Moi, Tituba sorcière...
1988
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Maryse Condé
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Summary
Fille de l'esclave Abena violée par un marin anglais à bord d'un vaisseau négrier, Tituba, née à la Barbade, est initiée aux pouvoirs surnaturels par Man Yaya, guérisseuse et faiseuse de sorts. Son mariage avec John Indien l'entraîne à Boston, puis au village de Salem au service du pasteur Parris. C'est dans l'atmosphère hystérique de cette petite communauté puritaine qu'a lieu le célèbre procès des sorcières de Salem en 1692. Tituba est arrêtée, oubliée dans sa prison jusqu'à l'amnistie générale qui survient deux ans plus tard. Là s'arrête l'histoire. Maryse Condé la réhabilite, l'arrache à cet oubli auquel elle avait été condamnée et, pour finir, la ramène à son pays natal, la Barbade au temps des Nègres marrons et des premières révoltes d'esclaves.
Avis et Commentaires
10 avisJe crois que j’ai trouvé mon autrice préférée Une écriture très poétique mais qui reste accessible, avec beaucoup de métaphores très parlantes et peu ampoulées Le sujet me touchait déjà beaucoup mais c’est vraiment un magnifique livre J’aime beaucoup la fin alternative Une belle représentation du vaudou qui contraste avec l’image diabolisée qui subsiste dans l’imaginaire collectif J’aime beaucoup le travail sur la manière dont la culture se transmet et évolue pour en former une nouvelle (de l’Afrique à la Barbade, de la Barbade aux États Unis…)
C’était super ! En connaissant maintenant toute l’histoire de Tituba selon Maryse Conde, je comprends plus clairement l’intitulé de l’exposition « Tituba, qui pour nous protéger » que je suis allé voir en novembre dernier. C’est vraiment à la fin du roman que cela prend tout son sens pour moi, Tituba avec tout ce qu’elle a vécu, deuils, indépendance, amour, esclavage, arracher de sa terre natale , violence, perte, trahison, condamnation injuste, finis à la fin de sa vie par devenir une Invisible comme Abena sa mère, Man Yaya, et Yao. Elle commence une nouvelle vie où elle veille sur son peuple dans sa précieuse terre natale. Bien qu’après sa mort elle aussi voit le temps qui passe moins contraignant qu’avant elle sait qu’en accompagnant son peuple dans cette nouvelle forme elle sera témoin du moment où leur recherche de liberté aboutira. Dans l’exposition, Tituba est figure de protection qui ayant connu le passé existe toujours et regarde la population noire vivre, utiliser leur souffrance ( personnelles ou générationelles ) comme résilience les amenant à chercher la liberté. Et pour ces artistes c’est part l’art qu’est raconté cette résilience. Son vécu résonnes avec les problématiques actuelles/modernes des population afrodescendante. Ça rend encore plus belle cette exposition. J’aurais aimé la voir en ayant en tête l’historie de Tituba par Maryse Conde. Pour en revenir au roman même, j’ai trouvé que c’était une histoire puissante sur le destin du jeune femme noire de Barbade. Ce que j’ai trouvé fort c’est que je me suis facilement identifiée à Tituba car elle n’était pas une esclave au depart, elle vivait libre auprès de Man Yaya. Il lui paraissait naturel de vivre sa vie comme bon lui semblait. De ne pas avoir à vivre sous les dictats de personnes qui se sentent supérieurs et la perçoive comme inférieur (parce que femme et parce que noire). Et une décision fait que tout ça vole en éclat lorsqu’elle décide de vivre avec homme, par amour (John Indien). C’était déroutant de voir qu’elle renonçait à sa liberté pour quelqu’un. Plusieurs fois j’ai trouvé que ces décision étaient irrationnelles et que comme les personnes qui veillaient sur elle ( Man Yaya et Abena) les hommes l’amenaient à sa perte. Mais c’est là que Tituba en devient plus proche d’une réel personne qui malgré la liberté qu’elle