Bleu. Histoire d'une couleur
2016
•
Michel Pastoureau
Maurice Bargy a noté 7/10
Cette couleur, pourtant largement présente dans la nature, depuis la naissance de la terre, est une couleur que l’être humain a reproduite fabriquée et maîtrisée difficilement et tardivement. On s’accorde à situer entre le sixième et le quatrième millénaire avant notre ère, les premières activités de teinture sur support textile. Les peintures corporelles et la teinture de certaines matière végétale sont plus anciennes. Et les premiers fragments de tissus, parvenus jusqu’à nos jours ne sont pas européens, mais asiatiques et africains. En Europe, il faut attendre la fin du quatrième millénaire avant notre ère pour recueillir les premiers témoignages. Cette primauté du rouge semble remonter très haut bien en amont de l’époque romaine. Elle constitue une donnée à anthropologique première et explique sans doute pourquoi dans la plupart des sociétés indo européennes, le blanc a longtemps eu deux contraire : le rouge et le noir, ces trois couleurs constituant trois pôles autour desquels jusqu’en plein Moyen Âge, se sont organisés, tous les codes sociaux et la plupart des systèmes de représentation construits sur la couleur. Dans ce système à trois pôles, pas de place pour le bleu ; ni du reste pour le jaune, ni pour le vert. Les Celtes et les Germains utilisent la guède plante crucifère, poussant à l’état sauvage sur des sols, humides ou argileux dans de nombreuses régions de l’Europe tempérée. Le principe colorant réside essentiellement dans les feuilles, mais les les opérations nécessaires pour obtenir la teinture bleue sont longues complexes. La teinture à l’indigo est connue depuis le néolithique dans les régions, où pousse l’arbuste ; elle y favorise la vogue des bleus dans l’étoffe et le vêtement. Les peuples de la Bible s’en servent bien avant la naissance du Christ, mais c’est un produit cher ; il n’est utilisé que pour les étoffes de qualité. Les roumains, comme avant eux, les Grecs, connaissent l’indigo asiatique. Ils le distinguent nettement de la guède des Celtes et des Germains et savent que c’est une teinture puissante qui vient des Indes. Mais ils ignorent la nature végétale de ce produit et croient qu’il s’agit d’une pierre parce que l’indigo arrive d’Orient, sous forme de blocs compacts, résultant du broyage en une pâte que l’on a fait sécher. Comme l’indigo, le lapis-lazuli vient d’Orient. C’est une pierre très dure, considérée comme semi précieuse. Les anciens prenaient ces veinules pour de l’or, ce qui augmenté le prestige et le prix de la Pierre. La Pierre valait très cher, non seulement parce qu’elle était difficile à trouver et qu’elle venait de loin, mais aussi parce que son extraction demandait en raison de sa dureté, un travail très long. Moins coûteuse est l’azurite, le pigment bleu le plus utilisé dans l’Antiquité classique et le monde médiéval. Il ne s’agit pas d’une pierre mais d’un minerai, fait d’un carbonate basique de cuivre, des bleus sont moins beaux. Broyé très finement, il perd sa couleur et devient pâle. Broyé trop gros, il se mêle difficilement à un liant et donne une peinture granuleuse. Pour les Romains, le bleu est la couleur des Barbares, Celtes et Germains. À Rome, se vêtir de bleu est dévalorisant, excentrique ou bien signe de deuil. Chez la femme c’est la marque d’une nature peu vertueuse et chez l’homme un trait efféminé, barbare ou ridicule. Même le christianisme qui voue un culte privilégié au ciel et à la lumière divine ne parvient pas à mettre fin à la primauté absolue du rouge, blanc et noir. Pendant plus d’un millénaire, le bleu est absent de l’église et du culte chrétien. Dans les premiers temps du christianisme, on observe une prédominance du blanc ou des vêtements non teints. Puis le blanc semble réservé à la fête de Pâques. Teindre en blanc est très difficile, le tissu devient bis, jaune ou écru. Chez les grands liturgiques, le blanc évoque l’innocence et la pureté, le noir l’abstinence et la pénitence et le rouge le sang versé par et pour le Christ, le martyre et le sacrifice. Le bleu n’existe pas. Le blanc, symbole de pureté