L'inondation
2018
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Evgueni Zamiatine
Nefes CAN a noté 8/10
Poétique, enfermée dans une vie, acculée à la folie, le remords l’accentuant-Atmosphère étouffante de crue de la Neva qui ne laisse nulle part où aller, des journées de plus en plus courtes.
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Summary
Un petit chef-d'oeuvre qui a permis la redécouverte de l'auteur de Nous autres.
Avis et Commentaires
4 avisVernoux 2024. Petit livre de 70 pages. Sophia adore son mari Trophim Ivanytch, Tzigane aux yeux noirs et aux"belles dents blanches comme les touches d'un accordéon", il désire ardemment un enfant mais elle ne tombe pas enceinte. Quand le menuisier meurt de maladie, laissant seule une orpheline de 13 ans, Ganka, Sophia décide de l'adopter. Mais alors qu'une complicité naît entre Trophim et Ganka, Sophia ne peut entrer en relation avec sa fille adoptive. Un jour, elle découvre qu'elle couche avec Trophim. Désormais, son mari dort chaque nuit avec Ganka. Un jour, une inondation recouvre les rues de la ville et tous les trois quittent leur rez-de-chaussée pour se réfugier chez la voisine du dessus. Là, pendant quelques jours, Sophia retrouve son mari qui n'ose pas rejoindre le lit de Ganka. De retour dans leur appartement, la vie reprend son cours. Ganka sort pour des escapades à la rencontre d'autres hommes. Sophia, au comble de la souffrance, tue Ganka à la hache, enterre son corps et dissimule les preuves. Son mari est fou de tristesse mais ne soupçonne rien et finit par rejoindre Sophia dans son lit. Une enquête est ouverte. Elle répond aux questions d'un enquêteur mais le dossier sera bientôt clos et classé sans suite. Bientôt, elle s'aperçoit qu'elle est enceinte. À l'accouchement, une petite fille dont elle perçoit à peine la présence, Sophia a déjà commencé à perdre la tête et se noie dans sa culpabilité. Elle est hospitalisée pour une fièvre puerpérale. Dans son délire, elle avoue son crime. Puis elle se remet, reprend un peu ses esprits. L'enquêteur vient à son chevet pour lui poser des questions. Le style est ultra - concis et plutôt celui d'un conte. Les faits, seulement. Pas d'analyse. Une atmosphère plutôt onirique. Une critique : Absolument superbe nouvelle de Zamiatine, nous relatant les états d'âme d'une jeune femme de St Petersbourg qui ne peut avoir d'enfants. Elle et son mari adoptent la fille d'un menuisier voisin, et le drame se noue lorsque le le mari commence une liaison avec la jeune orpheline. Ce qui pourrait n'être qu'un drame sordide devient sous la plume de Zamiatine un récit tellurique et presque fantastique, où les éléments jouent un rôle aussi prépondérants que les acteurs. En quelques pages on se sent happé par le récit et on vit totalement les souffrances de la jeune épouse. La maîtrise du point de vue est parfaite et l'auteur relie magnifiquement les éléments de la vie simple du jeune couple (ce charbon qui s'immisce partout, ces eaux qui montent, le passage des saisons, la vie du village) et leur destin personnel . Extraordinaire évocation des sentiments, beau portrait du jeune couple, fantasmagorie du drame, ce court texte est un régal de lecture, superbement traduit.
Poétique, enfermée dans une vie, acculée à la folie, le remords l’accentuant-Atmosphère étouffante de crue de la Neva qui ne laisse nulle part où aller, des journées de plus en plus courtes.


