
Supplément au Voyage de Bougainville
2021
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Denis Diderot
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Summary
À travers l’évocation d'une société tahitienne utopique, Diderot met en évidence le caractère paradoxal des lois qui s’imposent à l’être humain en société. Dans ce conte philosophique et moral, il tend à montrer que la religion et ses préceptes sont nuisibles à l’individu, à la société et au bien en général, parce qu’elle va à l’encontre de la nature. Le bonheur est lié à l’état de nature et à l’utopie de Tahiti, alors que les lois contradictoires de l’Europe empêchent les humains d’être heureux. Denis Diderot est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français du mouvement des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d'art, critique littéraire et traducteur. Son œuvre principale est L’Encyclopédie.
Avis et Commentaires
6 avisMagnifique recueil de contes et surtout d’une grande modernité. Diderot n’est pas une blague. Dans le premier conte, est exposé une histoire où un jeune homme délaisse sans aucune vergogne une jeune femme et celle-ci va en dépérir alors qu’elle a donné tout pour lui. C’est extrêmement bien écrit et avec le bon ton. Dans le deuxième conte (que j’ai encore plus aimé), c’est une question sur la moralité : une jeune femme avait prévenu son futur mari qu’elle ne supporterait pas une entrave à leur amour et qu’elle ne pourrait jamais excuser. Le début se passe bien mais il va malheureusement commettre un impair et se faire attraper. Elle retournera alors vivre chez sa mère avec leur enfant et y périra. Ce qui est assez intéressant de savoir est la manière dont cette histoire (un peu à la manière de La Princesse de Clèves) dépeint la moralité à son paroxysme d’une époque historique. Sauf que, se voulant moderne, Diderot retranscrit les paroles de personnages qui considèrent que se priver de la vie (parce qu’on parle clairement de cela) parce que votre mari n’a pas tenu parole est tout à fait ridicule. À méditer bien sur … Enfin, et c’est le fameux supplément au voyage de Bougainville, on y lit toute une réflexion sur la société moderne et sur tout les inconvénients superficiels qu’elle nous a créé. Diderot créée le contexte de cette réflexion en mettant en place un dialogue entre un homme d’église débarquant sur une île et un père de famille de cette île. Et ce qui est époustouflant, c’est la modernité et même l’avant-garde de son type de réflexion : rien n’a changé en 250 ans, et on ne s’est que enfoncé. Je trouve ça particulièrement impressionnant que c’était l’époque des premières découvertes et que malgré toute la justesse des pensées des Lumières, le racisme et le colonialisme n’étaient pas du tout leur combat, plutôt l’inverse. Ce qui m’a le plus marqué c’est la justesse de soulever qu’il y différentes types de règles qui veulent s’imposer dans nos sociétés européennes : celles de la nature, celles qui sont religieuses, et celles civiques. Sauf qu’elles sont très souvent en opposition, contraire. L’exemple pris des rapports sexuels est d’une grande acuité. Pourquoi imposer une culpabilité alors que c’est dans le « sens de la nature » ? De manière général est montré à quel point les règles de notre société moderne nous emprisonnent et ne font rien d’autre.
Lu en 2018