est utilisé pour les fêtes des anges, des vierges, Noël, L’Epiphanie, Pâques et Toussaint. Le rouge s’emploie pour les fêtes de la Sainte Croix et la Pentecôte. Le noir pour les messes des défunts, le Carême. À l’époque paléo chrétienne, le bleu est employé dans la mosaïque. Il existe des prélats chromophiles qui assimilent couleur et lumière et des prélats chromophobes qui assimilent la couleur et la matière. Parmi les 1ers, Suger fait rebâtir son église abbatiale de Saint Denis et accorde à la couleur une place considérable. Pour lui, rien n’est trop beau pour la maison de Dieu. Le bleu joue un rôle essentiel qui est lumière divine et céleste. Parmi les chromophobes il y a Bernard de Clairvaux pour qui le bleu est matière, une enveloppe qu’il faut chasser du temple. Marie, en effet, n’a pas toujours été habillée du bleu. Il faut même attendre le XIIe siècle pour que dans la peinture occidentale, elle soit prioritairement associée à cette couleur, et que celle-ci devienne un de ses attributs obligés: le bleu prend désormais place soit sur son manteau soit sur sa robe. Marie peut être vêtue de n’importe quelle couleur, mais il s’agit presque toujours d’une couleur sombre : noir, gris, brun, violet. La Vierge porte le deuil de son fils mort sur la croix. L’extraordinaire, développement du culte marial assure la promotion de ce nouveau bleu, et l’étend rapidement à tous les domaines de la création artistique. C’est à l’horizon des années 1140, que les prêtres verriers mettent au point le célèbre bleu de Saint-Denis, lié à la reconstruction de l’église abbatiale. Quelques années plus tard, lorsque les hommes et les techniques du chantier de Saint-Denis, se déplacent vers l’ouest, ce bleu devient à la fois le bleu de Chartres et le bleu du Mans. Ce bleu verrier exprime une conception nouvelle du ciel et de la lumière, le bleu gothique de la Sainte-Chapelle vers 1250 n’a plus grand rapport avec le bleu roman de Chartres, posé sur les verrières près d’un siècle plus tôt. Cependant, à partir de l’adoption du dogme de l’Immaculée Conception, dogme définitivement reconnu par le pape Pie IX en 1854, la couleur iconographique de la vierge devient le blanc, symbole pureté de Virginité. Dès lors, pour la première fois depuis, les temps, les plus anciens du christianisme, la couleur iconographique de Marie et sa couleur liturgique sont enfin identiques : le blanc. Dans la liturgie en effet, depuis le Ve siècle pour certains diocèses et depuis le pontificat d’Innocent III pour une bonne partie de la chrétienté romaine, les fêtes de la Vierge sont associées à la couleur blanche. Le roi capétien, est à cette époque, le seul souverain d’Occident, qui porte du bleu dans ses armoiries. Cette couleur, qui fut d’abord dynastique, avant de devenir strictement héraldique, a probablement été choisie quelques décennies, plus tôt en hommage à la Vierge, protectrice du royaume de France et de la monarchie capétienne. Suger et Saint-Bernard ont certainement joué un rôle décisif dans ce choix, comme du reste dans celui de la fleur de lys. D’autant que sur les étoffes, les progrès des techniques teinctoriale réalisés réalisés à partir des années 1200 permettent désormais la fabrication d’un bleu clair et lumineux, au lieu des bleus ternes, grisâtres ou délavés des siècles précédents, les premiers rois, telles Saint-Louis, ou Henri III d’Angleterre, commencent à se Vêtir de bleu, ce que les souverains du XIIe siècle n’auraient sans doute jamais fait. Ces rois sont rapidement imité par leur entourage et même par le roi Arthur, le principal roi légendaire, né de l’imagination médiévale. La vogue nouvelle des tons bleu à partir du XIIIe siècle, est favorisée par les progrès des teintures et par le développement de la culture de la guède. Il s’agit d’une plante crucifère qui pousse à l’état sauvage. Le principe colorant réside essentiellement de ses feuilles. Les opérations nécessaires pour obtenir le colorant bleu sont longues et complexe. Les feuilles sont d’abord cueillies et broyées à la meule pour obtenir une pâte homogène qu’on laisse fermenter deux ou trois semaines. Travail