
La manche
2024
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Max de Paz
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Summary
"Je le sais, moi, que l’aumône est un tunnel infini, un cycle infernal où la manche d’aujourd’hui cultive celle de demain. Je sais que les pièces achètent notre calme, qu’il n’y a pas de plus grande gamelle à chien docile qu’un petit pot rempli de pièces. Mais il se trouve que je crève la dalle. J’ai faim, j’ai froid, je suis seul ; trio de malheur qui, depuis l’éternité, emporte violemment les sans-abri du monde dans le piège de ce cérémonial, le jeu de la petite monnaie glissant chaque jour de mains propres en mains sales, et lie fatalement le destin de mon cul à celui du trottoir. La manche m’attache au sol, m’installe et me ligote." Dans le cinquième arrondissement de Paris, un jeune homme nous parle. À seulement vingt ans, il vit à la rue. Sa famille s’est désintégrée après une série de malheurs et, depuis, il tente de survivre avec une bande de compagnons hauts en couleur. Ensemble, ils affrontent le regard des passants : ceux qui font semblant de ne pas les voir, qui ont mauvaise conscience ou témoignent du mépris. Un soir, le narrateur rencontre Élise, une SDF poète à ses heures. Les mots et les poèmes d’Élise éveillent chez lui le besoin de lutter. Il pressent, et il sait, que son monde doit changer.
Avis et Commentaires
12 avisProfondément bouleversant … Ce livre est impossible à lâcher, son écriture et son format le rendent palpitant, humain et attachant Mais surtout, ce qu’il y raconte transforme notre façon de voir les choses. Bien sûr, on peut tous s’imaginer à quoi ressemble la vie d’un sdf, mais on y pense pas plus que ça, et peut être volontairement. Ce livre, à travers un point de vue vraiment intéressant, nous permet de nous rendre compte de ce à quoi un sdf peut penser et ce qu’il peut faire durant ses longues journées. Comment, avec toute la bonne volonté du monde, il est impossible de ne pas en vouloir à ceux qui ont les moyens de vivre, à nous lecteurs. On nous désigne en coupables, car qui ceux qui vivent à la rue pourraient ils accuser d’autres ? De notre côté, nous ne faisons pas forcément attention à ces gens, car comment se comporter décemment avec eux ? Mais eux ne font que ça, nous observer, que pourraient ils faire d’autres ? Et évidemment que nous semblons méprisables (que nous sommes ?) En même temps, ce livre révèle une certaine impasse : il n’y a aucune bonne manière de se comporter avec un sdf, il aura toujours de bonnes raisons de nous mépriser. C’est quelque chose auquel je pense souvent, et auquel j’ai pu encore plus réfléchir grâce à ce livre. En effet, ignorer un sdf, c’est ignoble, c’est lui montrer qu’il n’est pas digne d’attention et que l’on préfère ne pas regarder la misère en face. Mais regarder un sdf, est ce mieux, sachant qu’il est impossible d’avoir une bonne attitude avec lui ? On aura beau être gentil avec lui, soit on le regarde avec pitié, ce qui est irrespectueux et met de la distance entre nous, soit on le regarde d’un air cool comme si sa situation était normale, alors qu’elle ne l’est pas, et c’est alors encore un moyen de ne pas s’avouer la misère qui existe. Comme si la seule personne avec qui un sdf pouvait parler sincèrement, c’est avec un sdf. Et pour ce qui est de donner une pièce, comme il est si bien expliqué dans le livre, c’est un peu un moyen de s’acheter une conscience et de ne pas remettre réellement en cause le système qui fait que tant de gens vivent dans la rue. Au fur et à mesure de la lecture du livre, j’ai eu l’impression que le personnage devenait de plus en plus fou, par exemple en se contredisant ou en parlant de lui à la deuxième personne jusqu’à devenir réellement violent, ce qui m’a semblé particulièrement intéressant : on ne peut pas résister à la folie et à la violence dans la rue, même avec toute la bonne volonté du monde. Quand on est à ce point rejeté, la violence, c’est aussi la survie contre un monde hostile.
Coup de cœur! 1) C’est ecrit comme on parle avec absence de la négation “ne” pour indiquer la jeunesse du narrateur, son manque de culture et sa naïveté, malgré tout, il a des valeurs: P13 « Il essaie de sourire aux passants et d’être toujours plus poli que poli mais ça prend pas comme il est noir et qu’il lit pas. C’est fou comme les gens choisissent leurs pauvres. » Le narrateur s’adresse au lecteur comme pour lui expliquer comment survivre dans la rue “Vous connaissez rien à la loi des spots donc je vais vous l’apprendre” p71 2) Une phrase presque parfaite, ce style que j’aime où à travers les mots on resent toute l’ambiance du décors: les sons, l’odeur et l’embarras, d’autres détails qu’on imagine mais qui ne sont pas décrits: P24 “ Chaque soir…T’as tout gâché Jonas.” 3) Le comique tragique: P45: “ Figé….nous mendier quelque chose à nous…” L’homme-poule de la Coline et le final de la page 56:”on va se contenter d’une bière.” P86: “ceux qui promènent leur tenues d’astronautes…. Quatre mois.” 4) Politiquement engagé P65 “Le pire c’est en période d’élections…. Là je suis bourré.” 5) Les fin de chapitres sont implacables presque systématiquement: p70 “J’ai jeté le portable à la Seine.” 6) Parfois c’est dur à lire: P109 “ La poubelle…J’ai fini les frites!”
Histoire d’un jeune SDF émouvante mais terminant bizarrement
L auteur se met à la place des sdf. Terrible description de leurs conditions de vie. Belle écriture
La vie d un clochard dans Paris : un quotidien saisissant
Un premier court roman incisif mais aussi tendre et parfois drôle sur les sans-abris, c’est ce que nous offre ce jeune auteur dans un style tellement mature. Il met le lecteur dans la peau du passant face à celui qui fait l’aumône et nous confirme l’urgence de la situation que nous vivons. Des passages amusants, d’autres émouvants nous permettent d’appréhender plus facilement cette souffrance et cette violence que vivent ces sans-abris au quotidien.
