
Le Pouvoir du chien
2019
•
Thomas Savage
Plus d'infos
Summary
Montana, années 1920. Phil et George, deux frères que tout oppose, vivent et travaillent ensemble dans l’un des plus grands ranchs de l’État. Cow-boy charismatique et flamboyant, Phil est aussi brillant et dominateur. Ses manières rudes et brutales donnent le ton à la vie sur le domaine tandis que George, taiseux et maladroit, reste dans son ombre. Lorsque George épouse Rose, la veuve d’un docteur local, Phil est persuadé qu’elle manipule son frère pour son argent. Quand Rose vient s’installer au ranch avec son fils, un garçon sensible et sujet de railleries, Phil décide de rendre leur vie insoutenable et multiplie humiliations et affronts insidieux. Mais les plus faibles ne sont pas toujours ceux qu’on croit.
Avis et Commentaires
4 avisParu en 1967. Le titre est un emprunt au psaume 22:21 : « Délivre mon âme de l’épée / Et mon être aimé, du pouvoir du chien. » Montana, 1925 : tous deux dans le début de la quarantaine, les frères Burbank, l’aîné Phil et George de deux ans son cadet, exploitent ensemble le plus vaste et prospère ranch de l’Etat, qui emploie deux domestiques et plusieurs cow-boys. Grand, athlétique et peu porté sur l’hygiène personnelle, Phil (qui a fait de brillantes études à Yale avant de reprendre en mains les activités quotidiennes du ranch, que ses parents abandonnaient pour aller vivre dans un hôtel de Salt Lake City) est un homme brillant et dur qui vénère la mémoire de Bronco Henry, le cow-boy qui fut son mentor dans sa jeunesse. Trapu et replet, George s’avère être un homme doux et sensible, toujours bien habillé, qui s’occupe de la comptabilité et de l’administration du domaine. Alors qu’ils mènent un troupeau vers la gare d’une ville proche, ils s’arrêtent dans une auberge tenue par Rose, une aubergiste veuve d’un médecin suicidé et son fils adolescent Peter. La rencontre ne se passe pas bien, Phil se moquant ouvertement de l’aspect efféminé de Peter, et ne cachant pas son mépris. Plus tard dans la soirée, George vient consoler Rose, blessée par les insultes envers son fils. Par la suite, ils se fréquentent, sur une base hebdomadaire. A noter que Phil connaissait le mari de Rose, en effet il le poussa au suicide en le ridiculisant et en le traitant d’ivrogne alors qu’ils sont dans un bar. Les deux frères sont des des célibataires endurcis. Sans en parler à Phil, George décide d’épouser Rose, ce qui déplaît fortement à son frère, qui ne voit en elle qu’une intrigante attirée par la fortune. Voulant devenir chirurgien, Peter reste en ville pour ses études de médecine. Au ranch, Phil se montre méprisant et brutal envers Rose au quotidien, et n’hésite pas à la ridiculiser devant les cow-boys, les parents Burbank et même le gouverneur de l’Etat. Phil veut tout simplement la détruire. Il va essayer de détruire ce couple en déstabilisant la jeune femme. George étant très souvent absent pour les affaires du ranch, Rose se retrouve régulièrement presque seule avec cet homme qui lui est si hostile. Un lapin, ramené à la maison et qui enchante Rose, est froidement disséqué par Peter au prétexte de s’initier à la chirurgie. Un jour, alors qu’il est au ranch pour les vacances d’été, Peter découvre une clairière dans laquelle Phil se réfugier. Ce dernier s’y baigne seul et nu, loin du regard de ses cow-boys, même son frère George ne connaît pas l’endroit. Phil détecte la présence de l’intrus et le chasse, mais on comprend que Phil est un homosexuel refoulé qui hait sont état, ce pourquoi il se montre aussi misanthrope, cruel et « chien » envers tout ce qui n’incarne pas à ses yeux une vision idéalisée voire toxique de la masculinité. Seuls rescapés de cette haine du genre humain, les jeunes vachers pour lesquels Phil garde une vraie tendresse, la raison de cette exception, de ce traitement de faveur, est à chercher dans les précieux souvenirs qu’il garde d’un cow-boy d’autrefois un dénommé Bronco Henry qu’il a connu dans sa jeunesse. Personnage clé du récit dont l’auteur ne distillera qu’avec parcimonie quelques informations, mais dont on saisit l’influence déterminante qu’il aura très tôt sur le destin et le comportement de Phil. Celui-ci était sûrement amoureux secrètement de Bronco. Rose cherche dans l’alcool un refuge face à la méchanceté de son beau-frère, qui ne la laisse jamais en paix, et elle devient rapidement alcoolique. Après quelque temps, Phil commence cependant à se rapprocher de Peter, voulant « en faire un homme », rapprochement qui contrarie beaucoup sa mère. A la base c’était le but recherché par Phil, éloigné le fils de sa mère, pour qu’elle mette fin à ses jours. Tel Bronco en son temps, Phil apprend à Peter comment monter à cheval et promet de lui fabriquer un lasso en