long, délicat, salissant, nauséabond, nécessitant une main-d’œuvre spécialisée. C’est pourquoi le pastel est un produit cher, même si la guède pousse facilement sur de nombreux terroirs. Les années 1220, 1240, sa région. Picardie Normandie Lombardie sont spécialisés dans la culture de la guède. Plus tard, c’est le Languedoc et Toulouse. Mais cette opulence ne durera pas. La culture de la guède et le commerce du pastel sont peu à peu ruinés par l’arrivée en Europe de l’indigo des Antilles. À partir du milieu du XIVe siècle, le bleu entre en Occident, dans une nouvelle phase de son histoire. Couleur promue, couleur mariale, couleur royale, il est désormais non seulement rival du rouge, mais aussi du noir, dont la vogue dans le vêtement devient considérable. Cette nouvelle concurrence profite pleinement au bleu. De royal et Marial il devient aussi comme le noir, moral. Indirectement et progressivement, cette promotion, profite au bleu au détriment du rouge. Tout commence autour des années 1373, 1280. Les teinturiers parviennent en une ou deux décennies à faire ce dont ils avaient été incapables pendant de longs siècles : teindre les draps de laine, dans de très beaux tons de noir, des noirs, denses, solides et brillants. La raison d’être des lois somptuaires et triple : limiter dans toutes les classes et catégories sociales, les dépenses concernant le vêtement et ses accessoires, car ce sont des investissements improductifs. Il s’agit de mettre un frein à ces dépenses ruineuses à l’endettement permanent, au luxe ostentatoire. Il s’agit aussi de prévenir la hausse des prix, de réorienter l’économie, de stimuler la production locale, de freiner l’importation des produits de luxe venus de loin. Ensuite, une raison éthique : maintenir une tradition chrétienne, de modestie et de vertu. Ces lois sont toutes hostiles aux changements et aux innovations, qui perturbent l’ordre établi et transgressent les bonnes mœurs. C’est pourquoi, elles sont souvent dirigées contre les jeunes, contre les femmes, deux catégories sociales qui recherchent le plaisir de la nouveauté. Enfin, et surtout, une raison idéologique : instaurer une ségrégation par le vêtement, chacun devant porter celui de son sexe, de son état, de sa dignité ou de son rang. Plusieurs prélats, et un grand nombre de théologiens pensent que la couleur c’est de la lumière. Il est donc licite, et même conseiller, détendre dans l’église, la place réservée à la couleur, non seulement pour dissiper les ténèbres, mais aussi pour faire une place plus large au divin. Mais d’autres prélats sont hosties à la couleur, en laquelle ils voient de la matière et n’ont pas de la lumière. Dans les pays d’empire, en Pologne, Bohême, en Italie en Espagne, la couleur reste pesamment présente dans les cathédrales les plus riches, la place de l’or, se fait même envahissante et le luxe du décor fait écho à celui du culte et du vêtement. Différents mouvement s’insurgent contre la richesse ostentatoire de l’or, de la couleur et des images dans les églises. Le début de la réforme protestante ne se situe pas au moment où les églises d’Occident ont été le plus chargées de couleurs. Les protestants vitupèrent contre ceux qui construisent des temples, semblables à des palais, y percent des fenêtres, les revêtent de cèdre. La couleur rouge est celle qui symbolise au plus haut point, le luxe et le péché. Elle ne renvoie plus au sang du Christ, mais à la folie des hommes. Pour tous, le temple doit conduire les fidèles à la sainteté, et donc être simple, harmonieux, sans mélange. Dès lors, il n’y a plus de place pour les couleurs liturgiques telles que les emploie, l’église romaine. Pour la réforme, le vêtement est toujours plus ou moins signe de honte et de pêché. il est lié à la chute, et l’une de ses principales fonctions et de rappeler à l’homme, sa déchéance. C’est pourquoi il doit être signe d’humidité et donc se faire sobre, simple, discret. Pour Calvin, se parer est une pureté, se farder une obscénité, se déguiser une abomination. À la fin du XVIIe siècle, et tout au long du XVIIIe siècle, la vogue de nouveaux tons de bleu dans l’étoffe et le vêtement