En attendant Godot
2014
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Samuel Beckett
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Summary
Pièce en deux actes pour cinq personnages écrite en français entre 1948 et 1949. Première publication aux Éditions de Minuit en 1952. « Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot, dont vous me faites l’honneur de donner des extraits au Club d’essai, et en même temps mes idées sur le théâtre. Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas. C’est admissible. Ce qui l’est sans doute moins, c’est d’abord, dans ces conditions, d’écrire une pièce, et ensuite, l’ayant fait, de ne pas avoir d’idées sur elle non plus. C’est malheureusement mon cas. Il n’est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s’ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce. Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l’ai écrite. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j’ai dû indiquer le peu que j’ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple. Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent. Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie. Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins. Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d’en voir l’intérêt. Mais ce doit être possible. Je n’y suis plus et je n’y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n’ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu’ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes. » (Samuel Beckett, Lettre à Michel Polac, janvier 1952)
Reviews and Comments
9 reviewsLa pièce met en scène deux personnages, Vladimir (Didi) et Estragon (Gogo), qui se retrouvent sur une route déserte, près d’un arbre. Ils attendent quelqu’un nommé Godot, sans vraiment savoir qui il est ni s’il viendra. Pendant cette attente, ils parlent pour passer le temps, se disputent, se réconcilient, évoquent leurs souvenirs, leurs douleurs physiques, leurs peurs, et envisagent même le suicide… sans jamais passer à l’acte. Deux autres personnages apparaissent : • Pozzo, un homme autoritaire, • Lucky, son serviteur, traité comme un esclave. À la fin de chaque acte, un enfant vient annoncer que Godot ne viendra pas aujourd’hui, mais sûrement demain. La pièce se termine exactement comme elle a commencé : Godot ne vient pas. Ils continuent d’attendre. ⸻ Pourquoi ce livre est-il reconnu et considéré comme majeur ? 1. Une œuvre fondatrice du théâtre de l’absurde Beckett rompt avec le théâtre traditionnel : • Pas de véritable intrigue • Pas d’évolution des personnages • Un temps circulaire • Des dialogues répétitifs, parfois vides de sens Cela reflète l’idée que la vie elle-même n’a pas de sens évident. ⸻ 2. Une métaphore de la condition humaine Godot peut représenter : • Dieu • L’espoir • Le sens de la vie • Le salut • L’amour • Ou simplement quelque chose qui donnerait un but à l’existence L’attente devient le cœur de l’existence humaine : nous attendons toujours « demain », « plus tard », « quand ça ira mieux ». ⸻ 3. Un mélange unique de tragique et de comique La pièce est souvent drôle (chutes, jeux de mots, situations absurdes), mais derrière l’humour se cache : • la solitude • la peur du vide • la répétition • l’angoisse du temps qui passe On rit… puis on se sent un peu mal à l’aise. ⸻ 4. Une œuvre ouverte à l’interprétation Beckett a refusé d’expliquer qui est Godot. Chaque lecteur ou spectateur y projette sa propre attente, ce qui rend l’œuvre universelle et intemporelle.
Encore plus plaisant à jouer qu'à lire



