L’éblouissement des petites filles
Margaux envisage de faire
#MaReview : qui se souvient de son adolescence? Je veux dire, qui s’en souvient VRAIMENT? Pas de cette vision fantasmée du temps où « on n’avait à se soucier de rien » où « la vie était légère et belle » où « l’on avait la vie devant soi »…. Cette histoire m’a rappelé à quel point je ne me souvenais pas de mon adolescence. Ce que c’est, vraiment, d’avoir seize ans. D’être comme cette guêpe, que #timotheestanculescu nous décrit d’une langue aussi aiguisée que poétique; d’être dans cette phase charnière de la vie où le sucre nous appelle sans que l’on sache même en faire du miel, pour qu’au final, nous nous noyions dans un verre de menthe à l’eau. L’adolescence c’est, comme cette guêpe, danser avec la mort; la mort de notre enfance, sa disparition, à l’image d’Océane, cette jeune fille fugueuse, enlevée peut être, et qui nous laisse esseulé.e.s et aussi vaporeux.se que l’atmosphère caniculaire qui baigne ce premier roman. “J’ai haussé la voix comme une petite fille en colère. C’est ce que je suis.” Ce monologue intérieur d’une jeune fille de 16 ans nous rappelle que, à 16 ans, on n’est rien d’autre qu’un.e enfant, “ébloui.e” par la vie, comme une lumière trop forte qui nous oblige à fermer les yeux le temps que la pupille se rétracte, s’adapte. Ébloui.e par ce qu’on pense être la vie, merveilleuse ou terrifiante. Et on attend qu’on nous tire de là, mais la seule chose à apprendre, alors, c’est la belle solitude. Celle qui fera de nous un être entier, et non à la recherche de son autre moitié. On oublie trop vite l’intensité de l’adolescence. Combien ces histoires de meilleure amie, de garçons, d’amourettes, qui nous semblent désormais si futiles et puériles étaient d’importance cruciale à l’époque. Combien elles pouvaient détruire, bousculer, choquer, traumatiser. Et combien la désillusion fait mal. Cette désillusion du petit chaperon rouge, qui réalise que ce n’est pas vrai que « à la campagne personne ne fera de mal aux enfants ». Sur fond d’une affaire de disparition, j’ai réalisé que cette jeune fille évaporée, que l’on s’évertue à rechercher tout au long de l’histoire, est peut-être cette enfance qui disparaît, elle aussi, lorsque l’on traverse ce que l’on a appelé l’adolescence. Cette Océane, comme notre enfance, on veut la retrouver et, comme tout enlèvement mystérieux, on l’idolâtre, se rappelle comme elle était belle, gentille, douce. Mais on oublie aussi à quel point elle pouvait être dure, mesquine, jalouse, douloureuse. Humaine en somme. Et même si l’on connaît sa cruauté, on a envie qu’elle revienne. Parce qu’on a ce vide en nous qu’on pense pouvoir combler de cette meilleure amie disparue. Mais laissons la où elle est, et bouchons ce néant avec un plaisir solitaire, avec notre propre matière, acquise par l’expérience de l’existence humaine, et non par la fusion avec un fantasme de jardinier plus âgé, une mère aussi paumée que soi, un père absent, un maquillage outrancier ou un dépucelage illusoire, que l’on désire sans vraiment le vouloir. “Je ressens le manque de ce que je ne connais pas encore”. Merci à cette merveilleuse autrice et merci à celle qui me l’a faite découvrir Julie Kowarski! Elles m’ont aidée à retrouver cette enfant, et à la rencontrer comme elle est, comme elle était, humaine, pour mieux lui dire au revoir. . . . Je dois dire qu’il m’a mise mal à l’aise. Pas parce qu’il serait mauvais, bien au contraire. Il est tellement bon, tellement véridique, tellement plein de talent, qu’il m’a un peu trop replongée dans cette intensité que j’avais tenté d’oublier. Mais ce fut nécessaire, car il m’a mise face à ces démons que j’avais voulu recouvrir d’un voile d’oubli, il m’a forcée à les découvrir, et les tuer, une bonne fois.