est en grande partie du à l’emploi de l’indigo, matière colorante exotique, connue depuis très longtemps, mais dont les autorités de plusieurs villes freinaient l’importation où l’utilisation afin de ne pas nuire à la production indigène de guède. l’indigo est tiré des feuilles d’un arbuste dont il existe de nombreuses variétés, mais dont aucune ne pousse en Europe :l’indigotier. Les Romains, comme eux avant les Grecs, connaissez l’indigo. Ils savent que c’est une matière colorante efficace qui vient des Indes. Ils ignorent la nature végétale de ce produit et croient qu’il s’agit d’une Pierre. Cette croyance va perdurer en occident jusqu’au XVIe siècle. Auparavant, l’indigo des aides arrive en Occident, sous forme de blocs très compacts, résultant du broyage des feuilles en une pâte que l’on a fait sécher. Des fortunes considérables se bâtir entièrement sur la production et le commerce du pastel. Cependant, cette prospérité ne durera qu’un temps. Elle commence à être menacée par les importations de plus en plus abondantes de l’indigo des Indes. Les marchands italiens. Ça donne aux grands commerces avec Lorient et profite de la mode aristocratique des draps et des vêtements bleus pour tenter d’imposer ce produit exotique. Dans un premier temps, les pasteliers et guediers demandent et obtiennent des autorités royales qu’interdiction soit faite aux teinturiers d’employer l’indigo des Indes qui risque de ruiner la production locale de la guède. quelques décennies plus tard, le Pascal européen va peu à peu céder la place à l’indigo américain dans l’atelier des teinturier. L’Espagne est la première intéressé par cette mutation qui source de richesse considérable d’Italie, ne produit plus de pastel. Indigo du Nouveau Monde, et en effet le produit d’une culture de plus en plus souvent esclavagiste ; ce qui, malgré la traversée de l’océan, font son prix de revient moins élevé que celui du pastel européen, il devient impossible de lutter contre une telle concurrence, d’autant que le meilleur des pastels a un pouvoir colorant plus faible que le plus meilleur des indigos. en France, plusieurs édits royaux interdisent sous peine de mort l’emploi de l’indigo comme teinture. En 1737, la culture de la guède disparaît d’Allemagne, et cède la place à l’indigo, ce produit exotique, redoutable, ment, efficace. dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la teinture à l’indigo est générale dans toute l’Europe. Elle fournit en outre une grande variété de bleue profond et solide, résistant efficacement aux lessives et aux effets du soleil. en 1709 fait mise au point à Berlin, une couleur artificielle qui permet dans la gamme des bleues et des verts, des poisses, dont on avait été incapables pendant des siècles : le bleu de Prusse cette couleur fut découverte au hasard et produite avec du carbonate de potasse frelaté. Le drapeau rouge n’a jamais été un emblème de la France, mais il fallait bien le devenir au moins deux reprises lors de la célèbre journée insurrectionnelle du 25 février 1848, au cours de laquelle Lamartine sauva de justesse le drapeau des colons, Laure et ensuite au printemps, 1871, pendant la commune de Paris. le 17 juillet 17191 le roi qui avait tenté de fuir vers l’étranger vient d’être arrêté à Varennes et reconduit à Paris sur le champ de Mars. Une pétition républicaine est déposée pour demander sa destitution. La foule est agitée. Le rassemblement semble tourner à l’émeute, l’ordre est menacé, la mairie de Paris fait hisser le drapeau rouge. Mais avant que la foule n’ait le temps de se disperser, les gardes nationaux tirent sans sommation et font une cinquantaine de morts qui deviennent des martyrs de la révolution. Le 24 février février 1848, le drapeau rouge et bandit par des insurgés parisiens qui programme la république, l’un des insurgés, parlant au nom de la foule, demande l’adoption, officielle du drapeau rouge, symbole de la misère du peuple et rupture avec le passé. C’est Lamartine membre du gouvernement provisoire, et ministre des affaires étrangères prononce deux discours célèbres et retourne l’opinion en faveur du drapeau tricolore.
