Je m'en vais - Cover

Je m'en vais

By Jean Echenoz

1999

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8.3/10

PM

Pierre Mouniq plans to do

Bribes : Je m’en vais, Echenoz à l'extérieur, tout est glace et lumineux. A l'intérieur tout est frisonnant et sombre. à faire sourire avec de la tristesse, à faire aimer avec de l'amertume, à faire rêver avec des contingences. S'il est du mal a en trouver , c'est qu'un aéroport n'existe pas en soi. Ce n'est qu'un lieu de passage, un sas, une fragile façade au milieu d'une plaine, un belvédère ceint de pistes ou bondissent des lapins à l'haleine chargée de kérosène, une plaque tournante infestée de courants d'air qui charrient une grande variété de corpuscules aux innombrables origines, grains de sable de tous les déserts, paillettes d'or et de mica de tous les fleuves, poussières volcaniques ou radioactives. pollens et virus, cendre de cigare et poudre de riz. Toujours en retard de plusieurs aspirateurs, cet atelier se présentait comme un terrier de célibataire, une planque de fugitif aux abois, un legs désaffecté pendant que les héritiers s'empoignent. Mieux vaut attendre le hasard d'une rencontre, surtout sans avoir l'air d'attendre non plus. Car c'est ainsi, dit-on, que naissent les grandes inventions : par le contact inopiné de deux produits poses par hasard, l'un à côté de l'autre, sur une paillasse de laboratoire. Certes encore faut-il qu'on les ait disposés, ces produits, l'un près de l'autre, même si l'on avait pas prévu de les associer. Encore faut-il qu'on les ait convoqués ensemble au même moment : preuve qu'ils avaient, bien avant qu'on le sut, quelque chose à voir entre eux. C'est la chimie, c'est ainsi. On va chercher très loin toutes sortes de molécules qu'on tente de combiner entre elles : rien. Du bout du monde on se fait expédier des échantillons : toujours rien. Et puis un jour, un faux mouvement, on bouscule deux objets qui traînaient depuis des mois sur la paillasse, éclaboussure inopinée, éprouvette renversée dans un cristallisoir, et aussitôt se produit la réaction qu'on espérait depuis plusieurs années. Ou par exemple on oublie des cultures dans un tiroir et hop : la pénicilline. Quoique très fatigué, peut être revenu de tout, Ferrer ne renonce pas à regarder passer les femmes si peu couvertes en cette saison, si désirables aussitôt que cela fait parfois presque mal, comme un fantôme de douleur dans le plexus. On est ainsi, parfois, tellement sollicité par le spectacle du monde qu'on en viendrait à oublier de penser à soi. Il aime le regard absent, un peu hautain, dominateur dont se parent les très belles mais il aime aussi le regard absent et légèrement hagard, crispé, plongé sur l'asphalte à leurs pieds, qu'adoptent les pas trop jolies quand elles sentent bien que depuis la terrasse d'un bar on les scrute avec insistance quand on a rien trouvé de mieux à faire et qu'on les juge, d'ailleurs, moins deplaisantes a voir qu'elles ne le croient.

Summary

Ce n'est pas tout de quitter sa femme, encore faut-il aller plus loin. Félix Ferrer part donc faire un tour au pôle Nord où l'attend, depuis un demi-siècle, un trésor enfoui dans la banquise.

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