possédait, elle recherchait l’affection, l’amour ( qu’elle trouvait chez les hommes) qui lui a manqué en grandissant ( ayant vu sa mère se faire exécuté jeune). Tituba est bien humaine. Je dis ça en prenant du recul car ça m’a été très difficile de concevoir la rationalité de ses choix de vie. Ça fait écho avec ma personnalité qui peut être radicale dans le sens où si je suis témoins dans mon enfance d’événement qui mon ébranlé ( ici si j’étais Tituba, serait avoir vu comment ma mère était traité en tant que femme noire esclave) j’aurais tout fais pour ne pas avoir le risque de me retrouver dans sa situation qui a mit en péril sa liberté. Et je ne m’imaginais pas pouvoir être aussi passive à ce qu’on piétine cette liberté par amour. Faire d’énorme sacrifice par amour. Car aussi je n’ai pas connu ce type de sentiment donc j’imagine aujourd’hui que ce serait impossible mais je n’en ai enfaite aucune idée si une situation semblable m’arrivait. Donc au finale je ne peux juger Tituba. Son histoire de vie met davantage en avant le fait que sa condition de femme noir la condamne à être mal traité dans cette société. Cette société nauséabonde où les hommes blancs ont décrété qu’ils étaient les êtres supérieurs a tous les autres peuples en se permettant d’avoir le pouvoir de vie ou de mort sur ceux qu’ils considéraient comme inférieurs (cette part sombre de notre histoire). Et comme je l’ai dit auparavant, Tituba n’a pas grandit en tant qu’ esclave. Elle trouve donc très difficile d’adopter l’attitude qu’on attend des esclaves, Elle n’est pas naturellement docile car le fait de se soumettre comme telle, lui était inconnu. Cela joue une part important pour elle dans le fait d’être consterné par le fait de devoir courber l’échine et se soumettre. Dans ces conditions elle ne souhaitait pas faire naître un enfant. Elle a donc dus seule, sans soutient, et pas sans difficulté, se séparer du l’être grandissant dans son ventre. Bien que cela existe depuis des millénaires ( l’avortement), j’ai trouvé fort qu’elle agisse de la sorte. C’est elle qui a fait ce choix. J’ai retrouvé là, la Tituba de la Barbade maîtresse de son corps, d’elle même. Ses valeurs et principes semble là être différent de John Indien qui lui n’a aprioris pas de mal a se soumettre aux blancs et même a en jouer. Il a même été près a trahir TiTuba pour garder ce rôle qui n’éveille pas la colère des blancs. Ce qu’a vécu Tituba au delà de l’esclavage c’est aussi l’illustration du mépris des occidentaux pour la culture des populations mis en esclavage, le rejet et la diabolisation de ce qu’ils ne peuvent pas maitriser. Ici c’est tout qui touche au monde spirituelle que maitrise Tituba. À ce moment là elle a du pouvoir, elle est plus instruite et plus sensible qu’eux. Et n’ayant pas la capacité de le posséder ils le craignent. Et cette peur les poussent à même sous de faux prétexte à accuser à tort Tituba d’être une sorcière qui cherche à nuire aux autres. Cela ne rentre pas dans leur norme qu’ils ont imposé aux autres (christianisme notamment) donc c’est mal et punissable de mort. Tituba a existé et Maryse Conde a su insuffler à son histoire de vie une vision qui montre la résilience de Tituba. Elle met superbement en exergue sa condition de femme noire en nous permettant de nous identifier à elle. Incroyable histoire et incroyable plume.
Qu'est-ce qu'une sorcière ? Je m'apercevais que dans sa bouche, le mot était entaché d'opprobre. Comment cela? Comment? La faculté de communiquer avec les invisibles, de garder un lien constant avec les disparus, de soigner, de guérir n'est-elle pas une grâce supérieure de nature a inspirer respect, admiration et gratitude? En conséquence, la sorcière, si on veut nommer ainsi celle qui possède cette grâce, ne devrait-elle pas être choyée et révérée au lieu d'être crainte