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Summary
Bleu L'histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d'un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l'œil. Or aujourd'hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge). L'ouvrage de Michel Pastoureau raconte l'histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu'à l'époque moderne. Il analyse également le triomphe du bleu à l'époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations et s'interroge sur son avenir. Michel Pastoureau Historien, spécialiste des couleurs, des images et des symboles, il est directeur d'études à l'École pratique des hautes études. Il a notamment publié L'Étoffe du diable, Le Petit Livre des couleurs (avec Dominique Simonnet) et Noir.
Avis et Commentaires
4 avisCette couleur, pourtant largement présente dans la nature, depuis la naissance de la terre, est une couleur que l’être humain a reproduite fabriquée et maîtrisée difficilement et tardivement. On s’accorde à situer entre le sixième et le quatrième millénaire avant notre ère, les premières activités de teinture sur support textile. Les peintures corporelles et la teinture de certaines matière végétale sont plus anciennes. Et les premiers fragments de tissus, parvenus jusqu’à nos jours ne sont pas européens, mais asiatiques et africains. En Europe, il faut attendre la fin du quatrième millénaire avant notre ère pour recueillir les premiers témoignages. Cette primauté du rouge semble remonter très haut bien en amont de l’époque romaine. Elle constitue une donnée à anthropologique première et explique sans doute pourquoi dans la plupart des sociétés indo européennes, le blanc a longtemps eu deux contraire : le rouge et le noir, ces trois couleurs constituant trois pôles autour desquels jusqu’en plein Moyen Âge, se sont organisés, tous les codes sociaux et la plupart des systèmes de représentation construits sur la couleur. Dans ce système à trois pôles, pas de place pour le bleu ; ni du reste pour le jaune, ni pour le vert. Les Celtes et les Germains utilisent la guède plante crucifère, poussant à l’état sauvage sur des sols, humides ou argileux dans de nombreuses régions de l’Europe tempérée. Le principe colorant réside essentiellement dans les feuilles, mais les les opérations nécessaires pour obtenir la teinture bleue sont longues complexes. La teinture à l’indigo est connue depuis le néolithique dans les régions, où pousse l’arbuste ; elle y favorise la vogue des bleus dans l’étoffe et le vêtement. Les peuples de la Bible s’en servent bien avant la naissance du Christ, mais c’est un produit cher ; il n’est utilisé que pour les étoffes de qualité. Les roumains, comme avant eux, les Grecs, connaissent l’indigo asiatique. Ils le distinguent nettement de la guède des Celtes et des Germains et savent que c’est une teinture puissante qui vient des Indes. Mais ils ignorent la nature végétale de ce produit et croient qu’il s’agit d’une pierre parce que l’indigo arrive d’Orient, sous forme de blocs compacts, résultant du broyage en une pâte que l’on a fait sécher. Comme l’indigo, le lapis-lazuli vient d’Orient. C’est une pierre très dure, considérée comme semi précieuse. Les anciens prenaient ces veinules pour de l’or, ce qui augmenté le prestige et le prix de la Pierre. La Pierre valait très cher, non seulement parce qu’elle était difficile à trouver et qu’elle venait de loin, mais aussi parce que son extraction demandait en raison de sa dureté, un travail très long. Moins coûteuse est l’azurite, le pigment bleu le plus utilisé dans l’Antiquité classique et le monde médiéval. Il ne s’agit pas d’une pierre mais d’un minerai, fait d’un carbonate basique de cuivre, des bleus sont moins beaux. Broyé très finement, il perd sa couleur et devient pâle. Broyé trop gros, il se mêle difficilement à un liant et donne une peinture granuleuse. Pour les Romains, le bleu est la couleur des Barbares, Celtes et Germains. À Rome, se vêtir de bleu est dévalorisant, excentrique ou bien signe de deuil. Chez la femme c’est la marque d’une nature peu vertueuse et chez l’homme un trait efféminé, barbare ou ridicule. Même le christianisme qui voue un culte privilégié au ciel et à la lumière divine ne parvient pas à mettre fin à la primauté absolue du rouge, blanc et noir. Pendant plus