, de regrets ou de remords. Lorsque tout est dit, il n’y a plus de fantasme possible. Le monde est clair. C’est aussi ce que raconte ce livre, au-delà du récit d’une année passée à sillonner la France dans les années 80, à 20 ans, avec la vie devant soi, à vivre au jour le jour. Ce qui me frappe surtout c’est ce rapport au souvenir. Il s’agit d’une fiction. L’auteur a donc une totale liberté sur les détails, sur les informations lâchées à son lecteur. Pourtant, il parle de doute sur la véracité des faits. Une chanson qui passe à la radio lors d’une bagarre dans un bar, l’acronyme exact d’une société, le nom d’une rue étroite derrière la Gare Montparnasse…. Tout cela pourrait être affirmé, mais le doute plane. Il s’agit d’un souvenir. Et ce procédé met en lumière la subjectivité de notre mémoire, sa façon de trier les informations, pour créer une réalité toute propre à elle-même. Et l’on rejoint l’hôtel. Cet endroit qui fait tout pour nous faire croire que nous sommes à la maison. Sans vraiment y être. Et le voyage. Qui nous fait sortir de chez nous, pour nous confronter au monde, et nous bâtir des armes, qui nous serviront dans notre vie d’adulte. “Les voyages forment la jeunesse” qu’il disait… c’est vrai. Dans une langue saccadée et épurée à la camus, il nous embarque dans le récit de la découverte, celle de soi-même.
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Summary
Comment affronter des souvenirs vieux d’un demi-siècle ? Comment revoir celui à qui l’on doit peut-être d’avoir choisi la solitude ? A l’époque, déjà lointaine, des lettres manuscrites et des cabines téléphoniques à pièces, Catherine, Jean-Mi et René ont sillonné la France, d’hôtel miteux en balcon sur la mer, croyant ou feignant de croire qu’ils effectuaient là un petit boulot d’étudiants, mais participant en fait à une escroquerie. Une jeune fille et deux jeunes garçons, partageant la même chambre, le même lit, la même salle de bains. L’un s’exhibant sans pudeur, les deux autres tâchant de préserver un semblant d’intimité malgré les circonstances. L’une aimant l’un, l’un aimant l’autre, presque comme de coutume ? C’eût sans doute été trop simple. Les supercheries finissent par être dévoilées, les escroqueries par être démasquées. Celle à laquelle ils ont participé plus ou moins consciemment connaît une fin qui frôle le drame. Ils se séparent, vaguement coupables, vaguement honteux. Leur jeunesse est désormais derrière eux. Et pourtant, cinquante ans plus tard, la question se pose : est-ce vraiment cela qui a empêché René de revoir Jean-Michel ? Scénariste, réalisateur et écrivain, Jacques Fieschi a notamment publié L’homme à la mer (Lattès, 1990) et L’éternel garçon (Grasset, 1995).
