Le dérèglement du monde
2009
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Amin Maalouf
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Summary
En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d’une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d’une longue pratique de l’irresponsabilité... L’humanité aurait-elle atteint son « seuil d’incompétence morale » ? Dans cet essai ample, l’auteur cherche à comprendre comment on en est arrivé là et comment on pourrait s’en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une « guerre des civilisations » qu’à l’épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l’Occident et le Monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d’espoir : la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune.
Avis et Commentaires
4 avis- les victoires trompeuses. Paradoxe à la chute de l’URSS : l’occident a imposé son modèle et par là même il a perdu. Faillite morale notamment. Discussion autour de la volonté et l’echec d’instaurer un modèle démocratique dans certains pays du monde arabe. Notamment : rejet total de l’argument « ces peuples n’étaient pas prêts -> c’est tout le contraire (exemple des élections massives en Irak malgré les risques d’attentats). Position nuancée sur les rapport coloniaux : position de puissance évidente mais pas de complaisance avec certains dictateurs. Exemple intéressant des Mandéens, civilisation millénaire sur le point de s’éteindre en Irak : monde arabe incapable de tolérer aujourd’hui ce qu’il tolérait il y a 50 ans ; monde occidentale où la barbarie n’est pas faite d’intolérance et d’obscurantisme mais d’arrogance et d’insensibilité. Dès qu’un gouvernement cherche à régler un problème, il le trouve relié à cent autres, qui relèvent de domaines différents, et qui se dérobent à son influence. Disgrâce de deux croyances opposées : d’abord le rôle de l’état après la chute de l’URSS. Mais le pendule est allé trop loin : il revient et l’on remet ajd en question la croyance à l’infaillibilité du marché. Partie 2 : Légitimités égarées - légitimité d’héritage (sunnites vs chiites) puis légitimité combattante. - exemple d’Atatürk en Turquie, suivi par Amanullah en Afghanistan et par Reza Kahn en Perse. - Rôle de Faycal : utopie d’un royaume arabe, accueillant par ailleurs les juifs en Palestine (document signé par lui et Weizmann, futur premier président israelien, en 1919). Mais les vainqueurs de la 1ere GM se partagent Syrie Liban (France), Palestine Transjordanie Irak (Angleterre). - proclamation Israël 1948. Défaite arabe 1949. En moins de 4 ans les signataires de l’armistice (Egypte, Jordanie, Syrie) perdent le pouvoir ou la vie. - comparaison Nasser vs Mandela sur l’importance des symboles. Notamment Mandela qui prend le the avec la veuve de son ancien ennemi - tentative de Nasser de créer un état arabe (avec la Syrie, l’Irak dont les capitales étaient les capitales historiques des omeyyades et des abbassides) en 1963. - paradoxe du Liban qui ne participe pas à la guerre contre Israël en 1967 (au contraire de l’Égypte la Syrie et la Jordanie), décision rationnelle mais qui a plongé le Liban dans une perte de légitimité et dans la tourmente politique. - paradoxe de la légitimité, à nouveau, avec Sadate qui réussit en oct 73 à repousser Israël (guerre du Kippour) mais qui rétrospectivement n’est pas vénéré comme Nasser. « Les peuples sont reconnaissants à celui qui leur offre l’épopée, le rêve, l’admiration des autres, et un brin d’orgueil. » - deux univers politiques parallèles depuis les échecs du nationalisme arabe et la chute du communisme : l’un apparent mais sans adhésion populaire, l’autre souterrain et disposant d’une popularité certaine, mais incapable d’assumer durablement les responsabilités du pouvoir. Les certitudes imaginaires - idée que la papauté est un élément qui a manqué à l’islam. L’existence d’une entité conservatrice permet d’enregistrer de manière irréversible le progrès. - « nous vivons une époque où chacun se sent contraint de faire flotter au vent l’étendard déployé de ses appartenances, et de signaler qu’il a bien vu l’étendard de ses interlocuteurs » - le passé est moins important pour les peuples « vainqueurs » qui n’en ont pas besoin pour conforter leur estime de soi. - Paris pascalien version changement climatique Épilogue - métaphore de l’alpinisme avec la tentation du précipice, de la paroi et du sommet.