cuir. Une vraie complicité s’installe graduellement entre l’homme bourru et le frêle adolescent. Un jour, Peter découvre la carcasse d’une vache, morte de la maladie du charbon, dans les collines, et en prenant soin d’enfiler des gants, il prélève avec un scalpel une partie de sa peau. Quelques jours après, alors qu’il travaille avec Phil à la construction d’une clôture, un jeune lapin passe devant eux se réfugier sous une pile de matériaux, et Phil se blesse sérieusement à la main en voulant l’attraper. A sa grande surprise, Phil voit Peter attraper le lapin, qui est blessé à une patte, pour le cajoler tendrement avant de lui rompre la nuque d’un coup sec. Un peu plus tard, passent pas très loin du ranch, des Indiens, que Phil en raciste assumé, alors qu’ils essayaient de passer la frontière pour continuer leur route, renverra sans aucune pitié sur leur pas. Rose, apercevant l’homme et le père et l’état piteux de la caravane et du cheval leur proposera de rester à côté du terrain du ranch pour reprendre des forces avant de continuer leur route. Pour la remercier l’homme lui offrira une superbe paire de gants fabriquée par sa femme et qui étaient destinés à la vente. Alors qu’elle est alcoolisée, elle voit arriver un superbe homme, accompagné d’un jeune homme, dans une voiture sur laquelle est écrit peaux. Après avoir hésité, elle acceptera quand même l’offre et l’homme lui en donnera pour 30e. Complètement ivre, elle s’endormira sur son lit avec les billets autour d’elle. George la découvrira dans cet état mais ne lui dira rien et il ne lui parlera jamais de ses soucis d’alcool. Elle pensait que personne ne s’en doutait mais un jour Phil lui balança à la figure qu’il sait qu’elle vole l’alcool de George et qu’elle coupe des bouteilles avec de l’eau pour qu’on ne remarque rien. Lorsque Phil rentre au ranch et qu’il aperçoit aussitôt la disparition des peaux qu’il avait décidé de garder pour pouvoir tenir sa promesse et de réaliser le lasso pour Peter, celui-ci est furieux mais ne dira rien. Peter et Phil sont de plus en plus proches, Phil se permettra même de lui dire que sa mère boit, Peter répondant qu’il le sait. Malgré sa blessure à la main qui cicatrice mal, le lasso est terminé sous les yeux de Peter (cette scène se fait dans une forte tension érotique voire perverse, lorsque Peter mais sa main longtemps sur le bras de Phil) dans la nuit grâce aux lanières de cuir que Peter avait mises de côté, celles de la bête infectée, et que Phil s’empresse de ramollir dans une bassine d’eau pour les préparer à être tressées, s’infectent lui-même par sa main ensanglantée. Peu de temps après cet épisode, Phil ne quitte plus son lit. George découvre qu’il semble gravement malade et l’emmène en ville, où il décède. Le jour de l’enterrement, le médecin dit à George qu’il doit encore faire des analyses, mais qu’il soupçonne fortement Phil d’être mort de la maladie du charbon, ce qui surprend beaucoup George, car Phil, qui par vanité ne portait jamais de gants, évitait notoirement tout contact avec des bêtes malades de l’Anthrax. On comprend que les lanières de cuir que Peter avait données à Phil provenaient de la bête morte qu’il avait trouvée lors de l’une de ses balades. On comprend que leur mère avait deviné l’homosexualité et toute la méchanceté que pouvait être son fils Phil. A la fin du livre, alors que George et Rose reviennent de l’enterrement, Peter est dans sa chambre et il cache sous son lit le lasso fatidique, ayant pris soin de porter une paire de gants. Il voit George et sa mère s’enlacer et s’embrasser. Il est heureux car grâce à son intelligence il est arrivé à délivrer sa mère du pouvoir du « Chien ». Il avait conservé tous les livres de médecine ayant appartenu à son père et c’est sûrement dans l’un d’eux qu’il a découvert la maladie du charbon. Cet adolescent s’y souvent moqué et raillé, mis à l’écart car efféminé, qui est secret, solitaire, taiseux, qui semble simple d’esprit, qui n’a jamais eu d’amis, à part à l’université, il est très ami avec un autre garçon. Alors qu’on ne se méfiait pas de lui comme écrit dans le livre : « Après la mort de mon père, je ne voulais qu’une chose, le bonheur de ma mère. Quel homme serais-je si je n’aurais pas ma mère ? ». Lorsqu’il arrive au ranch il trouvera une Bible en très mauvais état mais qu’il ne lâchera presque jamais et dans laquelle on peut lire le titre du livre dans le psaume 22:21. L’auteur s’est sûrement inspiré de son enfance dans le ranch de son beau-père. S’inspirant largement de celui-ci pour le personnage de Phil. L’auteur apparemment lui aussi était un homosexuel qui se cachait. A sa sortie le livre fait scandale pour avoir porté atteinte au mythe du rude et viril cow-boy de l’Ouest.
Lu à Mallorca 07/2023