d’un millénaire, le bleu est absent de l’église et du culte chrétien. Dans les premiers temps du christianisme, on observe une prédominance du blanc ou des vêtements non teints. Puis le blanc semble réservé à la fête de Pâques. Teindre en blanc est très difficile, le tissu devient bis, jaune ou écru. Chez les grands liturgiques, le blanc évoque l’innocence et la pureté, le noir l’abstinence et la pénitence et le rouge le sang versé par et pour le Christ, le martyre et le sacrifice. Le bleu n’existe pas. Le blanc, symbole de pureté est utilisé pour les fêtes des anges, des vierges, Noël, L’Epiphanie, Pâques et Toussaint. Le rouge s’emploie pour les fêtes de la Sainte Croix et la Pentecôte. Le noir pour les messes des défunts, le Carême. À l’époque paléo chrétienne, le bleu est employé dans la mosaïque. Il existe des prélats chromophiles qui assimilent couleur et lumière et des prélats chromophobes qui assimilent la couleur et la matière. Parmi les 1ers, Suger fait rebâtir son église abbatiale de Saint Denis et accorde à la couleur une place considérable. Pour lui, rien n’est trop beau pour la maison de Dieu. Le bleu joue un rôle essentiel qui est lumière divine et céleste. Parmi les chromophobes il y a Bernard de Clairvaux pour qui le bleu est matière, une enveloppe qu’il faut chasser du temple. Marie, en effet, n’a pas toujours été habillée du bleu. Il faut même attendre le XIIe siècle pour que dans la peinture occidentale, elle soit prioritairement associée à cette couleur, et que celle-ci devienne un de ses attributs obligés: le bleu prend désormais place soit sur son manteau soit sur sa robe. Marie peut être vêtue de n’importe quelle couleur, mais il s’agit presque toujours d’une couleur sombre : noir, gris, brun, violet. La Vierge porte le deuil de son fils mort sur la croix. L’extraordinaire, développement du culte marial assure la promotion de ce nouveau bleu, et l’étend rapidement à tous les domaines de la création artistique. C’est à l’horizon des années 1140, que les prêtres verriers mettent au point le célèbre bleu de Saint-Denis, lié à la reconstruction de l’église abbatiale. Quelques années plus tard, lorsque les hommes et les techniques du chantier de Saint-Denis, se déplacent vers l’ouest, ce bleu devient à la fois le bleu de Chartres et le bleu du Mans. Ce bleu verrier exprime une conception nouvelle du ciel et de la lumière, le bleu gothique de la Sainte-Chapelle vers 1250 n’a plus grand rapport avec le bleu roman de Chartres, posé sur les verrières près d’un siècle plus tôt. Cependant, à partir de l’adoption du dogme de l’Immaculée Conception, dogme définitivement reconnu par le pape Pie IX en 1854, la couleur iconographique de la vierge devient le blanc, symbole pureté de Virginité. Dès lors, pour la première fois depuis, les temps, les plus anciens du christianisme, la couleur iconographique de Marie et sa couleur liturgique sont enfin identiques : le blanc. Dans la liturgie en effet, depuis le Ve siècle pour certains diocèses et depuis le pontificat d’Innocent III pour une bonne partie de la chrétienté romaine, les fêtes de la Vierge sont associées à la couleur blanche. Le roi capétien, est à cette époque, le seul souverain d’Occident, qui porte du bleu dans ses armoiries. Cette couleur, qui fut d’abord dynastique, avant de devenir strictement héraldique, a probablement été choisie quelques décennies, plus tôt en hommage à la Vierge, protectrice du royaume de France et de la monarchie capétienne. Suger et Saint-Bernard ont certainement joué un rôle décisif dans ce choix, comme du reste dans celui de la fleur de lys. D’autant que sur les étoffes, les progrès des techniques teinctoriale réalisés réalisés à partir des années 1200 permettent désormais la fabrication d’un bleu clair et lumineux, au lieu des bleus ternes, grisâtres ou délavés des siècles précédents, les premiers rois, telles Saint-Louis, ou Henri III d’Angleterre, commencent à se Vêtir de bleu, ce que les souverains du XIIe siècle n’auraient sans doute jamais fait. Ces rois sont rapidement imité par leur entourage et même par le roi Arthur, le principal roi légendaire, né de l’imagination médiévale. La vogue nouvelle des tons bleu à partir du XIIIe siècle, est favorisée par les progrès des teintures et par le développement de la culture de la guède. Il s’agit d’une plante crucifère qui pousse à l’état sauvage. Le principe colorant réside essentiellement de ses feuilles. Les opérations nécessaires pour obtenir le colorant bleu sont longues et complexe. Les feuilles sont d’abord cueillies et broyées à la meule pour obtenir une pâte homogène qu’on laisse fermenter deux ou trois semaines. Travail long, délicat, salissant, nauséabond, nécessitant une main-d’œuvre spécialisée. C’est pourquoi le pastel est un produit cher, même si la guède pousse facilement sur de nombreux terroirs. Les années 1220, 1240, sa région. Picardie Normandie Lombardie sont spécialisés dans la culture de la guède. Plus tard, c’est le Languedoc et Toulouse. Mais cette opulence ne durera pas. La culture de la guède et le commerce du pastel sont peu à peu ruinés par l’arrivée en Europe de l’indigo des Antilles. À partir du milieu du XIVe siècle, le bleu entre en Occident, dans une nouvelle phase de son histoire. Couleur promue, couleur mariale, couleur royale, il est désormais non seulement rival du rouge, mais aussi du noir, dont la vogue dans le vêtement devient considérable. Cette nouvelle concurrence profite pleinement au bleu. De royal et Marial il devient aussi comme le noir, moral. Indirectement et progressivement, cette promotion, profite au bleu au détriment du rouge. Tout commence autour des années 1373, 1280. Les teinturiers parviennent en une ou deux décennies à faire ce dont ils avaient été incapables pendant de longs siècles : teindre les draps de laine, dans de très beaux tons de noir, des noirs, denses, solides et brillants. La raison d’être des lois somptuaires et triple : limiter dans toutes les classes et catégories sociales, les dépenses concernant le vêtement et ses accessoires, car ce sont des investissements improductifs. Il s’agit de mettre un frein à ces dépenses ruineuses à l’endettement permanent, au luxe ostentatoire. Il s’agit aussi de prévenir la hausse des prix, de réorienter l’économie, de stimuler la production locale, de freiner l’importation des produits de luxe venus de loin. Ensuite, une raison éthique : maintenir une tradition chrétienne, de modestie et de vertu. Ces lois sont toutes hostiles aux changements et aux innovations, qui perturbent l’ordre établi et transgressent les bonnes mœurs. C’est pourquoi, elles sont souvent dirigées contre les jeunes, contre les femmes, deux catégories sociales qui recherchent le plaisir de la nouveauté. Enfin, et surtout, une raison idéologique : instaurer une ségrégation par le vêtement, chacun devant porter celui de son sexe, de son état, de sa dignité ou de son rang. Plusieurs prélats, et un grand nombre de théologiens pensent que la couleur c’est de la lumière. Il est donc licite, et même conseiller, détendre dans l’église, la place réservée à la couleur, non seulement pour dissiper les ténèbres, mais aussi pour faire une place plus large au divin. Mais d’autres prélats sont hosties à la couleur, en laquelle ils voient de la matière et n’ont pas de la lumière. Dans les pays d’empire, en Pologne, Bohême, en Italie en Espagne, la couleur reste pesamment présente dans les cathédrales les plus riches, la place de l’or, se fait même envahissante et le luxe du décor fait écho à celui du culte et du vêtement. Différents mouvement s’insurgent contre la richesse ostentatoire de l’or, de la couleur et des images dans les églises. Le début de la réforme protestante ne se situe pas au moment où les églises d’Occident ont été le plus chargées de couleurs. Les protestants vitupèrent contre ceux qui construisent des temples, semblables à des palais, y percent des fenêtres, les revêtent de cèdre. La couleur rouge est celle qui symbolise au plus haut point, le luxe et le péché. Elle ne renvoie plus au sang du Christ, mais à la folie des hommes. Pour tous, le temple doit conduire les fidèles à la sainteté, et donc être simple, harmonieux, sans mélange. Dès lors, il n’y a plus de place pour les couleurs liturgiques telles que les emploie, l’église romaine. Pour la réforme, le vêtement est toujours plus ou moins signe de honte et de pêché. il est lié à la chute, et l’une de ses principales fonctions et de rappeler à l’homme, sa déchéance. C’est pourquoi il doit être signe d’humidité et donc se faire sobre, simple, discret. Pour Calvin, se parer est une pureté, se farder une obscénité, se déguiser une abomination. À la fin du XVIIe siècle, et tout au long du XVIIIe siècle, la vogue de nouveaux tons de bleu dans l’étoffe et le vêtement est en grande partie du à l’emploi de l’indigo, matière colorante exotique, connue depuis très longtemps, mais dont les autorités de plusieurs villes freinaient l’importation où l’utilisation afin de ne pas nuire à la production indigène de guède. l’indigo est tiré des feuilles d’un arbuste dont il existe de nombreuses variétés, mais dont aucune ne pousse en Europe :l’indigotier. Les Romains, comme eux avant les Grecs, connaissez l’indigo. Ils savent que c’est une matière colorante efficace qui vient des Indes. Ils ignorent la nature végétale de ce produit et croient qu’il s’agit d’une Pierre. Cette croyance va perdurer en occident jusqu’au XVIe siècle. Auparavant, l’indigo des aides arrive en Occident, sous forme de blocs très compacts, résultant du broyage des feuilles en une pâte que l’on a fait sécher. Des fortunes considérables se bâtir entièrement sur la production et le commerce du pastel. Cependant, cette prospérité ne durera qu’un temps. Elle commence à être menacée par les importations de plus en plus abondantes de l’indigo des Indes. Les marchands italiens. Ça donne aux grands commerces avec Lorient et profite de la mode aristocratique des draps et des vêtements bleus pour tenter d’imposer ce produit exotique. Dans un premier temps, les pasteliers et guediers demandent et obtiennent des autorités royales qu’interdiction soit faite aux teinturiers d’employer l’indigo des Indes qui risque de ruiner la production locale de la guède. quelques décennies plus tard, le Pascal européen va peu à peu céder la place à l’indigo américain dans l’atelier des teinturier. L’Espagne est la première intéressé par cette mutation qui source de richesse considérable d’Italie, ne produit plus de pastel. Indigo du Nouveau Monde, et en effet le produit d’une culture de plus en plus souvent esclavagiste ; ce qui, malgré la traversée de l’océan, font son prix de revient moins élevé que celui du pastel européen, il devient impossible de lutter contre une telle concurrence, d’autant que le meilleur des pastels a un pouvoir colorant plus faible que le plus meilleur des indigos. en France, plusieurs édits royaux interdisent sous peine de mort l’emploi de l’indigo comme teinture. En 1737, la culture de la guède disparaît d’Allemagne, et cède la place à l’indigo, ce produit exotique, redoutable, ment, efficace. dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la teinture à l’indigo est générale dans toute l’Europe. Elle fournit en outre une grande variété de bleue profond et solide, résistant efficacement aux lessives et aux effets du soleil. en 1709 fait mise au point à Berlin, une couleur artificielle qui permet dans la gamme des bleues et des verts, des poisses, dont on avait été incapables pendant des siècles : le bleu de Prusse cette couleur fut découverte au hasard et produite avec du carbonate de potasse frelaté. Le drapeau rouge n’a jamais été un emblème de la France, mais il fallait bien le devenir au moins deux reprises lors de la célèbre journée insurrectionnelle du 25 février 1848, au cours de laquelle Lamartine sauva de justesse le drapeau des colons, Laure et ensuite au printemps, 1871, pendant la commune de Paris. le 17 juillet 17191 le roi qui avait tenté de fuir vers l’étranger vient d’être arrêté à Varennes et reconduit à Paris sur le champ de Mars. Une pétition républicaine est déposée pour demander sa destitution. La foule est agitée. Le rassemblement semble tourner à l’émeute, l’ordre est menacé, la mairie de Paris fait hisser le drapeau rouge. Mais avant que la foule n’ait le temps de se disperser, les gardes nationaux tirent sans sommation et font une cinquantaine de morts qui deviennent des martyrs de la révolution. Le 24 février février 1848, le drapeau rouge et bandit par des insurgés parisiens qui programme la république, l’un des insurgés, parlant au nom de la foule, demande l’adoption, officielle du drapeau rouge, symbole de la misère du peuple et rupture avec le passé. C’est Lamartine membre du gouvernement provisoire, et ministre des affaires étrangères prononce deux discours célèbres et retourne l’opinion en faveur du drapeau tricolore.





